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Le spectre du racisme scientifique est-il de nouveau parmi nous ? La question paraît à première vue dépassée : depuis vingt ans, la génétique n'a cessé de nous dire que nous appartenions tous à la même espèce. « Tous pareils, tous différents », comme le rappelle sans cesse notre confrère Albert Jacquard. Sauf que la naissance de tests génétiques d'un genre nouveau vient percuter ce joli slogan. Ces tests dits "ethniques" sont vendus par des labos américains et vous permettent de savoir si vous n'avez pas de sang asiatique ou africain parmi vos ascendants, ou au contraire de découvrir de quelle région d'Afrique vos ancêtres esclaves ont été déportés. Pire : la médecine la plus sérieuse développe des médicaments qui ne s'adressent qu'à la communauté afro-américaine. Premier signe de cette tendance : l'autorisation du BiDil, en 2005, un médicament contre l'hypertension artérielle, censé répondre au constat d'une plus grande mortalité des Noirs américains par crise cardiaque. Notons au passage qu'une partie de la communauté noire a fait un fait un accueil enthousiaste à ce nouveau médicament qui témoignait, enfin, d'une prise en compte par la médecine de leur existence. Dans le même ordre d'idée, depuis le début des années 1990, le gouvernement américain a décidé que toute recherche bio-médicale bénéficiant de financement fédéral devrait inclure des membres de groupes historiquement exclus, à savoir les minorités et les femmes. Après des décennies de recherche sur des sujets mâles et blancs, ces nouveaux développements ont généralement été considérés comme une avancée. Oui, mais voilà : tous ces discours mettent l'accent sur le fait qu'il existe bien des différences entre nous, que quelque chose comme notre « ethnie » peut se lire sur notre ADN. D'ailleurs, la génétique actuelle est en effet en mesure de déterminer des profils d'ascendance. Et voici comment ces différences sont utilisées par le plus célèbre des généticiens James Watson, le découvreur de l'hélice de l'ADN, prix Nobel de médecine : il a déclaré récemment, en octobre, au Sunday Times qu'il était profondément pessimiste sur l'avenir de l'Afrique. Car « toutes nos politiques de développement sont basées sur le fait que leur intelligence est la même que la nôtre, alors que tous les tests disent que ce n'est pas vraiment le cas. » Alors si une exploitation raciste comme celle-ci de ce retour de l' « ethnie » n'est pas vraiment étonnante, reste à savoir à qui la faute ? Est-ce la suite logique, ou la perversion, des combats menés pour des politiques de reconnaissance des minorités ? Les revendications identitaires sont-elles complètement innocentes dans l'affaire ?

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L'équipe

Hervé Gardette
Hervé Gardette
Hervé Gardette
Production
Céline Leclère
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Fanny Richez
Collaboration
Anne Kobylak
Réalisation
Cyril Baert
Collaboration