France Culture
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On a longtemps pu croire que la conflictualité dans les rapports de travail avait baissé de niveau en France, depuis les années 1970. En dehors de quelques cas isolés - plans sociaux, fermetures d'usines - les grèves et manifestations semblaient surtout concerner le secteur public. Depuis que la crise économique mondiale a commencé à toucher des filiales d'entreprises étrangères qui, parfois, faisaient vivre des villes entières, on assiste à une radicalisation des luttes sociales aussi dans les entreprises privées. Elles peuvent prendre la forme de séquestrations des cadres dirigeants, comme chez 3M à Pithiviers, chez Sony, à Pontonx-sur-l'Adour, chez Scapa à Bellegarde, chez Faurecia à Etampes, ou Caterpillar à Grenoble. Mais un degré supplémentaire a été franchi cette semaine, à Compiègne, lorsque des ouvriers de Continental ont attaqué les bureaux de la sous-préfecture pour protester contre une décision de justice prise par le tribunal de Sarreguemines. Cette radicalisation des formes de la lutte sociale place syndicats, patronat et pouvoirs publics dans une situation délicate. Les grandes centrales apparaissent débordées par des mouvements partis de la base. Certaines d'entre elles ont tendance, comme François Chérèque pour la CFDT, à accuser l'extrême-gauche de tenter de récupérer politiquement le mécontentement social. Du côté patronal, on est conscient des effets dévastateurs qu'ont, sur des salariés menacés de sombrer dans la misère en perdant leurs emplois, des annonces de parachutes dorés, de stock options et autres distributions de dividendes en pleine crise. La présidente du MEDF recommande à ses affiliés de déposer plainte en cas de séquestration « au cas par cas ». Quant au président de la République, il a déclaré : « On peut comprendre la colère des gens, elle sera apaisée par des réponses et par des résultats, pas en faisant des choses qui sont contraires à la loi. » Contrairement à ce qu'affirment un certain nombre de média, la majorité des Français n'approuvent pas cette forme de revendication : 50 % des personnes sondées par CSA pour Le Parisien la jugent « pas acceptable », contre 45 % qui la trouvent « acceptable ». Mais le sondage IFOP pour Paris Match montre qu'une grande majorité des sondés « comprennent sans approuver » (63% d'entre eux) les séquestrations de patrons. Pourquoi cette singularité française ? S'agit-il d'un retour aux pratiques de lutte des classes telles que notre pays en a connues dans les années 70 ? Quel est le rôle des média dans ce type de combat ? Et surtout : ces formes de lutte, radicales, se révèlent-elles efficaces ou non ?

Références

L'équipe

Hervé Gardette
Hervé Gardette
Hervé Gardette
Production
Céline Leclère
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Fanny Richez
Collaboration
Anne Kobylak
Réalisation
Cyril Baert
Collaboration