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2 juin 1975 - elles sont une soixantaines - menée par la blonde Ulla - à investir l'Eglise Saint-Nizier. C'est déjà au coeur de Lyon que se mène leur première révolte. Avec des slogans comme « nos enfants ne veulent pas que leurs mères aillent en prison », ces prostituées osent pour la première fois braver publiquement le gouvernement. A l'époque le Président Giscard d'Estaing vient de remettre à l'ordre du jour une loi qui envoie les récidivistes accusées de racolage passif derrière les barreaux. L'occupation de l'Eglise durera une semaine. Vrai succès médiatique, mais fiasco politique - elle ne permettra pas aux prostituées de sortir du « ghetto de mépris » qu'elles dénoncent et où la société les tient visiblement. 13 août 2002 c'est encore de Lyon que s'élève la protestation. Cette fois une cinquantaine de prostitués, hommes femmes et travestis se rassemblent sous les fenêtres de l'Hôtel de Ville. Elles s'insurgent contre le premier arrêté municipal - pris par un maire socialiste - pour éloigner la prostitution du centre de la cité. Gérard Collom - imitant en cela les maires d'Orléans, Strasbourg ou Aix-en-Provence - vient en effet cet été là, de proscrire le commerce du sexe dans certains quartiers. Sont visées les camionettes qui s'installent sur les grands axes, et l'abord des établissements scolaire. Là encore la lutte - pourtant médiatisée - ne débouche sur rien. Cet été enfin, en plein mois de Juillet 2007, la préfecture, cette fois se mêle de la partie. Le préfet Jacques Gérault - arrivé le 9 juillet - veut débarrasser le quartier Perrache de ses professionnelles. Ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, quand il était encore place Beauveau, le nouveau préfet va (je cite ses propos recueillis par Le Monde) donner « un coup de pied dans la fourmillières, afin de déstabiliser les réseaux mafieux » La mairie embraye, nouvel arrêté municipal interdisant cette fois le stationnement des camionettes, autour de l'ancien marché, derrière donc, la gare de Perrache. Depuis les contravention pleuvent : amendes, mises en fourrières, garde-à-vues, et tests d'alcoolémie tout l'arsenal policier se trouve mobilisé. Le résultat d'ailleurs est spectaculaire. Alors que deux-cent fourgonettes attendaient les clients - autrefois à Perrache - elles ne seraient plus qu'un dizaine aujourd'hui à braver encore les foudres policières. Derrière ce succès - qui soulage enfin les riverains insiste la mairie - se pose toujours la même question. Est-ce en éloignant un peu plus les prostitués qu'on lutte efficacement contre les proxénètes ? Doit-on d'ailleurs interdire ce commerce du sexe - comme le veulent ceux qu'on nomme les « abolitionnistes ». L'interdire au nom (notamment) de la violence faite aux personnes qui l'exercent contre leur gré ? Ou faut-il au contraire affirmer avec « les libéraux » que vendre son corps est un droit comme un autre, et qu'on devrait encadrer au mieux cette profession ? La polémique fait rage depuis des années - chacun oubliant souvent d'écouter les premiers intéressés. Or c'est sans doute à l'amélioration concrète de leur conditions de vie qu'il faudrait oeuvrer. Car ces milliers de femmes et d'hommes -qu'on les banisse (ou non) de nos centre-villes - continueront toujours à exercer le plus ancien métier du monde.

Références

L'équipe

Hervé Gardette
Hervé Gardette
Hervé Gardette
Production
Céline Leclère
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Fanny Richez
Collaboration
Anne Kobylak
Réalisation
Cyril Baert
Collaboration