France Culture
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Il est peu de domaines où internet ait déjà autant bousculé les lignes que dans la sphère culturelle. Et on n'a encore rien vu. Or notre administration publique de la culture a été conçue dans un tout autre monde - un monde où les théâtres étaient subventionnés par l'Etat, avec pour mission de mettre les classiques nationaux à portée du public populaire - un monde où les oeuvres étaient uniques et les artistes tenus pour porteurs d'une flamme dérobée à la divinité même, - un monde où la Haute Culture et les industries du divertissement étaient séparés par des cloisons étanches et ne pouvaient en aucune façon être confondues entre elles. Résultats ? Le système français de protections et de subventions publiques a abouti à une offre pléthorique - de films, de spectacles vivants, de « nouveaux romans », de d'expositions et « d'installations » ... - sans que le public visé n'ait augmenté réellement en un quart de siècle. Par la suite, notre politique culturelle a trouvé sa justification dans le maintien d'une identité nationale qu'on disait menacée par une mondialisation homogénéisante - ou encore américanisante. Or, internet mine ces deux stratégies. Jamais, en effet, les oeuvres n'ont été aussi accessibles - parce que téléchargeables - mais peut-on encore parler d'oeuvres ? Jamais la différence entre culture et loisir n'a été aussi indiscernable et brouillée - au point qu'on peut se demander si cette distinction garde encore un sens ? Quant à la défense du « made in France » culturel, elle a nourri une stratégie défensive, que le web mondial sape, et qui n'a pas servi les exportations culturelles française sur le nouveau marché mondialisé : il est tout de même paradoxal que la France ne figure qu'au 5° rang des grands exportateurs culturels dans le Rapport publié par l'UNESCO fin 2005 - tandis que la Grande-Bretagne a ravi la première place. Tous ces constats ne manqueront pas de provoquer, après les élections et quel(le) qu'en soit le vainqueur, une remise en cause des missions de notre Ministère de la Culture. Faudra-t-il aller jusqu'à sa suppression ? Vous y répondez par la négative, Françoise Benhamou, dans la note que vous avez publié récemment sur le site telos-eu. Mais le fait même que vous-même ayez osé cette question témoigne de l'ampleur de la crise qui affecte notre politique culturelle - et de l'ampleur des réformes qui l'attendent. Je précise que France Culture diffusera sur sa web-radio le colloque intitulé « Et s'il n'y avait plus de ministère de la culture ? » qui s'est tenu le jeudi 8 mars dans le cadre des « Jeudis de la Sorbonne ».

L'équipe

Hervé Gardette
Hervé Gardette
Hervé Gardette
Production
Céline Leclère
Collaboration
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Fanny Richez
Collaboration
Anne Kobylak
Réalisation
Cyril Baert
Collaboration