France Culture
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Dans l'histoire du capitalisme, on a toujours assisté à un mouvement de capitaux allant des centres vers les périphéries. Pour la première fois, c'est l'inverse qui se produit. Les énormes excédents commerciaux accumulés par les pays émergents ont généré des masses colossales de capitaux. La hausse spectaculaire des prix du pétrole - qui pourrait bien avoir des origines spéculatives - est venue récemment gonfler cette gigantesque cagnotte. Durant des années, Saoudiens Koweïtiens, Singapouriens, ne sachant pas trop quoi faire de ces milliards de dollars, se contentaient d'écoper les déficits publics américains en achetant des bons du Trésor. Des placements de père de famille. Mais petit à petit, les Etats de tous ces pays se sont dotés de fonds d'investissements, afin de profiter, eux aussi, des opportunités de profit créés par notre économie mondialisée. Ces fonds d'investissement, créés par des Etats, mais investis dans des entreprises privées du monde entier, on les appelle des fonds souverains. De son côté, la crise des subprimes, a fragilisé la trésorerie des banques, et les a rendues méfiantes au point qu'elles ont cessé de se prêter mutuellement de l'argent au rythme où elle l'avait fait jusque là. Leurs bilans, tout pleins de mauvaises créances, sont inquiétants. Elles sont donc à la recherche désespérée d'argent frais. C'est là qu'interviennent mes fonds souverains. On apprenait la semaine dernière que certains d'entre eux venaient ainsi d'investir respectivement 14 milliards et demi et de 6 milliards 600 000 dollars dans deux des plus grandes institutions financières du monde, Citigroup et Merril Lynch. Morgan Stanley et Goldman Sachs ont également été bien arrosés. Mais aussi la première banque suisse, UBS. Et du coup, on découvre l'extraordinaire puissance de ces institutions La première d'entre elles, l'Abu Dhabi Investment Authority pèse déjà 875 Milliards de dollars. La China Investment Corporation a été lancée l'an dernier avec une mise de fond initiale de 200 milliards de dollars. Aujourd'hui, ces fonds souverains contrôlent environ 3 000 milliards de dollars. Mais leur croissance est très rapide. En 2012, une étude estime leur niveau probable à 10 000 milliards de dollars. Pour l'économie mondiale, ils vont devenir incontournables. Les fonds souverains ont la réputation d'être peu exigeants. En échange de leurs prises de participation, ils savent se faire discrets au conseil d'administration. Et on comprend cette prudence. Les pays du Nord, bénéficiaires de cette manne, sont suspicieux. Que cherchent Chinois, Saoudiens et Singapouriens en investissant ainsi dans les plus puissantes institutions financières américaines ? Obéissent-ils à une logique purement financière, en recherchant une bonne rentabilité pour leurs capitaux ? Ne seront-ils pas tentés un jour de transformer leurs investissements en puissance politique ? C'est ce que redoutent de nombreux membres du Sénat américain - et aussi le président français. C'est que le mélange des genres, mettant la puissance capitalistique au service de la politique étatique n'a pas bonne presse. Alors faut-il se défendre contre les fonds souverains ? Question annexe : notre fond souverain à nous, la Caisse des dépôts, est-elle équipée pour remplir ce rôle ?

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Brice Couturier
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