France Culture
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  • Eli Barnavi professeur d'histoire de l'Occident moderne à l'Université de Tel-Aviv, ancien ambassadeur d'Israël en France de 2000 à 2002, directeur du comité scientifique du Musée de l'Europe à Bruxelles.
  • Michel Rocard ancien Premier ministre socialiste de François Mitterrand

Elie Barnavi, grand admirateur de l'Europe, confesse une certaine exaspération face à la pusillanimité actuelle des Européens. Il s'inquiète de leur incapacité à prendre la place qui pourrait leur revenir dans le nouveau concert des puissances. A ses yeux, le refus, par l'Union Européenne, de reconnaître la part chrétienne de son héritage est symptomatique d'une certaine incapacité générale des Européens à s'assumer eux-mêmes. Car si l'esprit de l'Europe est soumis à une tension historique entre la diversité des nations qui la composent et l'unité profonde de sa civilisation, le christianisme a longtemps incarné cette unité, face aux Etats souverains. Dans son pamphlet, « l'Europe frigide », le co-auteur de « la Révolution Européenne » se prononce nettement contre l'adhésion de la Turquie à l'UE. « La Turquie n'est d'Europe ni par l'histoire, ni par la géographie », écrit l'ancien ambassadeur d'Israël en France et actuel conseiller auprès du Musée de l'Europe. Michel Rocard est d'un avis rigoureusement inverse. Il publie un essai significativement intitulé « Oui à la Turquie ». L'ancien premier ministre met en garde les Européens contre les risques de crispation nationaliste, impériale et islamiste qui pourrait bien s'emparer de la Turquie en cas de refus européen. A ses yeux, la Turquie est une chance pour l'Europe. Une chance, parce que son économie est dynamique et qu'elle constitue un marché de près de 80 millions de personnes, nettement plus jeunes que la moyenne européenne. Une chance géostratégique, parce qu'elle constitue une voie d'accès au pétrole et au gaz de la Caspienne. Une chance, enfin, de donner naissance à un « islam européen » parce que, en Turquie, l'islam et la démocratie vont main dans la main. La question que nous pose la candidature turque en résume en effet quantité d'autres. Et elle a en outre le mérite de constituer une bonne introduction à un débat plus global sur l'Europe, son identité et les raisons de sa panne actuelle

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