France Culture
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En 2030, les espaces collectifs de travail représenteront 70% des surfaces contre 30% aujourd'hui. Ils seront (comme vous) encore plus flexibles et (comme vous) plus ouverts. Mêmes les bureaux seront mobiles (ce que vous êtes déjà). Bref, vous n'en avez pas fini avec ces grands bureaux sans cloisons qu'on appelle les open-space. Ils ont déjà conquis presque deux tiers des entreprises françaises et s'apprêtent à en manger d'autres. Et oui, comment ne pas se ranger à l'idée qu'une équipe soudée, proche et communicative est forcement plus efficace qu'un agrégat de salariés indifférents, boudeurs et laconiques ? L'open-space a beau n'avoir jamais clairement démontré sa supériorité en termes de rendement des équipes, il a séduit les managers dont il épouse le discours sur l'autonomie et la convivialité au travail. Ne fait-il néanmoins que des heureux ? A en croire le succès que se taille en librairie un petit livre intitulé L'open-space m'a tuer, la réponse est, pour le moins, contrastée...Rédigé par deux consultants eux -mêmes écoeurés par leur environnement de travail, le libelle approche désormais les 30000 exemplaires. Ce qui le rapproche du record battu par Bonjour paresse, de Corinne Maier, et qui le range dans la catégorie des livres symptômes, des livres révélateurs de crise. On rit évidemment beaucoup en lisant L'open space m'a tuer, surtout de ces tics de langage, de cette novlangue qui a envahi les entreprises, un franglais obscur pour les non-initiés, mais on conçoit aussi le supplice de travailler toute la journée dans le bruit, sous le regard de chacun de ses collègues, à des places imposées, qui seront parfois changées en cas d'affinités trop manifestes. Pour fuir, les stratégies sont connues : le casque, les boules quiès ou l'ipod - ce qui renvoie une drôle d'image d'ouverture et de communication. Reste à comprendre quelle est la corde sensible que ce livre a touchée. L'espace est-il tant lié au sentiment de soi que sa configuration puisse devenir douloureuse ? Peut-on réduire l'accueil qui est fait à ce livre au fameux « malaise des cadres » ?

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Brice Couturier
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