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« Il y a deux discours : impunité maximale pour les cols blancs, tolérance zéro pour les autres. » Ces propos virulents ont été tenus par un magistrat, et pas des moindres, puisqu'il s'agit de l'une de ces juges du très médiatique pôle financier du Boulevard des Italiens, ou plutôt une ancienne juge car, comme Eva Joly et d'autres avant elle, Dominique de Talancé vient de jeter l'éponge. Toutes les ambitions de ce pôle créé il y a une dizaine d'années (sortir de la justice « à papa », se donner les moyens juridiques et technologiques de parvenir à sanctionner décemment les délits économiques et financiers -un véritable défi à l'heure de la mondialisation -), toutes ces ambitions auraient été vidées, ni plus ni moins, de sa substance par les orientations de la politique pénale. Quand notre confrère d'une radio concurrente l'interroge sur la « dépénalisation de notre droit des affaires », elle répond qu'elle existe déjà de facto depuis plusieurs années. Mieux, elle propose même le terme de « déjudiciarisation » : la méfiance n'allant pas seulement à l'encontre du juge pénal, mais du juge tout court. Une vision des choses loin d'être partagée par le Président de la République, qui a fait le diagnostic strictement inverse en août dernier devant le Medef, en promettant de mettre un terme à ce qu'il considérait comme une "grave erreur", la pénalisation à outrance de notre droit des affaires. Alors, entre l'insécurité juridique qui menacerait les entrepreneurs au quotidien et l'impunité des patrons-voyous, stigmatisés d'ailleurs par ce même président, où se trouve l'interprétation la plus juste de la réalité française ? L'actualité, elle, est riche en événements saisissants : délit d'initié d'EADS, caisses noires de l'UIMM, fraude à la Société générale...Selon l'Institut national des hautes études de sécurité, ce type de délit aurait connu une hausse de 40% entre 2004 et 2007. Reprenons la question : faut-il dépénaliser ? La commission Coulon, qui a été mise en place à l'automne 2007, avec pour mission de plancher sur ce sujet controversé, vient de rendre son rapport. Il répond aux attentes des principaux acteurs mais ne donne aucune clef pour lutter plus efficacement contre la délinquance en col blanc. Au moment où l'on durcit la répression sur la délinquance de droit commun -avec la loi sur la récidive notamment- quelle peut être la portée symbolique et concrète d'une telle dépénalisation ?

Références

L'équipe

Hervé Gardette
Hervé Gardette
Hervé Gardette
Production
Céline Leclère
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Fanny Richez
Collaboration
Anne Kobylak
Réalisation
Cyril Baert
Collaboration