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Pierre Nora le remarquait, dans ses fameux « Lieux de mémoire » : la manie commémorative progresse à mesure que notre connaissance de l'histoire recule. Plus nous commémorons, plus nous croyons savoir - alors qu'au contraire, nous sommes victimes d'insidieuses propagandes mises en oeuvre par les « stratégies mémorielles ». L'affaire de la lettre de Guy Môquet en vient apporter une nouvelle et cruelle illustration. Car enfin, il est quelque peu paradoxal que la présidence de la République veuille instrumentaliser à des fins de célébration patriotique la figure d'un jeune militant communiste, emprisonné par la police française à une époque où le PCF n'était pas encore entré en Résistance et fusillé, l'année suivante par l'occupant, sur un choix de l'Etat français... Le calcul politique est si transparent qu'il ne mérite pas de longs commentaires : le pouvoir voudrait renverser la tendance mémorielle actuellement dominante. Cette mémoire, auto-dépréciative et éclatée entre les revendications concurrentes de groupes victimisés, le président de la République voudrait lui substituer une mémoire patriotique consensuelle, voire unanimiste. Plus de « repentance », plus de « concurrence des mémoires particulières », proliférant sur le corps de la nation en décomposition. Wanted : un mythe patriotique susceptible de transcender l'opposition droite/gauche, de réconcilier croyants et athées, de parler aux jeunes générations, tout en flattant les anciens. A l'arrivée : Guy Môquet, arrêté par la police française pour avoir distribué des tracts communistes - dont on ne sache pas qu'ils aient eu un quelconque contenu patriotique. Le recyclage de cette figure populaire d'après-guerre dans le rôle d'icône patriotique, quoique paradoxal, pouvait passer pour habile : on renouait ainsi avec la vieille alliance gaullo-communiste - aussi discrète qu'efficace. Mais on voit bien que « ça ne passe pas ». Mauvaise pioche. Le PCF n'est pas disposé à jouer sa partie dans « l'ouverture ». Les professeurs d'histoire se méfient du rôle qu'on veut leur faire jouer. Ils n'aiment pas le « pathos » de cette lettre. Le sens du sacrifice n'a pas le vent en poupe dans les cultures jeunes. Il y a des jours où le volontarisme rencontre des obstacles qui peuvent paraître insurmontables. En outre, on ne saurait lutter contre la manie mémorielle en remplaçant simplement une mémoire repentante par une autre, héroïque. Comme l'a écrit Régis Debray, « l'histoire est le revanche de la vérité sur le mensonge au jour le jour des média ». Nous allons le voir avec nos invités.

Références

L'équipe

Hervé Gardette
Hervé Gardette
Hervé Gardette
Production
Céline Leclère
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Fanny Richez
Collaboration
Anne Kobylak
Réalisation
Cyril Baert
Collaboration