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Les choses sérieuses commencent. Jusqu'à présent, la politique du nouveau gouvernement a surtout consisté à distribuer de l'argent que l'Etat n'avait pas, ou plus exactement à en prélever moins que ce dont il a besoin. Cela ne sera pas sans effet sur l'équilibre budgétaire. Rappelons que la dette publique continue à grimper : 64,2 % du PIB fin 2006 - une fois éventé par l'Union européenne l'artifice qui a consisté, pour le gouvernement Villepin, à dissimuler, l'an dernier, 8 milliards d'euros de dettes. Le gouvernement d'alors les avait discrètement sortis du budget de l'Etat pour les inscrire au débit d'une structure bidon, formellement rattachée... à la SNCF. Distribuer des cadeaux à sa clientèle électorale est hélas une pratique assez courante dans notre pays. La gauche, en son temps, a trop sacrifié à ce rituel pour demeurer crédible lorsqu'elle s'en offusque. Les vraies réformes, celles dont dépendent aussi bien le retour à l'équilibre budgétaire que la fin du chômage de masse qui nous plombe, la croissance et donc notre pouvoir d'achat, sont enfin à l'ordre du jour. Et ce gouvernement, qui semble décidé à en mener plusieurs de front, a bien senti que la moins difficile à faire passer pourrait bien être celle des régimes spéciaux de retraite. Ces régimes concernent 1 600 000 personnes, actifs et retraités confondus. La principale caractéristique de ces caisses, c'est qu'elles comportent plus de retraités que d'actifs : 1 100 000 pensionnés pour seulement 500 000 cotisants. C'est l'Etat qui, avec l'argent des contribuables, paie la différence. Soit environ 6 milliards d'euros pour la seule année 2007. Dans certains cas, il s'agit de bombes à retardement. L'Etat s'est défaussé d'une partie de ses responsabilités sur le régime général, à travers le versement de « soultes ». A charge donc pour les salariés du privé de venir au secours des agents de France Télécom, par exemple... Politiquement, il s'agit d'un test : chacun a en mémoire les grève de novembre-décembre 1995, qui avaient bloqué le pays. Le pouvoir actuel en redoute la réédition. D'autant que la CFDT, échaudée par son isolement de l'époque, n'a pas envie de replonger. Mais le gouvernement sait aussi que le départ anticipé en retraite des agents d'EDF, de la SNCF et de la RATP est à présent connu et mal vu, dans un pays marqué, comme le nôtre, par une culture égalitariste : selon le dernier sondage en date, Opinionway-Ajis pour La Croix, 74 % des personnes interrogées sont « favorables à l'alignement des régimes spéciaux sur le régime général ». C'est aussi l'opinion d'une partie des dirigeants du PS : Manuel Vals s'est prononcé dans ce sens. Ce n'est pas ce que propose le gouvernement, qui se contenterait d'un alignement des régimes spéciaux sur celui des fonctionnaires, plus favorable que celui des salariés du privé : le montant de leurs retraites est calculé sur les 6 derniers mois et non sur les « 25 meilleures années », comme ceux du privé ; leurs taux de cotisation est inférieure à celle du privé ; l'âge effectif de départ en retraite d'un fonctionnaire est de 57 ans contre 61 dans le privé. Les agents des régimes spéciaux vont-ils s'en contenter ?

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Brice Couturier
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