France Culture
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Y a-t-il eu en France une « explosion des inégalités », comme le suggérait le titre d'une étude, publiée en juin dernier, par l'économiste Camille Landais, et beaucoup repris dans la presse ? Non, répond régulièrement l'INSEE, dont les statistiques indiquent que l'écart de revenu entre les dix pour cent de ménages les plus riches et les dix pour cent les plus pauvres a enregistré une baisse continue au cours des trois dernières décennies. En gros et pour résumer, les 10 % les riches gagnaient 4,8 fois plus que les 10 % les plus pauvres en 1970 et 3,4 en 1990 ; la baisse des inégalités s'est poursuivie, quoiqu'à un moindre rythme depuis lors, avec un rapport de 3,2 pour 1 en 2002, 3,17 en 2003, 3,14 en 2004, mais 3,15 en 2005. De son côté le fameux « indice Gini » des inégalités, également employé par les économistes enregistre une « stabilité des inégalités » durant les premières années du XXI° siècle, selon le dernier « Portrait social » de la France, publié par l'INSEE. Mais le même « Portrait social » montre aussi que si la progression des revenus a été générale entre 1996 et 2002, elle a été surtout sensible du côté des très bas revenus. Or, depuis 2002, ces revenus très bas se sont mis à stagner, tandis que progressaient encore ceux des classes moyennes inférieures. Et surtout, au même moment, les revenus des 5% les plus riches ont soudain bondi. Depuis longtemps, certains économistes mettent en cause cette présentation. L'Observatoire des Inégalités fait notamment remarquer que l'indicateur de l'INSEE est basé sur ce l'on appelle « les revenus fiscaux ». Par conséquent, n'y figurent ni les revenus financiers exonérés d'impôts (comme l'assurance-vie et le Plan d'Epargne Actions), ni l'avantage dont disposent ceux qui ne paient pas de loyer parce qu'ils sont propriétaires de leurs logements. Or, bien des ménages aujourd'hui s'enrichissent davantage en revendant leur logement qu'en percevant un ou des salaires. La non prise en compte de tels revenus fausse, en effet, le tableau. Or, ce sont les gros patrimoines qui ont le plus progressé au cours de la période récente. Et c'est de ce côté qu'il faut chercher les plus fortes inégalités, plutôt que des revenus - une fois déduits les impôts et inclus les transferts sociaux. La France est-elle un pays particulièrement inégalitaire ? Non. Selon Eurostat, notre pays se révèle certes un peu plus inégalitaire que la Suède et le Danemark, mais moins que l'Espagne et le Royaume-Uni, beaucoup moins que le Portugal. Ce tableau masque bien des inégalités peu visibles - inégalités entre les revenus des hommes et des femmes : 25 % en moyenne. Inégalités entre générations : juniors et seniors ont trop tendance à servir de « variables d'ajustement » dans notre économie et à se voir cantonner, pour les premiers, dans les emplois précaires, pour les seconds dans toutes les formules hypocrites de la mise au rencart. Inégalités entre ceux qui disposent d'un emploi garanti et ceux qui « galèrent » entre précarité et chômage. Globalement, peut-on dire que la société française évolue vers plus d'égalité ou vers l'aggravation des inégalités ?

L'équipe

Hervé Gardette
Hervé Gardette
Hervé Gardette
Production
Céline Leclère
Collaboration
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Fanny Richez
Collaboration
Anne Kobylak
Réalisation
Cyril Baert
Collaboration