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Pourquoi Paris ne comprend pas les années de plomb, c'est en ces termes qu'un de nos universitaires réputés, Marc Lazar, adressait une tentative d'explication aux Italiens dans une récente tribune à La Repubblica. Car c'est un fait : vue de la Péninsule les réactions françaises sont une énigme, encore renouvelée avec la dernière affaire Petrella : comment diable expliquer ce soutien d'une large partie de l'opinion et des intellectuels français aux anciens brigadistes, ces brigadistes qui évoquent dans les consciences italiennes des années sanglantes dont la mémoire est loin d'être cicatrisée. Il faut dire que ce n'est pas moins de 128 personnes qui sont tombées sous les balles de l'extrême gauche entre 1971 et 1988 ; en tout, les années de plomb ont fait 362 morts dans la décennie courant de 1970 à 1980 ; une précision d'importance : une forte proportion est due aux attentats inspirés par l'extrême droite. Ce qu'on va appeler la « doctrine Mitterrand », énoncée au milieu des années 1980, n'est autre que l'engagement de la France à refuser l'extradition de la petite centaine de réfugiés italiens ayant participé à l'action terroriste en échange du dépôt des armes et d'un retour à un mode d'existence pacifique. Cette doctrine a été rompue une première fois en août 2002 avec l'extradition de Paolo Persichetti et une nouvelle fois dans l'affaire Battisti en 2004. C'est pourtant au nom de cette parole donnée, de cet engagement de la France, que les Italiens ont assisté, étonnés, à une levée de boucliers pour protéger Cesare Battisti, une levée de boucliers qui rassemblait des personnalités aujourd'hui modérées de la gauche française, - c'est là que gît le mystère pour les Italiens- BHL ou Sollers, mais aussi des hommes politiques comme le Vert Yves Cochet ou certains membres de l'UDF. Alors, au nom de quoi défendre, comment comprendre la position italienne, et son entêtement dans les demandes d'extraditions ? Pourquoi l'amnistie de ces années de plomb ne semble-t-elle pas se profiler alors qu'elle nous paraît, de ce côté des Alpes, la réponse la plus appropriée à ces drames de la mémoire ?

Références

L'équipe

Hervé Gardette
Hervé Gardette
Hervé Gardette
Production
Céline Leclère
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Fanny Richez
Collaboration
Anne Kobylak
Réalisation
Cyril Baert
Collaboration