Psychiatrie : le grand retour en arrière?

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Avec
  • Hervé Bokobza Psychiatre Porte parole du collectif "Nuit sécuritaire",
  • Jean-Marie Delarue Président de la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme (CNCDH), ancien contrôleur général des lieux de privation de liberté.
  • Nora Berra conseillère régionale Auvergne-Rhône-Alpes, ancienne Secrétaire d'Etat chargée des Aînés (2009-2010)

C’était en novembre 2008 à Grenoble. Un jeune homme de 22 ans mourrait après s’être fait poignarder par un malade mental en fugue. Quelques semaines plus tard le Président de la République annonçait un train de mesures destinées à sécuriser les hôpitaux psychiatriques : davantage de chambres d’isolement, possibilité de contrôler des malades via des bracelets électroniques, suppression des sorties à l’essai.

Et c’est demain que le Sénat examinera le projet de loi qui fait suite au fait divers de 2008 et aux promesses de Nicolas Sarkozy. Et le texte actuellement examiné au sénat y provoque un débat sans précédent : il a été rejeté en commission après le vote de quelque 163 amendements au Sénat et jeudi dernier, sa rapporteure, la centriste Muguette Dini, a démissionné. Une première à la haute Assemblée.

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Que dit ce texte ?

Que le placement en soins sans consentement pourra être fait à la demande d'un tiers ou sur décision préfectorale, comme actuellement, mais aussi, "en cas de péril imminent" et en l'absence d'un tiers, sur la base d'un seul certificat médical.

Que ces placements d’office seront obligatoirement précédés d’une période d'observation de 72 heures en hospitalisation complète. Ce point fait débat, pour ses opposants il s’agit d’une "garde à vue psychiatrique".

Que l’obligation de soin à domiciles pour certains patients est également réformée : le texte crée aussi une obligation de soin sous contrainte, « en ambulatoire », hors les murs de l’hôpital.

Cette réforme, qui concerne 70 000 patients et qui rentrera en vigueur de 1er Aout entérine-elle une tendance lourde : celle de la judiciarisation de la maladie mentale ? Entérine-t-elle aussi au passage une évolution profonde, un changement de regard de la société sur la responsabilité des malades et plus globalement sur les malades eux-mêmes ? Cette loi est-elle sécuritaire comme l'affirment les syndicats de psychiatres ? En dressant de nouvelles enceintes autours des asiles revient-on en arrière ? Erige-t-on de nouveaux murs, dans les esprits, ceux de la défiance, de la méfiance, autours de l’ensemble des malades mentaux ?

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