La mise au monde de deux petites filles à l'ADN modifié a provoqué la stupeur de l'opinion publique.
La mise au monde de deux petites filles à l'ADN modifié a provoqué la stupeur de l'opinion publique. ©Getty - BSIP / Contributeur
La mise au monde de deux petites filles à l'ADN modifié a provoqué la stupeur de l'opinion publique. ©Getty - BSIP / Contributeur
La mise au monde de deux petites filles à l'ADN modifié a provoqué la stupeur de l'opinion publique. ©Getty - BSIP / Contributeur
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L’annonce de la naissance de deux bébés génétiquement modifiés a fortement fait réagir la communauté scientifique. Doit-on repousser toujours plus loin les limites de l’humanité quitte à transiger avec l’éthique ? Pourquoi les manipulations génétiques inquiètent-elles autant qu’elles fascinent ?

Avec
  • Dominique Folscheid professeur émérite de philosophie morale et politique à l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée, co-directeur du département de recherche Éthique biomédicale au collège des Bernardins, auteur de « Made in labo » (Éditions du Cerf, 2019).
  • Catherine Bourgain chargée de recherche en génétique humaine et statistiques à l'Inserm

Un apprenti sorcier. Un docteur Frankenstein. Voilà comment les confrères d'He Jiankui le qualifient désormais. Le fait est que ce n'est sans doute pas immérité : le 25 novembre dernier, ce chercheur chinois a annoncé, sur YouTube, avoir réalisé une première mondiale : la naissance de bébés génétiquement modifiés.

La nouvelle a provoqué l'incrédulité pour commencer, dans la mesure où cette expérience a été réalisée (si elle l'a bien été, ce qui reste encore à prouver) en dehors de tout contrôle scientifique. Mais elle a aussi suscité l'effroi. Car une telle annonce est crédible : la technique permet aujourd'hui de modifier le patrimoine génétique d'un embryon. 

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L’obstacle à sa mise en pratique est d’ordre éthique. Toute modification germinale du génome est interdite, dans la mesure où elle se transmet ensuite aux descendants : elle est donc difficilement contrôlable. Sans parler bien sûr des dérives eugénistes qui découleraient d’une telle pratique. C’est donc à un véritable tabou que s’est attaqué le chercheur chinois.

Il s’en est expliqué juste après, à Hong-Kong, au deuxième sommet mondial sur la modification du génome humain, en expliquant avoir voulu soulager la famille des deux bébés : le père est séropositif, la modification du génome de ses futures filles est censée les prémunir du Sida. Ce qui revient à transgresser une autre règle éthique : à savoir guérir préventivement des individus d’une maladie qu’ils n’ont pas. Bref, cette affaire repose la question, ancienne, des rapports entre ce que permet la technique et ce qu’autorise l’éthique.

"Y a-t-il des limites aux manipulations génétiques ?"

Articles :

Des bébés génétiquement modifiés seraient nés en Chine : par Hervé Morin pour Le Monde, le 27/11/2018.

Un bébé presque parfait, génétique, procréation et eugénisme : par Jean-Hugues Déchaux pour La vie des idées, le 05/06/2018.

Bioéthique : « Impossible de savoir quels seront les bons gènes dans deux siècles » selon Axel Kahn : propos d'Axel Kahn recueillis par Catherine Vincent pour La Croix, le 01/06/2018.

Tribunes : 

L’utopie transhumaniste : d’un imaginaire hors d’âge à l’imposture du siècle ? : par Dominique Folscheid pour La Croix, le 07/01/2017. 

Vidéos : 

Génomique : tout prédire de l’humain ? par Catherine Bourgain : sur la chaîne Youtube Espace Éthique

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