C'est lors de son exil au Québec, au début des années 1970, que Mesrine devient alors le grand criminel que l'on connaît aujourd'hui
C'est lors de son exil au Québec, au début des années 1970, que Mesrine devient alors le grand criminel que l'on connaît aujourd'hui ©Getty - James Andanson / Sygma
C'est lors de son exil au Québec, au début des années 1970, que Mesrine devient alors le grand criminel que l'on connaît aujourd'hui ©Getty - James Andanson / Sygma
C'est lors de son exil au Québec, au début des années 1970, que Mesrine devient alors le grand criminel que l'on connaît aujourd'hui ©Getty - James Andanson / Sygma
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En s'associant au braqueur québécois Jean-Paul Mercier, Jacques Mesrine développe son savoir-faire criminel : enlèvements, braquages, meurtres, le tout sous le regard des médias. Mais le caractère indépendant de cette tête brûlée finit par le rendre aussi gênant pour la police que pour la mafia.

Parallèlement à sa lutte médiatisée pour l'amélioration des conditions de détention, Jacques Mesrine se perfectionne dans les attaques de banques en compagnie de son complice Jean-Paul Mercier, braqueur aguerri, avec lequel il s’est évadé de prison. C'est à ses côtés que Mesrine fait ses armes. Les braquages se succèdent à un rythme impressionnant.

"On dit toujours qu’un mec qui a braqué au Québec peut braquer dans le monde entier. C’est très dur, il faut être très professionnel et très rapide. Il a fait quelques banques avec Jean-Paul Mercier et c’est devenu un très bon braqueur." Michel Ardouin, gangster des années 1970-1980.

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Mesrine, faux révolutionnaire, vrai criminel

En 1972, Jacques Mesrine mène de front à la fois sa carrière de braqueur de banques et la médiatisation de son personnage. C’est à ce moment-là, en pleine cavale, qu'il rencontre Jocelyne Deraiche, alors caissière dans un supermarché. Elle a 18 ans, Mesrine le double.

En septembre 1972, Mercier et Mesrine tentent d’attaquer le pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul pour provoquer une évasion de masse. Plusieurs gardiens font feu. Les deux fugitifs sont blessés mais parviennent à s’en sortir. Aujourd’hui encore, il est établi que c'est cette attaque qui aurait provoqué la fermeture de l’unité spéciale de correction.

"Ce n'était pas un geste politique, il voulait libérer ses co-détenus. Mais dans le contexte, les autorités l'ont vu comme un révolutionnaire qui essayait de faire exploser le système, l’institution ! Pourtant, ce n'est jamais un événement particulier qui fait que les choses vont changer radicalement. La preuve en est que rien n’a changé radicalement depuis ! (…) S'ils ont fermé Saint-Vincent-de-Paul, c'est parce que moderniser ce pénitencier du XIXe siècle aurait eu un coût exagérément élevé et que d’autres pénitenciers ont été construits pour le remplacer.Jean-Claude Bernheim, chercheur en criminologie.

L'homme le plus recherché du Québec

Mesrine est dès lors identifié comme le porteur d’un message de contestation violente contre le système carcéral et, plus largement, contre la société dans son ensemble. Mais avec son complice Jean-Paul Mercier, ils commettent à l’automne 1972 un geste irréparable. Alors qu’ils s'entraînaient au tir dans les bois, ils abattent froidement deux gardes-chasses venus les contrôler, Médéric Côté et Ernest Saint-Pierre. Les criminels sont devenus deux meurtriers ultra recherchés. À tel point que Mesrine décide de partir à New York, accompagné de Jocelyne Deraiche, Jean-Paul Mercier et de sa compagne Suzanne Francoeur. Ils logent dans les plus beaux hôtels, ce qui donne lieu à des situations étonnantes :

"On logeait au Waldorf Astoria. D’ailleurs j’ai rencontré Pierre-Elliott Trudeau avec sa femme et leurs deux garçons qui me regardaient et je leur ai fait une grimace et ça a choqué Jacques. Mais j’avais 18 ans, j’en avais rien à foutre. Et ensuite, de New York, on a pris l'avion pour le Venezuela." Jocelyne Deraiche, ancienne compagne de Mesrine

À réécouter : La grande évasion
58 min

Peu de temps après, la petite bande s’installe dans une villa à Caracas. À cette époque, au Venezuela, les autorités locales pouvaient protéger certains individus de beaucoup de choses, y compris des autorités policières du Canada. Mais Mesrine va commettre une erreur. Avec Jocelyne Deraiche, ils décident de revenir en France. Le premier acte de sa carrière criminelle est bouclé. De retour à Paris, le gangster a de grands projets en tête...

"Pour moi, le Québec c’est la répétition générale de ce que Mesrine va faire en France à son retour. Tout y est déjà. L’image du braqueur gentleman, faisant des blagues avec les employés de banques tout en les menaçant. L’enlèvement du millionnaire. Le vengeur qui dénonce ses conditions de détention. Des éléments qu’on va retrouver trait pour trait quand il sera de retour en France, on a vraiment l’impression qu’il s’est dit : “Au Québec j’ai été connu pour ça, ça a marché. Je vais refaire exactement la même chose.” Philippe Roizès, réalisateur de documentaire, co-auteur de "Mesrine, fragments d'un mythe"

Deuxième épisode avec André Normandeau, criminologue ; Jean-Claude Bernheim, chercheur en criminologie ; Philippe Roizès, réalisateur de documentaire, co-auteur de Mesrine, fragments d’un mythe (Flammarion).

Les interviews de Jocelyne Deraiche et Michel Ardouin ont été réalisées par Philippe Roizès et produites par Daniel Delume et Dad Films, et celle de Michel Schayewski a été réalisée et produite par Philippe Roizès et Anne-Claire Préfol.
Les extraits du disque Mesrine parle encore sont utilisés avec l’aimable autorisation de PHOTO Police.

Un podcast produit et animé par Stéphane Berthomet, réalisé par Cédric Chabuel.
Une coproduction Radio-Canada OHdio et France Culture.