Le 2 novembre 1979, Jacques Mesrine est abattu par la BRI dans sa voiture, à porte de Clignancourt à Paris ©AFP - Georges Bendrihem, Marcel Binh, Michel Clément, Patrick de Noirmont
Le 2 novembre 1979, Jacques Mesrine est abattu par la BRI dans sa voiture, à porte de Clignancourt à Paris ©AFP - Georges Bendrihem, Marcel Binh, Michel Clément, Patrick de Noirmont
Le 2 novembre 1979, Jacques Mesrine est abattu par la BRI dans sa voiture, à porte de Clignancourt à Paris ©AFP - Georges Bendrihem, Marcel Binh, Michel Clément, Patrick de Noirmont
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Résumé

La traque et la mort de Jacques Mesrine forment la clé de voûte d’un mythe qui n'a cessé de s’amplifier de 1979 à aujourd'hui. L'enregistrement des dernières paroles du gangster est troublant : elles pourraient être les répliques d’un personnage de film, celui que Mesrine avait créé dix ans plus tôt

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Les moyens massifs de la longue opération policière autour de la traque de Jacques Mesrine, et sa fin extrêmement brutale le 2 novembre 1979, ont nourri l’imaginaire du public et des générations de policiers. Et comme toujours, les récits divergent et les faits cèdent parfois la place aux fantasmes. C'est auprès des policiers qui étaient sur le terrain que l'on peut obtenir les informations les plus justes et si possible démêler le vrai du faux sur les derniers instants de la vie de Mesrine.

La fin d'un homme "arrivé aux confins de la violence"

Lorsque, le 17 septembre 1979, le nom de Charlie Bauer apparaît dans l’enquête des policiers, ils savent qu’ils tiennent quelque chose de solide. Après des jours d'investigation, avec patience et professionnalisme, les enquêteurs ont suivi les liens qui allaient les conduire jusqu’à Mesrine et Sylvia Jeanjacquot, sa compagne.

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Le 2 novembre 1979, Jacques Mesrine et Sylvia Jeanjacquot quittent leur domicile et prennent une BMW en direction de la place de Clignancourt, située dans le quartier du 18e arrondissement, au nord de Paris. Mesrine est au volant. À partir du moment où le commissaire Broussard donne "le top interpellation", les policiers peuvent lancer l’arrestation dès qu’ils jugent que la situation est à leur avantage.

Mesrine est touché par 18 projectiles tirés depuis l’arrière du camion arrêté devant eux. Sa compagne Sylvia Jeanjacquot est grièvement blessée, mais elle survivra.

Une mort qui prive les victimes d'un procès

Depuis le 2 novembre 1979, le débat autour de la mort du gangster a varié en intensité, mais ne s’est jamais éteint. Mesrine a-t-il été abattu avant même qu’il ne fasse un geste menaçant ? A-t-il tenté d’attraper une arme ou une grenade ? A-t-il même bien compris ce qui se passait autour de lui à ce moment-là ? Pour René-Georges Querry, cette fin était inévitable. Un point de vue que ne partage pas Emmanuel Farrugia, le policier qui a patiemment tiré les fils de l’enquête ayant permis de retrouver la trace de Mesrine :

"J’aurais aimé que ça se termine autrement parce que j’aurais aimé me trouver en face de lui. Pouvoir discuter de truand à policier. Et pouvoir me dire : "Voilà, c’est à la justice de faire son travail maintenant. Pour nous, c’est une satisfaction de dire aux familles qui ont vécu un calvaire : l’auteur des faits criminels dont vous avez été les victimes a été arrêté et sera jugé. Lorsqu’il y a mort d’homme, pour moi, c’est un échec. Il y a eu un loupé quelque part et on aurait pu éviter cette catastrophe."

Mesrine laisse derrière lui deux familles, d’un côté Maria de la Soledad avec Sabrina, Bruno et Boris… Et de l’autre, Lydia de Souza et son fils Dominique, qui a pensé jusqu'à ses 14 ans que Mesrine était son père biologique. Le second choc, c'est quand il a découvert toute la carrière criminelle de son père.

Dominique Mesrine, le fils de Jacques Mesrine, à son domicile à Paris le 12 mai 2009
Dominique Mesrine, le fils de Jacques Mesrine, à son domicile à Paris le 12 mai 2009
© Maxppp - Humberto de Oliveira / PHOTOPQR / Le Parisien

"J’étais aux Beaux-Arts, à Bourges et un jour, un copain vient me voir et me dit : “Tiens, on parle de ton père !” et il me montre un journal. Comment ça on parle de mon père ? Je regarde le journal, et je vois : Jacques Mesrine. Je me dis : oui mais c’est peut-être quelqu’un d’autre, je sais pas ! Quelqu’un qui a le même nom que mon père ? Et puis j’ai regardé, j’ai lu et je me suis rendu compte effectivement que c’était mon père. Et c’est là que j’ai découvert ce qui se passait. (…) C’est sa vie, une vie qu’il a choisie. Parce qu’il a toujours dit : “C’est ma vie que j’ai choisie, ne le fais surtout pas. Fais quelque chose.” Et ça, ça m’a poussé. Pour moi, c'était un père comme je l’avais toujours imaginé. Il me donnait des conseils de père… Et c’est pour ça que j’ai toujours eu du mal à mélanger ce côté Jacques MeSrine comme tout le monde dit, et Jacques Mesrine." Dominique Mesrine

Le mythe post-mortem

Sabrina, la fille de Jacques Mesrine fait un doigt d'honneur aux journalistes, le 09 novembre 1979, le jour de l'enterrement de son père à Clichy-la-Garenne
Sabrina, la fille de Jacques Mesrine fait un doigt d'honneur aux journalistes, le 09 novembre 1979, le jour de l'enterrement de son père à Clichy-la-Garenne
© AFP - Joël Robine / STF / AFP

Jacques Mesrine a tracé son chemin, un acte violent après l’autre, annonçant dans une cassette prophétique, enregistrée à l’attention de Sylvia Jeanjacquot ce qui allait se produire à la toute fin… Un enregistrement où Mesrine se met en scène accompagné de la musique du film Midnight Express du réalisateur Alan Parker, un des films les plus célèbres sur l’univers ultra violent de la prison. Dans cette mise en scène finale où Mesrine parle comme un acteur de film et tient un discours tragique plus grand que nature, se révèle davantage un personnage de fiction qu’un homme en chair et os.

Comme l’explique Philippe Roizès, la mort de Mesrine vient sceller définitivement ce destin hors norme et rassembler autour de lui une foule aussi large qu’hétéroclite.

"Par exemple à son enterrement, il y avait beaucoup de gens issus de la mouvance gauchiste, qu’elle soit anar, trotskiste ou maoïste de l’époque. Qui n’étaient pas dupes de son engagement, mais qui le considéraient un peu comme un camarade et surtout qui ne supportaient pas la façon dont il avait été abattu. J’ai fait l’expérience d’aller sur la tombe de Mesrine le jour de l’anniversaire de sa mort. Les gens qui viennent se recueillir sur sa tombe sont de petites gens, pour qui il représente quelque chose. Il suffit d’aller sur les groupes Facebook qui lui sont consacrés, on voit bien que la plupart des gens qui sont intéressés par lui, qui le considèrent comme un héros, sont des gens qui se sentent au quotidien écrasés ou humiliés, et auxquels cette figure redonne un peu de dignité par procuration. Ils se trompent sur qui il est mais si ça leur fait du bien... On ne peut pas nier qu'il comble quelque chose."

Sixième et dernier épisode avec Emmanuel Farrugia, ancien commissaire divisionnaire, auteur de l’ouvrage Code TL 825 Mesrine ; René-Georges Querry, ancien commissaire de police ; Philippe Roizès, réalisateur de documentaire, auteur de Mesrine, fragments d’un mythe (Flammarion) ; Dominique Mesrine, fils de Jacques Mesrine.

Un podcast produit et animé par Stéphane Berthomet, réalisé par Cédric Chabuel.
Une coproduction Radio-Canada OHdio et France Culture.

Recherche : Stéphane Berthomet, Philippe Roizes, Catherine Tourangeau, Louis-Philippe Lorange

Équipe de France Culture
Coordonnatrice des enregistrements en France : Pascaline Bonnet
Délégué au numérique : Florent Latrive
Conseillère au programme : Camille Renard

Design sonore par : Matthieu Le Roux, Jean-Benoît Tetu et Valentin Azan-Zielinski
Responsable Création sonore : Hervé Bouley
Recherche d’archives à Radio-Canada : Jacinthe Mailhot
Recherche d’archives à l’INA : Anne Delaveau et Delphine Desbiens

Références

L'équipe

Stéphane Berthomet
Production
Cédric Chabuel
Réalisation