Entre 1968 et 1979, année de sa mort, Jacques Mesrine se déguisait pour créer des faux papiers, et des fausses identités
Entre 1968 et 1979, année de sa mort, Jacques Mesrine se déguisait pour créer des faux papiers, et des fausses identités ©Getty - Jean-Claude Francolon / Gamma-Rapho
Entre 1968 et 1979, année de sa mort, Jacques Mesrine se déguisait pour créer des faux papiers, et des fausses identités ©Getty - Jean-Claude Francolon / Gamma-Rapho
Entre 1968 et 1979, année de sa mort, Jacques Mesrine se déguisait pour créer des faux papiers, et des fausses identités ©Getty - Jean-Claude Francolon / Gamma-Rapho
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Dans les années 1960, Jacques Mesrine n'est encore qu'un simple voyou. Mais après son exil au Québec en 1968, il devient grand criminel, recherché. Il y invente son personnage de bandit flamboyant et pose les bases d’un mythe dont la célébrité persiste encore de nos jours.

En juillet 1968, Jacques Mesrine, alors âgé de 28 ans, et sa jeune compagne Jeanne Schneider sont arrivés au Canada. Il n'est encore qu'un simple voyou, pas encore recherché en France pour des crimes de sang, mais plutôt pour des délits de moyenne importance : des vols à main armée, un cambriolage et des escroqueries. Dans le contexte de l’univers ultra violent des années 1970 où le meurtre était monnaie courante, les agissements de Mesrine ne font pas de lui à cette époque un criminel de grande envergure. Pourtant, le couple a décidé de s’enfuir au Canada.

À Montréal, Jeanne et Jacques trouvent un emploi au service de l’homme d’affaires Georges Deslauriers. Mais après quelques mois, ils décident de l’enlever pour demander une rançon à la famille. Mais ce kidnapping est un échec cuisant pour le couple. Désormais recherchés par la police, ils partent se réfugier dans le village de Percé, en Gaspésie, à l’est du Québec, haut lieu de la contre-culture à cette époque. Pendant ce séjour, durant l'été 1969, le couple se trouve impliqué dans une affaire criminelle retentissante : le meurtre d'Évelyne Leboutillier, gérante du motel où Jacques et Jeanne se sont installés. Dès lors tout s'enchaîne…

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À réécouter : Coupables et innocents
58 min

Les médias commencent à s'intéresser à Mesrine et son histoire. C'est ainsi que le personnage public tel qu'on le connaît naît. Il fait la rencontre décisive de l'avocat Raymond Daoust qui ne lui évitera pas la prison pour l'affaire de l'enlèvement. À partir de ce moment, Mesrine développe alors une de ses particularités criminelles qui fera sa réputation : l'évasion.

"C’est à l’hiver 1971 que je fais la connaissance de Jacques Mesrine : c’était un des plus gentils, le moins délinquant. Pas du tout agressif, toujours courtois avec tout le monde. Une personnalité narcissique mais ils étaient tous comme ça, ça n’avait rien d’extraordinaire. Quand il parlait de la guerre d’Algérie par exemple, il racontait des histoires pour se faire valoir. Un gars vantard, affabulateur : ça revient à de la mythomanie parce qu’il finissait par croire dans son personnage. Même à l’intérieur du groupe, comme on dit en bon canadien "il prenait facilement le plancher"." Pierre-Marie Lagier, criminologue

21 août 1972, Jacques Mesrine devient Jacques Mesrine

Au Québec, sa notoriété arrive quand il s'évade, le 21 août 1972, du pénitencier de haute sécurité de Saint-Vincent-de-Paul. Révolté par ses conditions de détention, c’est aussi à cette époque-là qu’il devient un personnage médiatique. Sa prise de parole s'inscrit dans un contexte de revendications politiques et idéologiques pour l'indépendance du Québec.

"Les années 1970 étaient très violentes dans les pénitenciers. Les suicides très nombreux, les homicides entre détenus fréquents, les prises d’otages, sans compter quelques émeutes. Au-dessus des cellules, au lieu d’avoir un plafond, c’était une grille. Donc le personnel pénitentiaire pouvait visualiser les détenus dans leur cellule. Et quand les détenus manifestaient des revendications ou protestaient contre ce qui était exigé d'eux, ils pouvaient être gazés, directement par le plafond. Quand Mesrine a parlé de “chambre à gaz”, il ne l’a pas fait innocemment. On peut dire qu’il avait le sens du verbe. C’était vraiment révolutionnaire, explosif. On peut avoir un discours révolutionnaire sans être révolutionnaire, ce sont deux choses distinctes." Jean-Claude Bernheim, chercheur en criminologie.

À bien des égards, le parcours de Mesrine au Canada ressemble à celui qui le rendra ensuite célèbre en France. Mais son statut de criminel va prendre un tournant, après sa rencontre avec le truand Jean-Pierre Mercier.

Premier épisode avec Pascal Alain, historien ; Philippe Roizès, réalisateur de documentaire, auteur de Mesrine, fragments d’un mythe (Flammarion) ; Charles Bolduc, collectionneur ; Raymond Daoust, avocat criminaliste ; Pierre-Marie Lagier, criminologue ; Jean-Claude Bernheim, chercheur en criminologie.

Un podcast produit et animé par Stéphane Berthomet, réalisé par Cédric Chabuel.
Une coproduction Radio-Canada OHdio et France Culture.