Jacques Mesrine a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle en 1977, et emprisonné à la Prison de la Santé avant de s'évader le 8 mai 1978 ©Getty - Tony Comiti / Sygma
Jacques Mesrine a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle en 1977, et emprisonné à la Prison de la Santé avant de s'évader le 8 mai 1978 ©Getty - Tony Comiti / Sygma
Jacques Mesrine a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle en 1977, et emprisonné à la Prison de la Santé avant de s'évader le 8 mai 1978 ©Getty - Tony Comiti / Sygma
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Résumé

D’où peut bien venir la violence de Mesrine ? Comment démêler le vrai du faux ? Contrairement à la façon dont Jacques Mesrine a raconté sa vie de gangster, la réalité de celle-ci était bien moins glamour et héroïque que le mythe populaire qu'il a voulu incarner.

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L'absence d'un père

Jacques Mesrine a grandi en banlieue parisienne. Sa famille possède un commerce de broderie créé en 1936 par son père, André. Issu d'un milieu plutôt aisé, André Mesrine était le roi de la dentelle de luxe sur la place de Paris. Mais la famille vivait modestement, dans un deux-pièces à Clichy. Adolescent, le jeune Jacques commence à fréquenter Pigalle. Le Moulin Rouge, Chez Michou, les cabarets et des cafés comme le célèbre Chat Noir sont alors les emblèmes de ce quartier du 18e arrondissement de Paris qui ne dort jamais. Et qui, dans les années 1950, est le repaire des malfrats et des prostituées… Pendant cette adolescence agitée, Mesrine va convaincre ses amis du quartier de faire des coups avec lui.

"Je crois qu’une des clés de compréhension de Jacques Mesrine c’est l’absence notoire de son père. C’est quelqu’un de discret, quelqu’un qui parle peu, et puis il y a eu cette rupture essentielle de la guerre, et l’Occupation. Le père est mobilisé et fait prisonnier par les Allemands. Il reste longtemps en détention et ne rentre qu’à la fin de la guerre." Philippe Roizès

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59 min

En 1955, Mesrine rencontre alors la première femme de sa vie, Lydie de Souza. Il se marient à Clichy-la-Garenne cinq mois plus tard. Jacques Mesrine a seulement 18 ans, et Lydie de Souza, 22. Aujourd'hui, c'est une femme pétillante de 90 ans. Elle se souvient de leur rencontre sur une piste de danse. Mais lorsque Jacques Mesrine part faire son service militaire, la situation du couple se dégrade. Sa jalousie devient obsessionnelle.

"C’était un garçon très jaloux. Quand il faisait son service militaire, il se disait “Mon Dieu, si je ne suis pas là…” Il était tellement jaloux qu’à chaque fois, il faisait le mur et venait à Paris pour me voir ! Un jour, ma belle-mère est venue me chercher à la fin de mes cours, mais j’avais séché ce jour-là et j’étais chez une amie. Quand elle a dit ça à Jacques, il a demandé le divorce." Lydie de Souza

Le tournant de la guerre d'Algérie

Après son divorce avec Lydie de Souza, Mesrine se porte volontaire pour la guerre d'Algérie. Mais ce séjour va le transfigurer. Il revient d'Algérie en mars 1959. Sa violence prend-elle sa source dans cette expérience traumatisante ? C’est à cette période qu’il rencontre sa seconde femme, Maria de la Soledad, qu’il épouse en 1961. Ils auront trois enfants, Sabrina, Bruno et Boris. Entre 1961 et 1962, Mesrine est condamné par deux fois à 12 et 18 mois de prison.

"Jacques Mesrine ne s’est jamais arrêté dans ses projets de gangstérisme ou de malfaiteur. Quand il a ce travail où il réalise des maquettes dans un cabinet d’architecte, c'est une couverture. Un ancien policier m’avait confié la fiche Interpol datant de 1973 où il est résumé toutes les affaires importantes qu’a déjà Jacques Mesrine sur son CV, là où dans L’instinct de mort il explique qu’il essaie de se réinsérer, qu’il promet à sa femme qu’il ne fera plus de bêtises, qu’il prend un travail dans ce cabinet d’architecte, que vraiment le côté malfaiteur c’est bien fini, en fait on s’aperçoit qu'aux mêmes dates, sur sa fiche Interpol, sont mentionnés des trafics d’armes !" Philippe Roizès

Après la naissance de Boris, à l'été 1966, Maria et Jacques se séparent. Ses enfants ne le reverront plus. Mesrine fait la rencontre de Jeanne Schneider, dans le quartier de Pigalle, et part avec elle au Québec. Quatre ans plus tard, fuyant cette fois la police canadienne comme on l’a vu dans les épisodes précédents, Mesrine revient en France avec sa nouvelle compagne Jocelyne Deraiche et est rapidement présenté dans les médias comme un criminel d’envergure. Il fait tout pour devenir l'ennemi public n°1. Jacques Mesrine semble pris d’une sorte de frénésie, enchaînant parfois plusieurs attaques de banques sans même faire de repérages au préalable.

Moins de six mois après son retour en France, en mars 1973, Mesrine est arrêté en bas de chez lui. Mais il s'évade en juin 1973, à la faveur d’une comparution au tribunal pour une affaire de chèques volés. Lassée de ses colères et de son orgueil, Jocelyne Deraiche prend ses distances avec le gangster, lui montrant ainsi qu’il ne peut pas la contrôler. Ce que Mesrine contrôle cependant toujours c’est son image, car il sait désormais comment avoir un véritable impact dans les médias. Et il va désormais tout faire pour obtenir une visibilité sans précédent.

"Quand il me giflait, je lui donnais une gifle. Et c’est pour ça qu’il me respectait, il me l’a dit, il trouvait que j’avais du cran, et j’en ai du cran. J’aime pas l’injustice et on ne touche pas une femme. Dans son caractère il y avait des bons traits, mais aussi des mauvais. Si quelqu’un me souriait, me sifflait ou flirtait, il se retrouvait le gun sur la tempe. Je détestais son orgueil mal placé et sa jalousie malsaine (…) Après mon départ, on s’écrivait tous les jours. Si je passais une journée sans lui écrire, parce qu'on avait été prendre un café avec des amis, je me levais de plus bonne heure le lendemain pour lui écrire deux lettres, mais c’était la colère totale. J’ai reçu des rafales de menaces, il m'écrivait : “Je vais défigurer ta belle petite gueule d’amour et tuer ta petite sœur." Jocelyne Deraiche

Une lettre rédigée par Jacques Mesrine, en prison à l'attention de sa compagne québécoise Jocelyne Deraiche
Une lettre rédigée par Jacques Mesrine, en prison à l'attention de sa compagne québécoise Jocelyne Deraiche
- archives Jocelyne Deraiche

Troisième épisode avec Lydie de Souza, première femme de Jacques Mesrine ; Philippe Roizès, réalisateur de documentaire, auteur de Mesrine, fragments d’un mythe (Flammarion).

Les interviews de Jocelyne Deraiche et Michel Ardouin ont été réalisées par Philippe Roizès et produites par Daniel Delume et Dad Films, et celle de Michel Schayewski a été réalisée et produite par Philippe Roizès et Anne-Claire Préfol.
Les extraits du disque Mesrine parle encore sont utilisés avec l’aimable autorisation de PHOTO Police.

Un podcast produit et animé par Stéphane Berthomet, réalisé par Cédric Chabuel.
Une coproduction Radio-Canada OHdio et France Culture.

Références

L'équipe

Stéphane Berthomet
Production
Cédric Chabuel
Réalisation