Couverture consacrée à Mesrine du journal L'Express, dans le semaine du 17 au 23 novembre 1975, après qu'un de ses journalistes ait reçu une lettre de menaces - Paris Match
Couverture consacrée à Mesrine du journal L'Express, dans le semaine du 17 au 23 novembre 1975, après qu'un de ses journalistes ait reçu une lettre de menaces - Paris Match
Couverture consacrée à Mesrine du journal L'Express, dans le semaine du 17 au 23 novembre 1975, après qu'un de ses journalistes ait reçu une lettre de menaces - Paris Match
Publicité
Résumé

À son retour en France au début des années 1970, les coups d’éclat se succèdent. Mais Mesrine veut toujours plus de notoriété, et les médias sont là pour la lui offrir, quitte à omettre la violence grandissante dont fait preuve celui qui est désormais qualifié d’"Ennemi public numéro un".

En savoir plus

Aujourd’hui encore, Jacques Mesrine est souvent perçu comme une sorte de rebelle, un Robin des bois des temps modernes, pour lequel la violence ne serait qu’une solution de dernier recours. Mais dans les faits, le parcours du gangster est marqué par une violence extrême guidée par l’avidité et l’égo. Abdel Raouf Dafri, scénariste du diptyque L'Instinct de mort, sorti en salles en 2008, s'est beaucoup documenté pour dresser le portrait d'un criminel ambivalent. Un portrait qui s’appuie sur des rencontres avec son ancienne compagne, Jeanne Schneider, avec qui Mesrine était parti au Québec, et un ancien complice, Charlie Bauer.

"Pour moi, Mesrine n'était pas victime de sa violence. Quand j’ai rencontré Jeanne et Charlie, il me l’ont confirmé. Jeanne disait que "quand Jacques pétait un câble, personne ne pouvait l’arrêter. Même pas moi". Et Dieu sait qu’il l'aimait. Je considère que Mesrine était quelqu'un qui savait très bien faire la différence entre le bien et le mal mais qui n’en avait rien à foutre. C’est lui qui décidait. Point barre." Abdel Raouf Dafri

Publicité
Vincent Cassel incarne Jacques Mesrine, dans le diptyque "L'instinct de mort" en 2008, un film qui va cumuler près de 4 millions d’entrées
Vincent Cassel incarne Jacques Mesrine, dans le diptyque "L'instinct de mort" en 2008, un film qui va cumuler près de 4 millions d’entrées
- La Petite Reine / Roger Arpajou / Pathé distribution

La soif de célébrité

Après son évasion du tribunal en juin 1973, Jacques Mesrine est de retour à Paris à la fin de l'été, bien décidé à faire parler à nouveau de lui. Et il s'apprête à provoquer dans les cinq années qui viennent une véritable explosion médiatique. Le 27 septembre 1973, en plein Paris, le gangster braque deux banques avec un complice rencontré à Trouville, Pierre Verheyden. Mesrine s'enfuit, et se planque dans le 13e arrondissement. René-Georges Querry, alors policier à l’antigang sous les ordres de Robert Broussard raconte l’ambiance de l’époque :

"Mesrine est piégé, il sait qu’il ne peut pas s’en sortir. Ou il ouvre le feu et il est abattu sur le champ, ou alors dans sa tête il a calculé qu’il allait se faire arrêter mais il en rajoute. Parce qu’il a le sens de la mise en scène, le sens de la comédie, il crée, il construit son personnage de western genre Le Bon, la Brute et le Truand, ou Il était une fois dans l’Ouest, et il pense déjà à la suite : "Bon, je suis pris, je vais pas engager ma vie, je me rends mais je me rends avec panache parce qu’on le racontera ça un jour". Il est déjà dans sa mégalomanie du grand bandit qui soigne son image." René-Georges Querry

La grande évasion

Comme souvent dans la construction d’un mythe, on a tendance à oublier les échecs et les faux pas… Mais la légende est en marche et Mesrine est désormais perçu comme un fin stratège, un criminel dangereux et extrêmement intelligent. En 1974, détenu à la prison de la Santé, en attente de son procès, il est défendu par une jeune avocate, Marie-Christine Etelin.

"Jacques était un voyou. Mais attention, c’est quelqu’un qui n’est pas de la classe traditionnelle des voyous. La question qui s’est toujours posée à moi c’est : pourquoi il en était arrivé là ? Pourquoi ce garçon issu de la petite bourgeoisie était-il devenu un voyou ? C’était pas tous les jours qu’on voit ça. Je vais vous raconter une anecdote. Quelques temps avant Noël 74 ou 75, Jacques Mesrine m’a envoyé une carte postale : “Chère Maître, vous n’aviez pas samedi votre parfum habituel. Il y a longtemps que j’ai oublié le prix des roses, ainsi que celui des parfums. J’espère que cela suffira. Bon Noël.”  Sauf qu'il ne pouvait pas avoir senti mon parfum parce que je n’en portais jamais quand j’allais en prison !" Marie-Christine Etelin

Le plan de l'évasion commanditée par Mesrine et François Besse, de la prison de la Santé, publié dans Paris Match
Le plan de l'évasion commanditée par Mesrine et François Besse, de la prison de la Santé, publié dans Paris Match
- Paris Match

Du fond de sa cellule, Mesrine ne ménage pas ses efforts pour ne pas être oublié. En mars 1977, deux mois avant son procès très médiatisé, il fait paraître un livre autobiographique L'Instinct de mort, dans lequel il revendique pas moins de 40 crimes. Un an, presque jour pour jour après le jugement de mai 1977, Mesrine réussit à nouveau l’impossible : il s'enfuit du Quartier de Haute Sécurité (Q.H.S.) de la prison de la Santé, avec son complice, le multi-récidiviste François Besse, aussi appelé "le roi de l'évasion". S’il est difficile de dire avec exactitude à quel moment le titre d’ennemi public numéro 1 a été utilisé pour la première fois par les médias pour qualifier Mesrine, on peut toutefois avancer avec certitude que c’est cette évasion qui le consacre. Commence alors une longue traque.

Le criminel le plus recherché de France

Pour les policiers, la réalité est bien loin de la vision fantasmée du criminel de haut vol que diffusent alors les médias. La traque de Mesrine commence à devenir de plus en plus personnelle pour les enquêteurs qui constatent jour après jour la violence grandissante qui l’anime. Et tandis qu’ils pensent que Mesrine a pris le large, ce dernier est en fait retourné s’installer dans le 18e arrondissement de Paris, où il rencontre Sylvia Jeanjacquot, qui sera sa dernière compagne.

Au milieu de l’été 1978, alors que les meilleurs limiers de la police française sont à ses trousses, Mesrine donne une entrevue de plusieurs heures à la journaliste Isabelle de Wangen pour le magazine Paris-Match, dans laquelle il joue enfin pleinement le rôle du personnage qu’il s’est soigneusement créé. Mais les militants et militantes comme son avocate Marie-Christine Etelin ne sont pas dupes des motivations réelles de Mesrine.

"Il avait en lui une révolte mais elle n’était pas politique. Elle était personnelle, et surtout elle ne le conduisait pas à analyser la situation. Je pense que fondamentalement il était un réactionnaire." Marie-Christine Etelin

Et si, au fond, Mesrine n’avait pas été, comme on l’a souvent présenté, un homme révolté contre le système mais plutôt un homme le plus souvent guidé par sa colère et son esprit de vengeance ?

À réécouter : Lignes de fuite
29 min

Quatrième épisode avec Abdel Raouf Dafri, scénariste ; René-Georges Querry, ancien commissaire de police ; Marie-Christine Etelin, ancienne avocate de Jacques Mesrine ; Philippe Roizès, réalisateur de documentaire, auteur de Mesrine, fragments d’un mythe (Flammarion).

Les interviews de Jocelyne Deraiche et Michel Ardouin ont été réalisées par Philippe Roizès et produites par Daniel Delume et Dad Films, et celle de Michel Schayewski a été réalisée et produite par Philippe Roizès et Anne-Claire Préfol.
Les extraits du disque Mesrine parle encore sont utilisés avec l’aimable autorisation de PHOTO Police.

Un podcast produit et animé par Stéphane Berthomet, réalisé par Cédric Chabuel.
Une coproduction Radio-Canada OHdio et France Culture.

Références

L'équipe

Stéphane Berthomet
Production
Cédric Chabuel
Réalisation