Photo de Jacques Mesrine, prise par sa dernière compagne Sylvie Jeanjacquot, quelques mois avant sa mort, en couverture de Paris Match - Paris Match
Photo de Jacques Mesrine, prise par sa dernière compagne Sylvie Jeanjacquot, quelques mois avant sa mort, en couverture de Paris Match - Paris Match
Photo de Jacques Mesrine, prise par sa dernière compagne Sylvie Jeanjacquot, quelques mois avant sa mort, en couverture de Paris Match - Paris Match
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Résumé

Soumis à un quotidien de plus en plus erratique, mais poussé toujours plus loin par son orgueil, Mesrine continue ses coups d’éclat violents. Guidées par la vengeance, ses actions vont bientôt franchir un point de non-retour.

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Pour comprendre l'évolution de la personnalité de Jacques Mesrine, il faut revenir à  l'hiver 1971, au moment où il est emprisonné au pénitencier d'Archambault au Canada. C'est là en effet, au cours des discussions de groupe, qu'il rencontre le criminologue québécois Pierre-Marie Lagier.

Le complexe d'Erostrate

Pierre-Marie Lagier a une théorie sur la recherche effrénée de célébrité du gangster français. Il est, selon lui, atteint du complexe d'Erostrate. En Grèce, au IVe siècle avant notre ère, ce dernier décida que mettre le feu au temple d’Artémis, l’une des sept merveilles du monde, allait faire de lui un homme célèbre.

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"Une des caractéristiques intéressantes de Mesrine c’est qu’il croit à son personnage à un point tel que j’ai appelé ça le complexe d’Erostrate. Pourquoi ? Parce que ce Grec s’est dit : “Comment je peux devenir célèbre ? Et qu’on parle de moi ad vitam aeternam ? Faire le bien ne me rendra pas célèbre. Tour le monde s'en fout. Mais commettre le plus grand crime possible, oui !” A la question : “Qu’est-ce qui t’a pris de mettre le feu au temple ?” il a répondu “Peu m'importe que vous me condamniez à mort puisque vous allez vous souvenir de moi.” Voilà, Mesrine était atteint du complexe d’Erostrate : faire parler de lui, quel qu'en soit le prix à payer." Pierre-Marie Lagier

Depuis son arrivée au Québec, jusqu'à son retour en France, Mesrine va se construire un personnage bien plus grand que nature. Et son orgueil va le pousser de plus en plus loin. En novembre 1978, Mesrine va franchir un nouveau cap, en s'attaquant au juge Charles Petit, un membre de la magistrature française. Mais son opération vengeresse va échouer, et son complice Jean-Luc Coupé va être arrêté. La police française est plus que jamais sur ses traces et son aura de criminel efficace et organisé, est quelque peu écornée.

L'unité "anti-Mesrine"

C’est à cette époque que Jacques Mesrine s’associe avec un braqueur à la réputation établie dans le milieu, Michel Schayewski. Le 20 juin 1979, dans la commune de Beaumont-sur-Sarthe, deux hommes enlèvent l’ancien banquier Henri Lelièvre, âgé de 82 ans. Mesrine fixe la rançon à 10 millions de francs, avant de la baisser à 6 millions. Quelques heures plus tard, les policiers ignorent qu’ils sont à distance de tir de Mesrine et Schayewski, cachés dans les bois. L'opération se termine en fusillade, et les deux ravisseurs s'enfuient.

"Il avait le sens de la clandestinité, il savait passer sous les radars tout en se montrant régulièrement auprès des journalistes. D’un côté il faisait des coups d’éclats, des enlèvements, des braquages au grand jour, et en même temps, on n’arrivait pas à lui mettre la main dessus ! On avait une pression constante : à chacun de ses coup d’éclat, on nous regardait avec commisération en disant : “C’est vous les supers flics de l’antigang ?” Il faut le dire clairement : il nous a ridiculisés !" René-Georges Querry

Le milliardaire français Henri Lelièvre s'adresse aux journalistes, le 30 juillet 1979, deux jours après son enlèvement par Jacques Mesrine
Le milliardaire français Henri Lelièvre s'adresse aux journalistes, le 30 juillet 1979, deux jours après son enlèvement par Jacques Mesrine
© AFP - JEAN-PIERRE PREVEL / AFP

À bien regarder le parcours criminel de Mesrine, cet enlèvement est certainement son opération la plus aboutie et en tout cas, celle qui a été menée de la façon la plus professionnelle. Mais pour les policiers de l'OCRB, et pour l'anti-gang dirigé par le commissaire Robert Broussard, l'échec est total.

"C’était objectivement un voyou mais doublé d'un sale type. C’est pas le héros qui a été présenté souvent par les médias, pas du tout un Robin des bois. C’était un sadique, un type violent. Quand des figures du grand banditisme "normal" comme François Besse ou Michel Schayewski disparaissaient dans la nature après avoir fait un coup leur rapportant beaucoup d’argent, Mesrine lui continuait le combat, il est parti en guerre contre l’Etat français. Il était vraiment dans une logique suicidaire, ce qui l’intéressait c’est de se retrouver un jour face aux flics. L'argent finalement ne l’intéressait pas, il était parti complètement en vrille dans cette espèce de guerre contre l’Etat français. Il était complètement intoxiqué par la gloire, la notoriété, le besoin de faire parler de lui. Ce qui fait qu'il est devenu un problème politique.René-Georges Querry

10 septembre 1979, l'affaire Tillier

Le journaliste et ancien policier Jacques Tillier, après avoir été enlevé et séquestré dans une forêt de l'Oise, par Mesrine le 10 septembre 1979
Le journaliste et ancien policier Jacques Tillier, après avoir été enlevé et séquestré dans une forêt de l'Oise, par Mesrine le 10 septembre 1979
© Getty - Laurent Maous / Gamma-Rapho

Les hautes autorités vont décider qu’il est temps d'unir les forces des deux corps policiers que sont l’OCRB au niveau national, dirigée par Lucien Aimé-Blanc et l’antigang pour la région parisienne sous les ordres Robert Broussard. Mesrine, quant à lui, est de plus en plus enragé et revanchard. Sa violence atteint un nouveau sommet quand il enlève et séquestre Jacques Tillier, un journaliste du quotidien de droite Minute, et ancien policier de la Direction de la Surveillance du territoire, la DST. Après avoir tiré sur son otage à trois reprises, Mesrine va jusqu’à envoyer aux médias des photos de Tillier nu et ensanglanté. Le journaliste survit miraculeusement à ses blessures. Cette affaire sera le crime de trop. Mesrine a atteint un point de non-retour. Il a mis le feu au temple, quitte à périr dans son œuvre destructrice.

Cinquième épisode avec Pierre-Marie Lagier, criminologue ; René-Georges Querry, ancien commissaire de police ; Philippe Roizès, réalisateur de documentaire, auteur de Mesrine, fragments d’un mythe (Flammarion) ; Emmanuel Farrugia, ancien commissaire divisionnaire, auteur de l’ouvrage Code TL 825 Mesrine ; Marie-Christine Etelin, ancienne avocate de Jacques Mesrine.

Les interviews de Jocelyne Deraiche et Michel Ardouin ont été réalisées par Philippe Roizès et produites par Daniel Delume et Dad Films, et celle de Michel Schayewski a été réalisée et produite par Philippe Roizès et Anne-Claire Préfol.
Les extraits du disque Mesrine parle encore sont utilisés avec l’aimable autorisation de PHOTO Police.

Un podcast produit et animé par Stéphane Berthomet, réalisé par Cédric Chabuel
Une coproduction Radio-Canada OHdio et France Culture

Références

L'équipe

Stéphane Berthomet
Production
Cédric Chabuel
Réalisation