Affaire Mellon : l’Amérique contre la fraude fiscale : épisode 1/3 du podcast Le capitalisme en procès

Le Financier américain, philanthrope et homme d'État, Andrew William Mellon (1855-1937) à bord du Berengaria à Southampton, le 11/09/1926
Le Financier américain, philanthrope et homme d'État, Andrew William Mellon (1855-1937) à bord du Berengaria à Southampton, le 11/09/1926 - E. Bacon / Intermittent
Le Financier américain, philanthrope et homme d'État, Andrew William Mellon (1855-1937) à bord du Berengaria à Southampton, le 11/09/1926 - E. Bacon / Intermittent
Le Financier américain, philanthrope et homme d'État, Andrew William Mellon (1855-1937) à bord du Berengaria à Southampton, le 11/09/1926 - E. Bacon / Intermittent
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Dans quelle mesure le parcours d'Andrew Mellon et la constitution de son empire industriel sont-ils paradigmatiques du capitalisme américain des années 20 ?

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Bien qu'Andrew Mellon (1855 - 1937) ne soit pas très connu en France, il l’est l’une des figures majeures de l'histoire américaine, à la fois politique et économique. Magnat de l'industrie (notamment de l’acier et de l'aluminium), il a également été secrétaire du Trésor des États-Unis du 4 mars 1921 au 12 février 1932. Toutefois, Andrew Mellon n’est pas seulement connu pour ses succès économiques et politiques mais plutôt par le grand procès qui l’oppose à la justice fédérale dans les années 1930, concernant des affaires de fraudes fiscales et les circonstances troubles de l'acquisition de sa fortune.

Les millions de M. Mellon, histoire d’une fraude fiscale bien orchestrée

Andrew Mellon ne part pas de rien, son père possédait déjà une banque "T. Mellon & Sons", dont il va faire un des plus grands établissements bancaires de Pittsburgh,  Romain Huret  ajoute " c'est un héritier, son père le choisit pour ses capacités, sa rigueur, son sens du travail et de la discipline, mais Mellon comprend très vite que quelque chose est en train de changer dans la structure même du capitalisme, et qu'il va falloir accentuer la financiarisation du capitalisme aux Etats-Unis. Il va avoir l'idée très intéressante d'investir dans beaucoup de secteurs, ce que ne font pas les banquiers ou les industriels à la même époque, qui se spécialisent souvent. Mellon investit partout, dans l'aluminium, dans les chemins de fer, dans le charbon etc. Il crée ce que la presse appelle "un empire Mellon" parce qu'il n'y a pas de holding Mellon, il ne veut pas structurer ses investissements. Il ne possède qu'un compte commun avec son frère et il refuse de structurer cela et de donner une visibilité institutionnelle, il fait cela très discrètement en investissant dans énormément de secteurs et cela fonctionne très bien ". Par ailleurs, il profite de son poste de ministre des finances entre 1921 et 1932 pour instaurer un système fiscal qui lui est favorable, il a notamment créé le "Board of Tax Appeals", une juridiction d'appel pour les contribuables mécontents de leur imposition, Romain Huret explique " à l'époque seuls les plus riches Américains payent un impôt, seulement 5% de la population paye l'impôt, et Mellon est très soucieux du consentement des plus riches à l'impôt. Il veut que les plus riches acceptent de payer un impôt, et pour cela il faut non seulement baisser les taux d'imposition et créer une structure d'appel en cas de désaccord. Cette structure est très favorable aux riches contribuables puisqu'en cas de désaccord ou de doute sur l'intention réelle, ce doute bénéficie à l'accusé et donc au contribuable. La plupart des plus riches Américains vont avoir recours à des cabinets d'avocats spécialisés en droit fiscal, et c'est nouveau car l'impôt est très nouveau l'époque, il date de 1913, et ces fiscalistes vont les aider à remporter des batailles juridiques devant le Board o Tax Appaels ".

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De Mellon au mellonisme : le capitalisme sur le banc des accusés, un procès exemplaire

A travers l’accusation de Mellon, c’est l'ensemble du système capitaliste américain qui est mis en cause et ses obscurs moyens d’enrichissement. Selon Romain Huret " au cours de son procès Mellon est vu comme un spéculateur, et lui-même ne comprend pas que le monde a complètement changé. Il dit devant les magistrats et le public présent dans la salle "je n'ai jamais touché de salaire de ma vie, sauf lorsque j'ai été embauché par mon père et lorsque j'ai été ministre, le reste, l'argent que j'ai gagné c'est uniquement par mes investissements", pour lui cela fait partie des vertus du capitalisme et il pense que le public va être convaincu par ce cercle vertueux du capitalisme, or c'est un désastre de relations publiques. Le lendemain, toute la presse se jette sur lui en l'accusant d'être un spéculateur, un "bankster", ce néologisme de banquier et gangster qu'on forge à l'époque, et d'avoir gagné de l'argent sur le dos des Américains et d'être le responsable de la crise. Mellon et ses avocats n'ont pas compris que les temps avaient vraiment changé "

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