Les aides à domicile jouent un rôle absolument central auprès des personnes âgées, dans un contexte de vieillissement de la population ©Getty - Catherine Falls
Les aides à domicile jouent un rôle absolument central auprès des personnes âgées, dans un contexte de vieillissement de la population ©Getty - Catherine Falls
Les aides à domicile jouent un rôle absolument central auprès des personnes âgées, dans un contexte de vieillissement de la population ©Getty - Catherine Falls
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Résumé

La crise Covid a mis en lumière une grande partie des métiers dits "de l'ombre", qui occupent pourtant une place économique, sanitaire ou sociale absolument essentielle. Les aides à domicile, malgré leur manque de reconnaissance politique et sociétale, s'avèrent indispensables pour un public âgé.

avec :

Helena Hirata, François-Xavier Devetter (Co-auteur avec Sandrine Rousseau de "Du balai", ed. Raisons d'Agir, 2011.).

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Les aides à domicile font pleinement partie de ces métiers invisibilisés par les pouvoirs publics malgré leur caractère indispensable au sein de la société, et notamment pour de nombreuses personnes âgées souvent isolées et dépendantes. Le fait qu'elles se rendent directement à domicile, dans la sphère privée, participe à la méconnaissance et au manque de reconnaissance de cette profession, dont le nombre est pourtant passé de 70 000 en 1970 à 150 000 personnes en 2014 dans un contexte de vieillissement de la population et d'allongement de l'espérance de vie. 

Une profession majoritairement féminine

L'usage du pronom personnel "elles" se justifie par le fait que 90% des aides à domicile sont des femmes. Malgré leurs volumes horaires extrêmement denses, celles-ci sont pourtant, en moyenne, payées 682 euros par mois, ce qui fait que 17,5% des intervenantes à domicile appartiennent aux catégories sociales les plus pauvres, contre 6,5% pour l'ensemble des salariés.  

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Cette surreprésentation des femmes au sein de ce métier tient majoritairement de présupposés et de stéréotypes de genre, au sein desquels se construit l'idée que l'entretien de la sphère privée, dit "travail du care" (comme les tâches ménagères ou les soins), serait dévolu aux femmes. 

Cependant, le "travail du care" ne serait pas seulement genré. Il serait aussi pleinement conditionné par des logiques "raciales". Cette analyse sociologique vient du fait qu'une grande partie des aides à domicile sont des femmes racisées, issues de l'immigration, qui sont alors amenées à occuper une position salariale précaire située au bas de l'échelle sociale. Par ailleurs, cette "racialisation du travail du care" apparaîtrait comme un phénomène historique, sociétal mondial, au sein duquel le statut de minorité ethnique limiterait l'accès à certaines professions.

Des cadres de travail divers et précaires

Par rapport au reste de la masse salariale, ce qui caractérise fondamentalement le travail d'aide à domicile réside dans le fait qu'elles ne disposent pas de véritables protections et ni de droits. Étant donné qu'elles n'évoluent pas au sein d'un espace de travail au sens classique du terme, mais directement aux domiciles des personnes, elles ne sont, au final, soumises à aucune véritable réglementation.  

Leurs conditions de travail sont pourtant difficiles. En France, une aide à domicile se rendrait en moyenne dans 5 domiciles par jour et consacrerait 1h30 par personne visitée, ce qui illustre l'intensité de leur travail quotidien auprès d'une population aux besoins sociaux, sanitaires et affectifs particulièrement importants. 29% des aides à domicile n'auraient ainsi pas 48 heures de repos consécutives hebdomadaires. 

Cette profession se caractérise également par son atomisation entre différents employeurs et statuts. 50% des aides à domicile seraient ainsi directement employées par des associations, 20% par des particuliers et 15% au travers du secteur privé. Cette diversité des sources d'emplois renforcerait alors l'isolement des aides à domicile et donc la difficulté, pour elles, de s'organiser de manière collective afin de mieux faire reconnaître leurs droits.

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Un métier indispensable en manque de reconnaissance

Cependant, depuis une vingtaine d'années, des efforts ont été faits dans la professionnalisation de ce métier d'aide à domicile. Cette logique se traduit par un soutien renforcé aux acteurs les plus structurés au sein de cette profession (comme les réseaux associatifs) et conduit à une meilleure reconnaissance de son appartenance au monde social et médico-social. La loi du 2 janvier 2002, dite de Modernisation de l’action sociale, illustre pleinement cette évolution étant donné qu'elle participe à la montée en qualification de cette main d'œuvre, dont les champs de compétences apparaissent comme élargis et transverses.

Pourtant, malgré leurs conditions de travails difficiles et leur importance affective et sociale auprès d'une population vieillissante, les aides à domicile ont été les grandes oubliées du Ségur de la Santé, bien qu'elles aient joué un rôle de "secondes lignes" absolument indispensables au plus fort de la pandémie de Covid-19. Le gouvernement s'est toutefois engagé à débloquer 400 millions d'euros pour les personnes âgées en perte d'autonomie et à revaloriser les salaires de celles qui, dans l'intimité du logis, se placent comme les garantes d'un lien social, d'un lien à la vie pour des personnes souvent seules et oubliées.

Pour comprendre l'ensemble des enjeux qui se rattachent à la profession d'aide soignante, nous avons le plaisir de Helena Hirata, sociologie et directrice de recherche émérite au CNRS et François-Xavier Devetter, économiste, professeur à l’université de Lille et l’Institut Mines Télécom (IMT) Lille Douai.

Le care, théories et pratiques, La Dispute, 2021 d'Helena Hirata 

Deux millions de travailleurs et des poussières, Petit Matin, 2021 de François-Xavier Devetter et Julie Valentin 

Références sonores 

Références musicales

Senior - Catherine Ringer (2017)

Linda - Rosalia et Tokischa (2021)

Références

L'équipe

François Richer
Réalisation
Thibaut Mommeja
Production déléguée
Aliette Hovine
Collaboration