Alice Ferney en 2005. Une écrivaine à la plume toujours plongée dans le réel depuis son premier roman publié en 1993.
Alice Ferney en 2005. Une écrivaine à la plume toujours plongée dans le réel depuis son premier roman publié en 1993. ©AFP - Catherine Gugelmann
Alice Ferney en 2005. Une écrivaine à la plume toujours plongée dans le réel depuis son premier roman publié en 1993. ©AFP - Catherine Gugelmann
Alice Ferney en 2005. Une écrivaine à la plume toujours plongée dans le réel depuis son premier roman publié en 1993. ©AFP - Catherine Gugelmann
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Alice Ferney, "romancière-économiste" : ses œuvres de fiction analysent les enjeux économiques contemporains liés aux inégalités sociales ou encore l'accès à l'éducation. Retour sur une poétique imbriquée dans l'économique.

Avec

Née en 1961 à Paris, Alice Ferney, de son vrai nom Cécile Brossollet, garde le souvenir d'une éducation bourgeoise et catholique qui va alors profondément marquer ses premiers rapports au monde et influencera durablement une partie de son œuvre, comme son roman Les Bourgeois (2017) qui décrit ainsi une réalité qu'elle a longtemps côtoyé.   

A l'image d'Erik Orsenna [que nous avons reçu jeudi 2 septembre], bien que pleinement imprégnée et animée par la littérature, sa "passion de cœur", elle choisit de suivre des études d'économie, sa "passion de tête", en intégrant l'ESSEC. Bien qu'il ne s'agisse pas pour elle d'une expérience fondamentale, ces années d'études lui ont permis de découvrir les pensées de Marx, Keynes, Rawls ou Sen; autant d'auteurs qui ont construit et déconstruit sa compréhension du marché, de la famille, des inégalités, de la théorie classique et de la justice. 

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Je trouve que la lecture de Marx continue à être quelque chose de pertinent aujourd'hui [étant donné que] la critique marxiste considère que l'économie libérale classique, en s'intéressant juste à l'échange en tant que tel, ne s'intéresse qu'à la surface de ce qui se passe, alors qu'il faut interroger les conditions concrètes de l'échange. Alice Ferney 

Ressentant de plus en plus en elle un appel de l'écriture, elle décide, en 1982, de concilier son amour des lettres et des phénomènes économiques en s'orientant dans la recherche. Elle rédige alors une thèse à l'EHESS sur l'intégration des femmes sur le marché du travail au regard de la théorie néoclassique de Gary Becker. Ce dernier constitue une lecture fondatrice pour Alice Ferney, étant donné qu'il lui a permis de prendre conscience de la rareté de la division sexuelle du travail et des inégalités qui en découlent dans le champ d'étude économique.
A l'issue de sa thèse, elle devient professeure d'économie entre 1987 et 2010.  

J'étais féministe et j'étais convaincue que le premier acte féministe que pouvait faire une femme, c'était d'acquérir l'autonomie financière. Je me suis donc dit que j'allais me concentrer sur le travail féminin. A l'époque, il n'y avait pas tellement d'économistes qui travaillaient sur ce sujet, à part Gary Becker qui avait publié un livre qui s'appelait Traité de la famille, et dans lequel il donnait un fondement économique à la division du travail. Or, la division du travail dans la famille était en train d'exploser, étant donné que de plus en plus de femmes entraient sur le marché. Comme il n'y avait pas encore de modèle économique qui expliquait [ce phénomène], je me suis dit que c'était cela qu'il fallait que je fasse.  Alice Ferney 

La question de la place des femmes au sein de la société et des structures économiques, ainsi que celle des inégalités face à l'accès à l'éducation ou à la culture vont alors nourrir sa littérature,  que se soit dans l'Elégances des veuves (1995) ou Grace et dénuement (1997).  L'autrice a ainsi façonné un syncrétisme autour de sa vision, de son appréhension de phénomènes sociaux et de sa volonté de décrire le monde par une certaine sublimation des mots. Entre fiction et économie. Entre littérature et sciences sociales.   

J'ai découvert les travaux d'une historienne du corps, Yvonne Knibiehler, qui parlait du "syndrome Beauvoir". Elle disait qu'en France, les femmes intellectuelles ne parle jamais de la maternité. Cela serait un sujet tabou, ridicule, interdit. Je me suis donc dit, à ce moment là, que je devais faire entrer la maternité dans le roman. Alice Ferney 

Lire Alice Ferney, c'est donc comprendre les liens que l'on peut tisser entre roman et militantisme, expérience littéraire et influences économiques, fiction narrative et réalités sociales. Son œuvre nous plonge donc au cœur des principales problématiques des sociétés contemporaines, intrinsèquement liées à la maternité, aux inégalités de genre, sexuelles et aux questions sociales.      

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