Au secours de nos vieux : épisode 1/3 du podcast Etat social, tu perds ton sang froid

Orpea a présenté mardi 15 novembre le plan de transformation de l’entreprise qui gère 350 maisons de retraite.
Orpea a présenté mardi 15 novembre le plan de transformation de l’entreprise qui gère 350 maisons de retraite. ©AFP - Thierry ZOCCOLAN
Orpea a présenté mardi 15 novembre le plan de transformation de l’entreprise qui gère 350 maisons de retraite. ©AFP - Thierry ZOCCOLAN
Orpea a présenté mardi 15 novembre le plan de transformation de l’entreprise qui gère 350 maisons de retraite. ©AFP - Thierry ZOCCOLAN
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Comment la vieillesse est peu à peu devenue une problématique sociale ? Et comment la prise en charge par l’État de cette partie de la population a-t-elle évolué ?

Avec
  • Mathilde Rossigneux-Méheust chercheuse au laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes et maîtresse de conférences à l’université Lyon 2
  • Christophe Capuano professeur d'histoire contemporaine à l'Université Grenoble Alpes et chercheur au Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes

Au milieu du XIXème et à l’aube du XXème siècle, la vieillesse et la dépendance qu’elle implique commencent à apparaître comme une problématique sociale, considérée comme un enjeu de taille à la fois par les pouvoirs publics et par l’ensemble de la société. Affectés par la révolution industrielle, les vieux sont non seulement plus nombreux mais surtout plus incapacités. Il convient dès lors de trouver des solutions pour pallier cette dépendance et les prendre en charge. Une hésitation s’engage alors, et elle va durer jusque dans les années 1970, autour de cette question : qui doit prendre en charge les personnes âgées devenues trop dépendantes pour vivre de manière autonome ?

Du XIXème aux années 1950, les vieux : des invalides comme les autres ? Une prise en charge limitée de la dépendance liée à l’âge

Au XIXème, la vieillesse et la dépendance qui l'accompagne deviennent un problème public, en effet l'industrialisation met à l'épreuve le corps des travailleurs qui subissent une vieillesse prématurée, selon Christophe Capuano "En 1900, on entre dans l'âge des incapacités vers 60 ans, et beaucoup plus tôt dans certains métiers comme chez les mineurs, à 40 ans. Cette question interroge les systèmes de protection sociale : faut-il mettre un système avec un curseur lié à l'âge ou un curseur lié à la réalité de l'incapacité liée au travail". Par ailleurs, au 19e, les pouvoirs publics s’inquiètent de l’encombrement des hospices mais aussi du coût que peut représenter la prise en charge des vieillards assistés en hospices, Mathilde Rossigneux-Méheust ajoute "la question de l'encombrement est une antienne dans l'histoire de l'Etat social : tous les établissements accueillants des personnes âgées, les hôpitaux généraux, les hospices, les maisons de retraite, les hôpitaux psychiatriques, considèrent que les établissements sont encombrés à toute période, quel que soit l'offre et  quel que soit le ratio. Cette question se pose dès le début du XIXème, et même dans les établissements décriés, stigmatisés, a priori peu désirables, il y a des attentes sur plusieurs années. On estime qu'en 1892 à Paris, il y avait 2300 cas de personnes âgées dont la situation était très en danger, nécessitant une admission immédiate".

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Des années 50 à nos jours : la construction d’une politique de la vieillesse de plus en plus ciblée

Au début des années 60, le nombre de personnes âgées pauvres, voire très pauvres, est encore très élevé, selon Mathilde Rossigneux-Méheust "il y a vraiment une misère des personnes âgées qui se prolonge après la guerre. Dans les années 70, on sait que la proportion des ménages pauvres est à peu près de 30%, on sait aussi que dans les années 50, il y a plus de 10% des personnes âgées qui déclarent ne pas manger à leur faim à Paris, il y a une réalité à exhumer sur la pauvreté très concrète des personnes âgées". À partir des années 1960, les pouvoirs publics comprennent l’échec de la logique du hors les murs qui a prévalu pendant le début du siècle. La Commission d’étude des problèmes de la vieillesse en 1960-1962, présidée par Pierre Laroque (sous la présidence du général De Gaulle), envisage ainsi une politique globale et ambitieuse en encourageant le maintien à domicile à travers la création de services dédiés, comme les aides ménagères ou les foyers restaurants, l’amélioration du minimum vieillesse et une politique de réfection des logements, Christophe Capuano ajoute "la logique reste budgétaire, même si le but de la Commission est de favoriser une forme d'inclusion sociale de la vieillesse, la traduction de ces grands principes dans les dispositifs révèle un soucis d'économie budgétaire. C'est-à-dire que les personnes âgées maintenues à domicile représentent des lits d'hospice ou d'hospitalisation économisés. C'est une façon de penser une politique à moindre coût".

Bibliographie

  • Mathilde Rossigneux-Méheust : Vieillesses irrégulières (La Découverte, 2022)
  • Mathilde Rossigneaux-Méheust : Vies d'hospice : vieillir et mourir en institution au XIXe siècle (Champ Vallon, 2018)
  • Christophe Capuano : Que faire de nos vieux ? Une histoire de la protection sociale de 1880 à nos jours (Presses de Sciences Po, 2018)
  • Christophe Capuano : Le maintien à domicile : une histoire transversale (France, XIXe-XXIe s.) (Rue d'Ulm, 2021)

Références sonores

  • Archive INA François Mauriac à propos de la vieillesse, Itw de 1965
  • Archive INA, Halte au taudis à Paris, 1962
  • Lecture d’archive, 1900, extrait de Vies d’hospice de Mathilde Rossigneux-Méheust
  • Extrait du film Amour de Michael Haneke

Référence musicale

Prohibition, par Brigitte Fontaine

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