Quand l'entrepreneur innovant a besoin des crédits d'une banque traditionnellement risquophobe, il faut savoir convaincre.
Quand l'entrepreneur innovant a besoin des crédits d'une banque traditionnellement risquophobe, il faut savoir convaincre.
Quand l'entrepreneur innovant a besoin des crédits d'une banque traditionnellement risquophobe, il faut savoir convaincre. ©Getty
Quand l'entrepreneur innovant a besoin des crédits d'une banque traditionnellement risquophobe, il faut savoir convaincre. ©Getty
Quand l'entrepreneur innovant a besoin des crédits d'une banque traditionnellement risquophobe, il faut savoir convaincre. ©Getty
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Résumé

Avoir une relation de confiance avec son banquier est essentiel pour les petits entrepreneurs : ils peuvent avoir besoin d’argent vite et en quantité, ne serait-ce que pour survivre. Comment obtiennent-ils leur crédit ?

avec :

Céline Baud (Maîtresse de conférence en gestion à Paris Dauphine), Isabelle Maque (Maître de conférences en sciences de gestion, en finance, à l’IAE de Poitiers).

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Avant la pandémie, il y avait chaque année en France près de 60 000 faillites. Parmi les causes de banqueroute, un modèle économique défaillant, des problèmes d'organisation et des relations dégradées avec les banquiers. Car le lien qui unit les petits patrons et les financiers est au cœur de la réussite ou de l'échec des entreprises. Après la phase de séduction, les entrepreneurs cherchent à maintenir de bonnes relations dans la durée, quitte à s'autoriser quelques infidélités.

Créer un partenariat durable pour obtenir un crédit

En France en 2018, les trois millions et demi de petites et moyennes entreprises représentaient 99,8 % des entreprises, 45,7 % de l’emploi salarié en équivalent temps plein, et 40,3% de la valeur ajoutée. Essentielles pour la création de richesses et d'emploi, les PME et TPE ne pourraient fonctionner sans leurs banques qui leur fournissent des crédits. Encore faut-il que ces dernières soient convaincues par le potentiel de leur projet et leur capacité à rembourser.

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Céline Baud rappelle que "historiquement, les banquiers -et toujours aujourd'hui- sont réticents au risque. Pendant très longtemps, d'ailleurs, les banques n'ont pas accepté de prêter de l'argent à long terme. Si on remonte dans les travaux historiques au XVIIᵉ ou au XVIIIᵉ siècle, les prêts à long terme étaient plutôt octroyés par des riches marchands ou par le biais de réseaux". Aujourd'hui, les crédits à l'investissement et crédits de trésorerie sont indispensables pour les PME et à la base de la relation banquier/entrepreneur. Et l'encastrement social de l'entrepreneur est un critère de poids : est-il bien inséré ? Bien entouré ? Mature pour tenir un projet et rembourser son prêt ?

Cette logique professionnelle, qui repose sur un accompagnement sur le temps long du banquier pour son client entrepreneur, compose avec une logique statistique plus objective, encouragée par les accords de Bâle 2 en 2004. Isabelle Maque rappelle ses limites : "l'évaluation du risque au sein des entreprises repose effectivement sur des critères objectifs, des calculs, des modèles quantitatifs. Mais il y a ensuite la compréhension de l'entreprise, de son activité, qui entre en jeu et qui risque d'être omise. Et effectivement, les dirigeants de PME sont toujours friands que leur banquier vienne vistier l'entreprise, discute avec eux pour mieux comprendre l'activité et ses spécificités... Les banques françaises ont peut être davantage conscience que d'autres banques des limites de cette approche statistique."

L'Etat et le crowdfunding s'immiscent dans la relation

Internet a bouleversé le monde des PME. Petits patrons et particuliers peuvent désormais compter sur le crowdfunding, ou financement participatif, qui font tourner une économie sociale et solidaire. Mais Isabelle Maque nuance leur impact sur les PME : "si on regarde d'un point de vue quantitatif, les sommes que représente le financement participatif pour le financement des PME ne sont qu'une goutte d'eau. Certes, il y a un très, très fort développement de ce système, puisque depuis 2015 jusqu'en 2020, on est passé de 167 millions d'euros à un peu plus d'un milliard d'euros. Alors que si vous regardez le montant des aides que représentent les crédits pour les entreprises, on est à 1240 milliards d'euros." Quant au profil des crowdfunders, il est très divers ; en général, les proches de l'entrepreneur sont les premiers à répondre à l'appel (on parle de love-money).

Les banques restent donc le principal interlocuteur pour les PME, qui n'hésitent pas non plus à leur faire des infidélités grâce à la multibancarisation. L'Etat joue également un rôle non négligeable, notamment en encourageant le crédit en temps de crise : pendant la crise sanitaire, le PGE a été très largement accordé aux PME, tandis que des plans "résilience" sont mis en place pour faire face aux difficultés provoquées par la crise ukrainienne. Pour Céline Baud, "les banques sont des organisations, mais aussi des institutions au service de la réalisation d'un projet économique et social porté par l'Etat. Des dispositifs spécifiques sont mis en oeuvre quand il s'agit de soutenir l'innovation. A l'inverse, on peut se questionner sur comment l'encadrement général des relations de crédit peut limiter ou supporter l'innovation." Les PGE, le risque de provoquer de l'inflation, et l'endettement des PME en France continuent de mettre au défi la relation indissociable des banques et des PME...

Références sonores

Références musicales

Put your money on me - Arcade Fire (2017)

Letter to ur ex - Mahalia (2022)