Des œuvres de Bernd et Hilla Becher exposées à Bilbao en juin 2005
Des œuvres de Bernd et Hilla Becher exposées à Bilbao en juin 2005 ©Maxppp - Sergio Barrenechea/EFE/Newscom/MaxPPP
Des œuvres de Bernd et Hilla Becher exposées à Bilbao en juin 2005 ©Maxppp - Sergio Barrenechea/EFE/Newscom/MaxPPP
Des œuvres de Bernd et Hilla Becher exposées à Bilbao en juin 2005 ©Maxppp - Sergio Barrenechea/EFE/Newscom/MaxPPP
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Dans quelle mesure les œuvres de Bernd et Hilla Becher constituent-elles des témoignages de l’industrie allemande et de son déclin progressif au cours du XXe siècle ?

Avec
  • Hervé Joly historien et directeur de recherche au CNRS au Laboratoire Triangle
  • Françoise Haon historienne de l'art

Bernd (1931 - 2007) et Hilla (1934 - 2015) Becher sont deux photographes allemands, qui ont toujours travaillé en couple et ont photographié de manière systématique le patrimoine industriel, de l’Allemagne à la France en passant par les Etats-Unis. Leur œuvre est constituée de séries qui forment une typologie d’infrastructures industrielles, représentées de la façon la plus neutre possible. Château d’eau, grues, silos, cheminées : Bernd et Hilla Becher ont photographié tous types de construction, suivant un protocole similaire à chaque prise de vue. Il s’agit de photographies carrées, toujours prises en noir et blanc avec un angle surplombant et selon un cadrage dénué de toute présence humaine.

Voir le beau dans l’industrie : le couple Becher, témoins des fleurons de l’industrie allemande, une beauté brute

La Rhénanie est l'une des plus vieilles régions industrielles d'Allemagne, Hervé Joly précise "le bassin de la Ruhr a un poids économique et industriel considérable au sein du land de la Rhénanie et dans l'Allemagne tout entière. La Ruhr est une extraordinaire conurbation, de 5 millions d'habitants, dans une très grande densité, avec de très grandes villes comme Duisbourg, Essen, Dortmund qui se touchent les unes et les autres, avec, au milieu un nombre considérable de gisements et de mines de charbon, dont la dernière a fermé en 2018. A cette industrie charbonnière s'est logiquement associée une industrie métallurgique, qui reste encore aujourd'hui très importante avec de très grandes entreprises qui en sont issues comme Krupp ou Thyssen, aujourd'hui fusionnées. Cette région ne s'est pas seulement désindustrialisée, il y a eu aussi de nouvelles industries qui s'y sont développées". A partir de 1959, Bernd et Hilla Becher voyant les mines de charbon qui commencent à fermer, vont vouloir immortaliser ces sites industriels en les photographiant. Françoise Haon complète "leur pratique documentaire relevait d’un travail de mémoire pour des bâtiments industriels qui allaient disparaître et d’un intérêt pour l’histoire. Ils étaient en quelque sorte les « messagers du passé » pour un patrimoine négligé, pour des bâtiments (sur une période de 1880 à 1950), pour lesquels il y avait une méconnaissance totale du sujet lorsqu’ils ont commencé à les photographier à la fin des années 50. Les historiens en architecture de l’époque ne s’intéressaient pas au sujet" par ailleurs "les Becher ont également fait référence à leur filiation à la Nouvelle Objectivité (die neue Sachlichkeit) : mouvement apparu en Allemagne à la fin de la Première Guerre mondiale et qui a duré jusque dans les années 30, réaction spontanée contre l’Expressionisme pour un art du constat le plus précis possible".

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Sauver un patrimoine méconnu et menacé : Bernd et Hilla Becher face à la recomposition de l’industrie allemande

Dans les années 70, le phénomène de la désindustrialisation est néanmoins beaucoup moins important en Allemagne qu'ailleurs, il s'agit davantage d'une transformation industrielle, Hervé Joly ajoute "l'industrie allemande traditionnelle du charbon et de l'acier s'était préparée de longue date à ces transformations, elle s'était diversifiée depuis très longtemps dans des activités de construction mécanique, de machines-outils, et elle a poursuivi cette diversification au cours des années 70 vers de la construction électrique et de l'électronique. Les groupes industriels ont survécu avec une évolution de leur activité. Ces industries sont moins spectaculaires visuellement et c'est pour cela qu'elles intéressent moins les Becher, qui voient l'industrie de l'extérieur et n'entrent pas dans les usines. Ils photographient une industrie ancienne qui est très spectaculaire et qu'on peut observer de l'extérieur. L'industrie moderne est beaucoup plus décevante, quand on se promène dans une zone industrielle aujourd'hui, il n'y a pas grand-chose à voir, on voit des immeubles en tôles". Par ailleurs, le couple Becher a une approche documentaire de ce monde industriel, mais aussi une approche esthétique, Françoise Haon précise "il y a effectivement une approche artistique de leur travail. Ils se considéraient comme des outsiders, pour eux, leur travail a été longtemps à la limite de l'art. Ils n'avaient pas d'intention esthétique au départ, puisqu'il s'agissait de cette volonté de sauvegarder le patrimoine industriel, avec ce travail de mémoire, mais il leur importait que les objets de l'image soient isolés de façon à les mettre en valeur, afin qu'ils soient vus dans toute leur plénitude".

Références sonores

Références musicales

" Macky Messer" de Hildegard Nkef
 " Siebzhen Jaar blondes Haar" de Udo Jürgens
" Wolf", des Yeah Yeah Yeahs

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