Chine : priorité à l'économie

Des employés sur une chaîne de montage produisant des haut-parleurs dans une usine de la ville de Fuyang, Chine, 30/11/2022
Des employés sur une chaîne de montage produisant des haut-parleurs dans une usine de la ville de Fuyang, Chine, 30/11/2022 ©AFP - STR / AFP
Des employés sur une chaîne de montage produisant des haut-parleurs dans une usine de la ville de Fuyang, Chine, 30/11/2022 ©AFP - STR / AFP
Des employés sur une chaîne de montage produisant des haut-parleurs dans une usine de la ville de Fuyang, Chine, 30/11/2022 ©AFP - STR / AFP
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Alors que la Chine a annoncé sa volonté de sortir de trois ans de politique zéro Covid, les défis industriels, technologiques et commerciaux concurrencent les tensions économiques à l’intérieur de ses frontières. A quoi donner la priorité ?

Avec
  • Elvire Fabry Chercheuse en charge de la politique commerciale à l'institut Jacques Delors, spécialiste de l'action extérieure de l'UE et des négociations TTIP
  • Mary-Françoise Renard Economiste, professeure à l’université Clermont-Auvergne, responsable de l’Institut de recherches sur l’économie de la Chine (IDREC)
  • François Chimits économiste au sein du think tank allemand Mercator Institute on China Studies et au centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII)

Priorité à l’économie : c’est en substance le nouveau mot d’ordre qui transparaît dans le compte rendu du 20e congrès national du bureau politique du Parti communiste, publié le mercredi 7 décembre. Une décision qui semble s’imposer alors que les perspectives de croissance pour la Chine sont au plus bas : dans un entretien à l’AFP le mardi 13 décembre, la directrice générale du FMI, Kristalina Georvieva estimait « très probable » la baisse des perspectives de croissance de la Chine pour 2022 et 2023. Alors est-il trop tard pour sauver la croissance chinoise ? Quelles stratégies le gouvernement chinois compte-t-il mettre en place et surtout quelles seront ses priorités ?

La Chine a mis fin à sa politique zéro-covid, la commission nationale de la santé chinoise a annoncé plusieurs mesures visant à assouplir les règles sanitaires, la vague de protestation qui traverse le pays a eu raison de cette stratégie, Mary-Françoise Renard ajoute "la vague de protestations contre la politique zéro-covid, mais aussi une lettre ouverte de six économistes qui demandent qu'il y ait un allègement de la politique pour pouvoir reprendre l'économie. Et depuis quelques semaines, beaucoup de personnes se sont engagées, notamment des journalistes et des chercheurs, pour essayer de faire pression sur le gouvernement afin de rouvrir l'économie, parce que la situation devenait difficile au plan économique et on sentait bien que socialement il y avait une lassitude, voire une colère en raison de l'application de cette politique". Par ailleurs, le FMI prévoit une hausse du PIB chinois d'un peu plus de 3 % cette année, ce qui constitue la pire performance de la Chine depuis 40 ans, hormis l'année 2020, Elvire Fabry précise "il faut se souvenir qu'il n'y a encore pas si longtemps, le gouvernement chinois se donnait comme objectif de ne pas descendre en dessous des 5 %, pour maintenir le moteur économique chinois. De plus, cette performance est bien plus basse que tout le reste des pays voisins de la région et de l'ensemble de l'Asie. Cette situation est due à l'application de cette politique zéro-covid, à la crise immobilière qui a commencé déjà il y a un bon moment et qui se maintient, à une baisse du moral des consommateurs chinois, toute la vente au détail s'est effondrée et a du mal à repartir... En fait, il y a toute une série de symptômes qui s'accumulent, comme la baisse de la natalité ou le fait que les investisseurs étrangers sont en train de se détourner du marché chinois". D'autre part, la question de l'emploi des jeunes inquiète, François Chimits explique "le chômage des jeunes qui a explosé procède en partie d'une tempête réglementaire lancée par les autorités chinoises dans le secteur du numérique et du digital. Avec, comme dans le cas du secteur de l'immobilier, quelques motivations politiques en vue d'un Congrès qui s'annonçait, mais aussi une profonde volonté de réformes de la Chine. Dans l'immobilier il y avait un problème de suraccumulation et de surproduction, dans le digital il y avait un problème de concurrence et notamment d'entrave à la concurrence. Le duopole constitué d'Alibaba et de Tencent qui entrave toute forme de concurrence, pour réguler ce secteur et encourager l'innovation et la croissance, les autorités chinoises sont intervenues très fortement dans ce secteur. En raison des particularités du marché de l'emploi en Chine, ce secteur a arrêté les nouvelles embauches. C'est compliqué de licencier en Chine, les ajustements se font souvent par l'arrêt des embauches, et cela a conduit à un chômage chez les moins de 30 ans qui avoisine avec les 20 %. Ce qui est extrêmement anormal en Chine et extrêmement peu soutenable, car ce sont des jeunes qui ont fait des études. Et donc le contrat social implicite qui liait le parti communiste et sa population, c'est-à-dire "soyez sérieux, travaillez, faites bien éduquer vos enfants, obtenez des diplômes, et derrière on vous garantit une ascension sociale et financière" n'est plus appliqué".

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Références sonores

Bibliographie

Mary-Françoise Renard : La Chine dans l'économie mondiale. Entre dépendance et domination (Presses universitaires Blaise Pascal)

Références musicales

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