BTS, groupe de K-pop aux 10 millions d'albums vendus, symbolise la croissance du système culturel sud-coréen, érigé en véritable machine économique. ©AFP - JUNG YEON-JE
BTS, groupe de K-pop aux 10 millions d'albums vendus, symbolise la croissance du système culturel sud-coréen, érigé en véritable machine économique. ©AFP - JUNG YEON-JE
BTS, groupe de K-pop aux 10 millions d'albums vendus, symbolise la croissance du système culturel sud-coréen, érigé en véritable machine économique. ©AFP - JUNG YEON-JE
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Résumé

Squid Game, BTS, "dramas", ... La Corée du Sud semble avoir construit une industrie culturelle dynamique et de plus en plus influente à l'international. Un véritable instrument de soft power et de croissance économique pour un pays qui cherche à exporter un modèle et une image.

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Selon le ministère de la Culture sud-coréen, la chanson Dynamite du groupe BTS aurait apporté plus d'1,4 milliards de dollars à l'économie du pays face à l'ampleur de son succès à l'étranger, dont le clip a été vu plus de 100 millions de fois en 24 heures. L'ampleur de ces chiffres reflète à elle seule le poids absolument déterminant de l'industrie de la culture au sein du PIB de la Corée du Sud et surtout ses capacités d'exportation à l'international de plus en plus forte.  

Le succès des produits culturels coréens constitue pourtant un phénomène relativement récent. Dirigée par un régime militaire de 1948 aux années 1990, la Corée du Sud a longtemps fait passer au second plan son secteur culturel, au profit d'un alignement sur les industries cinématographiques et musicales américaines ou japonaises.  

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Sous la présidence de Park Chung-hee (1961-1979), l’industrie culturelle, et plus particulièrement cinématographique, a été minutieusement contrôlée, voire censurée par la Motion Picture Law [yŏnghwa pŏp] qui encadre, dès 1961, l'ensemble des logiques de production et de diffusion de cette industrie. 

Après plusieurs décennies d'encadrement par le pouvoir politique, le processus de démocratisation du pays a ouvert la voie à une nouvelle génération de réalisateurs et de scénaristes, qui, plus libres d'exprimer leur créativité artistique, participent pleinement à un véritable "bouillonnement culturel" dans le pays. Dès la fin des années 1990 émerge ainsi le phénomène de "Hallyu" (한류), soit, littéralement, de "vague coréenne".

La crise asiatique de 1997 constitue un autre tournant pour l'industrie culturelle coréenne. Alors que la croissance économique du pays est largement impactée par ce choc monétaire et financier, le gouvernement décide d'utiliser les produits culturels coréens comme une véritable source de revenus d'exportations. Entre 1999 et 2003, leur poids économique est donc multiplié par cinq. 

Les investissements publics dans des infrastructures de télécommunication et l'arrivée d'Internet participent pleinement au développement d'une véritable industrie du divertissement en Corée du Sud, notamment dans les jeux en ligne. Elle détient ainsi 25,9% des parts de marché dans ce secteur. 

La Chine et l'Asie du Sud-est constituent les deux premiers marchés d'exportations des "dramas" (séries coréennes souvent mélodramatiques où l'affect et les émotions jouent un rôle structurant dans l'intrigue) et de la K-pop, d'autant que l'absence de copyright autour de ces productions permet leur diffusion massive à l'échelle de l'ensemble du continent. Au début des années 2000, la Corée du Sud supplante le géant japonais en terme d'attractivité culturelle en Asie. La "vague coréenne" est en marche, comme l'illustre le drama My Love from the Star qui comptabilise plus de 2,5 milliards de vues. 

Le marché asiatique devient le marche-pied de l'expansion de la culture sud-coréenne à l'échelle mondiale. Cependant, à la différence de l'industrie culturelle américaine, la Corée du Sud se présente et s'exporte au travers d'œuvres qui exaltent le plus souvent des valeurs plus traditionnelles, comme le respect des anciens et les liens familiaux forts. La vague Hallyu semble ainsi participer à un certain processus de marchandisation de la nation, au sein de laquelle le modèle social coréen semble apparaître comme un véritable produit de consommation et d'exportation.  

Cependant, c'est bien au travers de l'industrie musicale et de la K-pop que se construit le succès économique mondial de culture coréenne. Son style musical malléable, centré sur les sphères de consommation juvéniles, semble être la clé de voute de son succès mondial. Dominée par les "Big 3" (SM Entertainment, YG Entertainment et JYP Entertainment), la "pop coréenne" apparaît aujourd'hui comme une véritable industrie qui s'implante au cœur de nombreux secteurs économiques. BTS, tout en étant le symbole même de cette industrie, apparait également comme un instrument indispensable dans la stratégie sud-coréenne de soft power, à l'image du discours qu'ont tenu les membres du groupe à la tribune des Nations Unies en 2021. 

Industrie indispensable au sein du système économique, commercial et diplomatique de la Corée du Sud, la culture constitue un nouvel instrument de son exportation à l'échelle planétaire. Cependant, l'instrumentalisation des groupes à des fins politiques et le soutien public de moins en moins évident à ce "nation branding" font également apparaitre des limites centrales au sein de ce système. 

Pour comprendre cette industrie au service du soft power coréen, nous avons le plaisir de recevoir Ophélie Surcouf, journaliste indépendante et Jimmyn Parc, économiste, maître de conférences à Sciences Po Paris, chercheur associé au European Centre for INternational Political Economy.  

Références sonores 

  • Les premières élections démocratiques, France Inter, 1987
  • Extrait de la série "les joyaux du Palais", Episode 1, Saison 1, 2003 
  • un “trainee” de la K-pop, dans une école privé de Seoul, “Dream vocal”, France Inter, 2012 
  • Discours de BTS à l'ONU, septembre 2021
  • Extrait série "Squid Game", Episode 1,  2021

Références musicales

Dynamite - BTS (2020)

Permission to Dance - BTS (2021)

Korean spring - Kim Sisters (1964)

Références

L'équipe

François Richer
Réalisation
Thibaut Mommeja
Production déléguée
Aliette Hovine
Collaboration