Une manifestation étudiante à Paris en 2016.
Une manifestation étudiante à Paris en 2016.  ©AFP - LIONEL BONAVENTURE
Une manifestation étudiante à Paris en 2016. ©AFP - LIONEL BONAVENTURE
Une manifestation étudiante à Paris en 2016. ©AFP - LIONEL BONAVENTURE
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Partout en France, les étudiants manifestent pour la réouverture des universités. Entre solitude et précarité, ils font partie des plus affectés par la crise. Comment les politiques publiques répondent-elles aux défis de la jeunesse ?

Avec
  • Tom Chevalier Politiste, chargé de recherche CNRS au laboratoire Arènes et chercheur associé au Centre d’Etudes Européennes.
  • Ludivine Bantigny Historienne, enseignante chercheuse, rattachée au laboratoire d'histoire à l'université de Rouen

En 1959, le démographe Alfred Sauvy écrivait: « La jeunesse ne se laissera pas étouffer. Si nous essayons de le faire, si nous restions dans nos vieilles méthodes, dans nos vieilles idées, nos vieilles maisons, les jeunes feraient éclater tout le système, selon une loi biologique ». Les années 1960 annoncent donc un bouleversement impulsé par la jeunesse et Sauvy semble bien anticiper la contestation qui surgira quelques années plus tard. 

Six décennies plus tard, les jeunes sont confrontés à une crise sans précédent. L'épidémie a accru drastiquement les difficultés économiques et sociales auxquelles ils sont confrontés. Afin de prévenir et accompagner ces situations de vulnérabilité, plusieurs réformes ont été mises en place ces dernières années. Ces propositions et réformes des politiques de jeunesse sont tributaires des différents régimes d'État-providence et de leurs effets sur les inégalités entre jeunes. 

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On peut toujours dire « adaptez-vous », et c’est ce qu’on fait au quotidien. Mais cette adaptabilité permanente est dangereuse : si on généralise les cours à distance, on pourra garder ces dispositifs après la crise sanitaire. - Ludivine Bantigny

Car se pose la question des inégalités intergénérationnelles : les premières victimes de la crise étant ceux que l’on qualifie de “NEETs” (Not in Education, Employment or Training). En 2018, ils étaient 963 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans dans ce cas, ce qui représente 12,9% de cette classe d’âge et 27,9% des jeunes qui ont terminé leur formation initiale. Comment façonner des politiques, uniques, à l’égard de jeunes aux situations si différentes ?  Emmanuel Macron a multiplié les signaux envers les 18-30 ans, considérés comme « les plus pénalisés » par les conséquences de la crise sanitaire due au Covid-19, de sa stratégie de communication (et la multiplication d’interviews sur les plateformes dites “jeunes” comme TikTok) à des mesures économiques de soutien financier. Stanislas Guerini, délégué général de la République en Marche, veut instaurer un « capital jeune pour se lancer dans la vie » sous la forme d’un  « prêt » de 10 000 euros pour chaque jeune de 18 à 25 ans. Plus de 5 millions de personnes pourraient bénéficier de ce dispositif. 

En France, on a un modèle de protection sociale des jeunes basé sur l’idée que c’est à la famille de les prendre en charge. Les bourses, par exemple, dépendent du revenu des parents. Elles n’ont pas pour objectif de permettre aux étudiants d’accéder à l’indépendance, mais d’aider les foyers modestes à prendre en charge leurs enfants scolarisés. - Tom Chevalier

Comment donc interpréter ces réformes compte tenu de la cohérence de la politique de jeunesse en France, à la lumière des autres exemples européens, et au regard de ses effets sur les inégalités entre les jeunes ? Comment donc les politiques publiques construisent la jeunesse comme catégorie cible avec des politiques ? Comment se fait-il que ces politiques, notamment d’emploi, échouent toujours ? Pour en parler, nous avons fait appel à deux spécialistes, Ludivine Bantigny, maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université de Rouen, chercheuse au Centre d'histoire de Sciences Po, membre de la rédaction de Vingtième Siècle et Tom Chevalier,  politiste, chargé de recherche CNRS au laboratoire Arènes et chercheur associé au Centre d’Etudes Européennes.

39 min

Références sonores

  • Extrait de « Le péril jeune » réalisé par Cédric Klapish
  • Georges Lamirand, le 1er janvier 1941 (archive Ina)
  • Valéry Giscard d’Estaing en meeting de campagne le 13 mai 1974 (archive Ina)
  • Extrait de « La fille du 14 juillet » de Antonin Peretjatko

Références musicales

  • « Désenchantée » - Mylène Farmer
  • « Waves of devotion » - Rone

L'équipe

Tiphaine de Rocquigny
Tiphaine de Rocquigny
Antoine Jourdan
Collaboration
Marguerite Catton
Marguerite Catton
Marguerite Catton
Production déléguée
Philippe Baudouin
Réalisation
Aliette Hovine
Collaboration
Mathilde Thon-Fourcade
Collaboration
Anne Depelchin
Réalisation