En 2009, le Prix de la Banque de Suède en économie fût décerné à Elinor Ostrom et Oliver Williamson pour leurs travaux sur la « gouvernance économique »
En 2009, le Prix de la Banque de Suède en économie fût décerné à Elinor Ostrom et Oliver Williamson pour leurs travaux sur la « gouvernance économique » ©AFP - PONTUS LUNDAHL
En 2009, le Prix de la Banque de Suède en économie fût décerné à Elinor Ostrom et Oliver Williamson pour leurs travaux sur la « gouvernance économique » ©AFP - PONTUS LUNDAHL
En 2009, le Prix de la Banque de Suède en économie fût décerné à Elinor Ostrom et Oliver Williamson pour leurs travaux sur la « gouvernance économique » ©AFP - PONTUS LUNDAHL
Publicité

Longtemps oubliée par les chercheurs en sciences sociales et cataloguée pour ses apports en sciences politiques plutôt qu’en économie, Elinor Ostrom a pourtant marqué l'histoire de la science économique en devenant en 2009 la première femme lauréat du « Prix Nobel d'économie ».

Avec
  • Catherine Larrère Philosophe, professeure émérite à l'université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, spécialiste des questions éthiques et politiques liées à la crise environnementale et aux nouvelles technologies
  • Martine Antona Economiste au Cirad (Centre international de recherche en agronomie pour le développement)

En 2009, Elinor Ostrom (1933-2012) reçoit le prix Nobel d’économie « pour son analyse de la gouvernance économique, en particulier des biens communs ». Cette reconnaissance est tardive dans sa carrière, elle avait été jusqu’alors très peu entendue et utilisée par la recherche en sciences sociales en France et à l’étranger. Aucune de ses recherches, d’ailleurs, n’avait alors été traduite en Français.
Selon Catherine Larrère, "La dernière femme lauréate du Prix Nobel, c'est Esther Duflo. Souvent, ce sont des hétérodoxes, comme s'il y avait une occupation masculine du standard, du mainstream, et comme s'il y avait plus d'originalité du côté des femmes. C'est très net pour Elinor Ostrom en tout cas". 

Souvent cataloguée plus du côté des sciences politiques que de l’économie, elle a pourtant beaucoup apporté à la discipline économique. Inscrites dans le cadre de la nouvelle économie institutionnelle, ses recherches portent sur l’action collective, la gestion des biens communs et des biens publics. Elle a remis en question les idées reçues en démontrant comment la propriété locale peut être gérée avec succès par les biens communs locaux sans aucune réglementation par les autorités centrales ni privatisation.
Selon Martine Antona, "Elinor Ostrom montre que la tragédie des biens communs n'existe pas, parce qu'il peut y avoir une action collective, une rationalité collective, et elle conteste donc cette théorie dominante de l'intérêt individuel présent en toute situation et qui aboutit automatiquement au bien-être collectif. Elle conteste le fait que l'action collective ne soit pas efficace, que les droits de propriété soient nécessaires à la gestion. Elle conteste tout cela en partant de la proposition d'une rationalité alternative".

Publicité

Son apport à la discipline est également méthodologique : elle montre ce que l’économie est capable de faire lorsqu’elle dialogue avec d’autres sciences sociales La façon dont des communautés sont capables de prendre en charge la gestion et l’exploitation durable de ressources naturelles permet une compréhension des liens profonds entre le social et l’environnemental.
Selon Catherine Larrère, "La science économique orthodoxe est plutôt réductionniste et analytique. La complexité d'Elinor Ostrom réside dans le fait qu'il y a plus dans l'interaction des éléments que dans chaque élément séparément, et qu'on ne peut pas déduire cette interaction du résultat de chaque élément. Cela explique aussi la nécessité de l'interdisciplinarité".

Comment concevoir la pensée d’Elinor Ostrom et la comprendre au travers de son parcours universitaires et de ses cadres théoriques ? Pour en parler, nous avons fait appel à Martine Antona, économiste au Cirad (Centre international de recherche en agronomie pour le développement) et Catherine Larrère, philosophe et professeure émérite à l'université de Paris I-Panthéon-Sorbonne.

Références sonores 

  • Interview d’Elinor Ostrom sur ses études (2011, Annual Reviews)
  • Extrait du film Manon des sources de Claude Berri (1986)
  • Lecture d'un extrait du Traité de sociologie générale de Vilfredo Pareto (éd. 1968)
  • Lecture d’un article traduit par Eloi Laurent, version révisée de la conférence donnée par Elinor Ostrom à Stockholm lors de la réception de son Prix Nobel (2010)

Références musicales 

Choix musical de Aliette Hovine : 

Nobody Knows We Are Fun - Chai (2021)

L'équipe

Tiphaine de Rocquigny
Tiphaine de Rocquigny
Somaya Dabbech
Réalisation
Thibaut Mommeja
Production déléguée
Aliette Hovine
Collaboration
Mathilde Thon-Fourcade
Collaboration