Le monde des start-up n'a pas non plus été épargné par une arnaque de grande ampleur
Le monde des start-up n'a pas non plus été épargné par une arnaque de grande ampleur
Le monde des start-up n'a pas non plus été épargné par une arnaque de grande ampleur ©AFP - JUSTIN SULLIVAN
Le monde des start-up n'a pas non plus été épargné par une arnaque de grande ampleur ©AFP - JUSTIN SULLIVAN
Le monde des start-up n'a pas non plus été épargné par une arnaque de grande ampleur ©AFP - JUSTIN SULLIVAN
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Résumé

En lançant sa start-up Theranos en 2003, Elizabeth Holmes comptait révolutionner les techniques de prélèvement sanguin en se passant d’aiguilles. Mais ses machines, pourtant commercialisées, n’ont jamais été fiables. L'ancienne bonne élève de la Silicon Valley en devient rapidement le mouton noir…

avec :

Olivier Alexandre (Sociologue, chargé de recherche au CNRS (Lip 6-CEMS/IMM)).

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Troisième jour de notre série sur les grandes arnaqueuses. Après la fausse héritière et la banquière véreuse, c'est un autre profil, celui de l'entrepreneuse mythomane, que nous allons examiner. Elizabeth Holmes rêvait de révolutionner les tests sanguins avec sa start-up Theranos. En quelques années, la jeune femme est devenue la coqueluche de la Silicon Valley, réussissant à attirer les plus riches investisseurs. Cependant, ses machines n'ont jamais marché, malgré les multiples mensonges et les millions de dollars injectés.

Pour en parler, Tiphaine de Rocquigny reçoit Olivier Alexandre, sociologue, chercheur au CNRS au Centre Internet et Société et Antoine Papiernik, investisseur, président de Sofinnova Partners.

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Comment Elizabeth Holmes a-t-elle monté une si grande escroquerie ?

En lançant sa start-up en 2003, Elizabeth Holmes comptait révolutionner les techniques de prélèvement sanguin en se passant d’aiguille. Sa méthode d'analyse sanguine entièrement automatisée, prétendument rapide et peu coûteuse, devait permettre de réaliser plus de 1 000 analyses en quelques heures à partir d'une seule goutte de sang. En 2015, Theranos était évaluée à 9 milliards de dollars.

Mais au mois d’octobre 2015 l’article de John Carreyrou dans le Wall Street Journal affirme que Theranos a probablement exagéré la qualité et la fiabilité de sa technologie. Plusieurs dizaines de milliers de tests ayant été réalisés sur de vrais patients étaient potentiellement erronés. Près de 600 personnes ont été licenciées. 700 millions de dollars (570 millions d’euros) ont été investis. L’entreprise et sa dirigeante, Elizabeth Holmes, devenue entre-temps milliardaire, ont été condamnées à une amende et à diverses pénalités, le 3 janvier 2022.

Selon Olivier Alexandre, "on apprend, au sein de la Silicon Valley, à raconter une histoire, un mythe autour de son entreprise. Avec l'affaire Theranos, on a l'exemple typique de ce qu'est une "story", c'est-à-dire le fait de montrer son attachement viscéral et son engagement presque existentiel envers le développement de son entreprise. Cela va très loin dans le cas d'Elizabeth Holmes. Celle-ci a travaillé sur sa voix, l'a transformé pour qu'elle soit plus grave. Elle s'est aussi beaucoup inspirée de Steve Jobs dans ses choix vestimentaires et ses manières de faire pour convaincre les investisseurs. Elle a donc véritablement réussi à créer sa propre réalité et surtout un personnage d'entrepreneuse très spécifique et particulier. Elizabeth Holmes dépasse le nom d'une simple femme de la Silicon Valley, il s'agit d'une construction collective".

Selon Antoine Papiernik, "une grande partie de cette histoire est basée sur un élément fondamental, soit la volonté des individus de croire en elle. C'est vrai qu'il y a tellement peu de modèles de réussite, de figures féminines dans la Silicon Valley que beaucoup de gens ont vu en elle celle qui allait bouleverser le monde des start-up. Elle a donc clairement bénéficier et profiter de cette image pour limiter les soupçons autour de ses activités".

De la promesse au mensonge de Theranos :

Selon Olivier Alexandre, "Cette entreprise repose sur des mensonges. Elizabeth Holmes truquait les chiffres devant son propre board qui réunissait les principaux investisseurs. Outre cette manipulation des chiffres, elle "nettoyait" son entreprise en renvoyant les personnes critiquent envers elle ou en plaçant, au contraire, au sein des conseils d'administration, celles qui étaient plus conciliantes".

Selon Antoine Papiernik, "il est central de ne pas voir Theranos comme une représentation fidèle de l'état d'esprit de la Silicon Valley, qui serait simplement structurée autour d'une culture du secret et de la feinte. L'audace et l'aventure sont toutefois au cœur de l'idée selon laquelle, quand un entrepreneur n'a pas encore de projet concret, il peut quand même convaincre des investisseurs à le suivre, par la seule force de son ambition. Cependant, à terme, l'entrepreneur doit être capable de fournir des datas pour montrer que son projet n'est pas que du vent. Et c'est là le cœur de l'Affaire Theranos : Holmes n'a jamais fourni de données concrètes".

Selon Olivier Alexandre, "le propre de la Silicon Valley, c'est d'être une industrie de la promesse et de l'avenir. Il n'existe donc pas, dans le milieu des startups, de contrôles professionnels stabilisés comme il peut en exister dans d'autres organisations professionnelles. Par ailleurs, les seuls contrôles qui peuvent exister sont souvent internalisés, soit faits à l'échelle même de la startup : les investisseurs peuvent vérifier le travail effectué, faire du reporting pour surveiller les comptes. Cependant, dans le cas de Theranos, rien de tout cela n'a été fait".

Pour aller plus loin

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L'équipe

Léa Sabourin
Collaboration
Somaya Dabbech
Réalisation
Aliette Hovine
Production déléguée