Italie : une économie qui tremble : épisode 1/3 du podcast Europe : winter is coming

Station essence ENI à Milan, Italie
Station essence ENI à Milan, Italie ©Getty - Pier Marco Tacca/Getty Images
Station essence ENI à Milan, Italie ©Getty - Pier Marco Tacca/Getty Images
Station essence ENI à Milan, Italie ©Getty - Pier Marco Tacca/Getty Images
Publicité

Dans quelle mesure la crise énergétique qui frappe l’Europe vient-elle acculer une économie italienne déjà atrophiée par la pandémie ?

Avec

Depuis début septembre, le prix du litre de lait italien est aussi cher qu’un litre d’essence. Un chiffre qui rend compte de la situation économique critique de la péninsule, aggravée depuis le début de la guerre en Ukraine. Touchée comme ses voisins européens par une inflation galopante (qui devrait atteindre 7 % sur toute l’année 2022), l’Italie fait face à une hausse des prix de l'énergie autant que des produits du quotidien. Le gouvernement de Mario Draghi, qui quitte ses fonctions suite à l'élection de Giorgia Meloni, a mis en place des aides aux ménages et aux entreprises, afin de colmater la flambée des prix de l’énergie, plaçant l’Italie au rang de deuxième Etat européen le plus dépensier face à la crise énergétique. Environ 60 milliards d’euros ont en effet été dépensés ou promis depuis le début de la crise. Rappelons que les pays de l’UE ont dépensé collectivement, depuis le début de la guerre, environ 314 milliards d’euros en un an.

Faire face à la crise : l’Italie en ordre de bataille malgré une économie moribonde

Selon Francesco Saraceno "ce qui est spécifique à l'Italie, c'est que la crise - avec l'inflation, la guerre et la crise énergétique - vient frapper une économie qui était déjà très affaiblie par la crise de la dette souveraine de 2010. C'est le seul pays qui, avec la Grèce, en 2020 quand la pandémie est arrivée, n'avait pas encore récupéré le niveau de PIB d'avant 2008 et qui de surcroît a été particulièrement frappé par le Covid. Le choc de la crise actuelle a donc des effets beaucoup plus marqués que sur d'autres pays européens, en particulier sur les couches les plus modestes de la population, ce qui explique en partie le succès de la droite". Par ailleurs, les problèmes structurels que traîne l’Italie depuis 25 ans pourraient demeurer. Prisonnier de son modèle mythique d'entreprises familiales qui lui a permis de recoller au peloton des grandes nations industrielles après-guerre, le capitalisme italien reste aujourd'hui trop dépendant de ses origines et peine à se renouveler. Manuela Martini précise "à partir des années 60/70, on commence à observer des systèmes industriels localisés, caractérisés par la présence de petites et moyennes entreprises qui se coordonnent. Les différentes phases de la production sont distribuées dans des réseaux très spécialisés. Ces entreprises coopèrent et imposent un modèle beaucoup plus souple d'adaptation à la demande, laquelle devient plus diversifiée par rapport à la production de biens standardisés que les grandes entreprises pouvaient assurer. Ce modèle constitue encore aujourd'hui une force".

Publicité

La fin de l’ère Draghi : un changement de cap économique ?

L'Italie est le premier bénéficiaire du plan de relance européen, avec environ 191 milliards d'euros, la question est de savoir si Giorgia Meloni va conserver le cap déjà entamé par Mario Draghi. Selon Francesco Saraceno "il y a enfin un débat sur ce qui ne va pas en Europe, on peut en parler sans être considéré comme des populistes ou des souverainistes, c'est une bonne chose. Ce plan de relance de 191 milliards d'euros répond quand même assez bien aux priorités et aux nécessités de l'Italie, tout le monde et y compris Giorgia Meloni a intérêt a le dépenser de la façon la plus souple et la plus rapide possible, car c'est de l'argent dont on a besoin pour relancer et protéger l'économie". Par ailleurs, historiquement il y a un manque d'efficacité dans la gestion des fonds alloués par l'Europe. D'après Manuela Martini "la dépense publique italienne est entravée par des pratiques clientélistes, voire des pratiques mafieuses, qui ont marqué l'histoire, y compris encore récemment dans le sud de l'Italie. Ce sont les flux d'argent partis du centre de l'Italie et de l'Europe vers le sud de l'Italie qui ont connu des problèmes de gestion".

Références sonores

  • Giorgia Meloni sur l’Europe - sur la chaîne du Corriere della Serra, 13 septembre 2022
  • Archive Miracle à l'Italienne, reportage de Guy Saguez, ORTF 1968
  • Ciabatte Galleggianti, par Pereira

L'équipe