Le revirement spectaculaire de Meta quant à la régulation des réseaux sociaux pour s'aligner avec la position réactionnaire d'Elon Musk montre un changement de paradigme majeur dans la gouvernance des réseaux sociaux : quelles conséquences peut avoir ce revirement dans l'économie de l'information?
- Valérie Peugeot, professeure affiliée à Sciences Po, au sein de l’École d'Affaires Publiques et de l'Executive education
- Anne Bellon, politiste, maîtresse de conférence à l'Université de Technologie de Compiègne, spécialiste des politiques numériques et de la régulation d’Internet.
- Nikos Smyrnaios, professeur en sciences sociales à l’Université de Toulouse
Le revirement de Mark Zuckerberg a lieu quelques jours avant l'investiture de Donald Trump, et pour Anne Bellon, ce revirement est "opportuniste" afin de garantir son poids dans les négociations à venir dans les régulations des grandes plateformes.
Le chercheur Nikos Smyrnaios est quant à lui "surpris du changement discursif de Mark Zuckerberg qui s'aligne à des positions très réactionnaires" et qui vont à l'encontre des positions officielles de Meta à partir de 2016 et du scandale de Cambridge Analytica et d'ingérence russe lors de l'élection en 2016. Mais selon lui, Mark Zuckerberg n'a pas nécessairement changé d'idées politiques mais "souhaite défendre ses intérêts économiques ce qui est très dangereux".
Valérie Peugeot explique comment ces patrons de géants de la technologie instrumentalises les "utopies fondatrices d'internet où* la liberté d'expression était central avec une répartition du pouvoir". Alors que cela fait bien longtemps que ces mêmes patrons ont concentré ces pouvoirs. Qu'ils parlent de liberté d'expression, et s'en fassent les hérauts, est "cynique". "Reconvoquer la liberté d'expression est ancien" pour les Etats-Unis qui essayent de garder un contrôle sur la façon dont la vision américaine des faits se répand. Déréguler ne permet pas à redonner du pouvoir à la communauté des internautes comme au début de l'Internet, selon Valérie Peugeot, c'est plutôt "une instrumentalisation du crowdsourcing, donc de ce que les utilisateurs produisent comme contenus, pour s'autoréguler".
Pour le moment, le revirement de Mark Zuckerberg ne concernerait que les Etats-Unis "mais dans sa vidéo il a vertement fustigé l'Union Européenne et ses régulations", qui est un véritable argument économique.
Mais alors ce revirement aura-t-il des conséquences sur l'économie de l'information ? Selon Valérie Peugeot, il faut relativiser l'importance de ces réseaux sociaux. "Même si cette influence est importante, il a été prouvée que c'est bien la polarisation de médias traditionnels comme Fox News qui ont eu un véritable impact en 2016".
Une des solutions pour lutter contre la puissance des réseaux sociaux selon les mains dans lesquelles ils tombent, serait de "déconcentrer la gouvernance de ces géants de la Tech" et selon Anne Bellon, des enquêtes sont en cours aux Etats-Unis pour réfléchir à démanteler ces géants de l'Internet. Ces efforts risquent d'être remis en cause par l'Administration Trump.
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