Eric Monnet, jeune économiste 2022 - Eric Monnet
Eric Monnet, jeune économiste 2022 - Eric Monnet
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Résumé

Le 23 mai dernier, Eric Monnet a reçu le prix du meilleur jeune économiste 2022, récompensant ses travaux sur l'histoire des politiques monétaires et en particulier des banques centrales. Quelle est l'histoire de ces institutions et que nous dit-elle de notre modèle actuel ?

avec :

Éric Monnet (Économiste, professeur à la Paris School of Economics (PSE) et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS)).

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Plus de dix ans après la dernière hausse de ses taux directeurs, la Banque centrale européenne (BCE) a confirmé son intention de relever ses taux en juillet. Christine Lagarde a ainsi sonné la fin de “l’argent facile” et des taux zéro de ces dernières années, avec comme objectif la lutte contre l'inflation. Pour étudier ce pouvoir grandissant des banques centrales depuis leur création à aujourd'hui, Eric Monnet, auteur de La Banque-Providence. Démocratiser les banques centrales et la monnaie, paru chez le Seuil en 2021, était notre invité.

Banque centrale et Etat-providence

Le fonctionnement des banques centrales est aujourd'hui mal connu, bien qu'elles aient la charge d'assurer la stabilité de nos économies. Premièrement, leur principale mission est d'assurer la stabilité de la valeur de la monnaie. "Elles doivent également assurer la stabilité du crédit, donc éviter les crises financières. Les deux, sont totalement liés. C'est pour ça que l'on parle d'une mission générale de stabilité du crédit ou de la monnaie dans l'économie", précise Eric Monnet. De plus, l’émergence de l’Etat-providence et des banques centrales coïncide. En France, avant 1936 et l'arrivée au pouvoir du Front populaire, "la Banque de France, donc la banque centrale, était complètement privéeAvec les nouvelles règles de 1936, l'Etat reprend la main sur la banque centrale. On voit alors un mouvement d'intégration des banques centrales à l'appareil d'Etat au milieu du XXe siècle. Et ce n'est pas un hasard si cela intervient au même moment que la naissance de l'Etat-providence. Si les banques centrales ne participent pas à l'Etat-providence, au sens où elles ne versent pas les allocations chômage ou les prestations sociales, l'Etat va prendre en charge, via ces institutions, les politiques macroéconomiques afin que la société ne subisse plus les conséquences des chocs économiques".

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Si l'étude de l'histoire de ces institutions semble primordiale pour comprendre nos modèles actuels, ce courant demeure assez minoritaire dans la recherche économique, selon Eric Monnet. "Ces études permettent d'alimenter le débat économique à partir d'une perspective historique, que je décrirai comme une volonté de comprendre la singularité et l'unité d'une période, en essayant de voir comment s'imbriquent différentes institutions et différentes politiques. L'histoire permet par exemple, de ne pas voir la banque centrale comme esseulée et qui agirait toute seule. Mais au contraire de voir comment elle s'imbrique avec les marchés financiers, avec les Etats".

Des banques centrales en manque de légitimité démocratique ?

S'il ne s'agit pas pour Eric Monnet de remettre en cause l’indépendance des banques centrales et le principe selon lequel elles peuvent prendre des décisions sans pression de la part du gouvernement ou du Parlement, il est toutefois nécessaire de se poser la question des contreparties de cette indépendance. "On peut leur donner une autonomie, une forme d'indépendance. Mais il y a besoin d'un contrôle et surtout d'institutionnaliser les moments d'échanges entre les gouvernements et les banques centrales. Effectivement, Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, vient devant le Parlement européen mais il n'y a pas vraiment d'échanges, de véritable dialogue et surtout un équilibre qui existerait entre l'expertise de la banque centrale et l'expertise du Parlement. Et il n'y a pas de débats économiques très profond", explique-t-il. Pour pallier aux inégalités d'expertises et d'informations sur les politiques économiques à mener, Eric Monnet propose la création d'une nouvelle institution : un Conseil européen du crédit. Celui-ci se mettrait au service du Parlement afin de lui offrir une expertise économique équivalente à celle que possède la BCE et rassemblerait les différents avis des agents économiques selon les secteurs d’activités et pays.

Références sonores

  • Archive Ina - extrait de l'émission "Journal Les Actualités Françaises" sur l'échange des billets de banque en 1945
  • Lecture d’un extrait de La Grande Transformation de Karl Polanyi par Tiphaine de Rocquigny sur la musique "Prophets" de Simon Leoza
  • Déclaration de Christine Lagarde sur la relevée des taux directeurs de la BCE, à l'issue d'une réunion du conseil des gouverneurs, vidéo publiée par Euronews le 9/06/2022
  • Lecture par René Reynaud d'un extrait d'Inflation et systèmes monétaires de Milton Friedman dans l'émission  "L'économie en questions" du 23 avril 1999 sur France Culture
  • Extrait d'une interview de Jean-Claude Trichet, ancien directeur de la BCE sur la crise grecque - LCI - 2015
  • Archive Ina - "1929-1940 : la mort de la 3ème République" - ORTF - 1970 + Archive Ina sur la crise de 1932
  • Interview sur Euronews de Philip Lane, chef économiste de la Banque centrale européenne, le 22 octobre 2020

Référence musicale

Références

L'équipe

Tiphaine de Rocquigny
Tiphaine de Rocquigny
Aliette Hovine
Production déléguée
Somaya Dabbech
Réalisation
Léa Sabourin
Collaboration
Anna Kubiak
Stagiaire