Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, devant une commission sénatoriale en 2018, accusé, à l'époque, de ne pas suffisamment garantir la sécurité de ses utilisateurs
Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, devant une commission sénatoriale en 2018, accusé, à l'époque, de ne pas suffisamment garantir la sécurité de ses utilisateurs
Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, devant une commission sénatoriale en 2018, accusé, à l'époque, de ne pas suffisamment garantir la sécurité de ses utilisateurs ©AFP - JIM WATSON
Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, devant une commission sénatoriale en 2018, accusé, à l'époque, de ne pas suffisamment garantir la sécurité de ses utilisateurs ©AFP - JIM WATSON
Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, devant une commission sénatoriale en 2018, accusé, à l'époque, de ne pas suffisamment garantir la sécurité de ses utilisateurs ©AFP - JIM WATSON
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Résumé

Suite aux révélations de Frances Haugen autour des "Facebook files", le modèle économique du géant du numérique semble être de plus en plus décrié et remis en cause. Les difficultés s'accumulent malgré une capitalisation boursière record et des tentatives de réformes globales.

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Démanteler Facebook? Cette question, impensable au début du XXIe siècle, semble aujourd'hui s'esquisser et prendre de plus en plus d'ampleur au sein du débat public, politique et médiatique. Proposée par Elizabeth Warren lors de la primaire démocrate de 2020, "l'abolition" des géants du numérique recouvre pourtant une multitude d'enjeux qui touche le cœur même de nos systèmes sociétaux, culturels et de communication contemporains.   

Fondé en 2004 par Mark Zuckerberg, Facebook apparaît aujourd'hui comme le réseau social le plus utilisé de la planète et comme une des dix entreprises les plus rentables du monde, fort d'une capitalisation boursière de 1000 milliards de dollars. En seulement dix-huit ans d'existence, Facebook a réussi à se rendre véritablement indispensable d'un point de vue "macro" (en accompagnant directement la numérisation des structures économiques globales) mais aussi, et surtout, d'un point de vue "micro", en jouant un rôle déterminant au sein des relations sociales et intimes des individus. Aujourd'hui, ne pas avoir de compte Facebook représente souvent, pour les nouvelles générations, une auto-exclusion de groupes de classes ou de moyens de garder contact. Une révolution numérique, sociale, interactionnelle, cognitive au sein de laquelle le groupe de Zuckerberg joue un rôle indéniable.

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58 min

Au sein de l'univers des réseaux sociaux, suite à son acquisition d'Instagram et de WhatsApp, Facebook occupe une place hégémonique, lui permettant ainsi d'imposer son agenda, ses pratiques, voire sa "philosophie" aux législateurs et aux utilisateurs (dont le nombre s'approche des 3 milliards fin 2020). 

Alors que son pouvoir d'attraction semble s'être renforcé avec la crise sanitaire et la mise en place des mesures de confinement qui ont limité les possibilités d'interactions "réelles" entre les individus, les législateurs cherchent de plus en plus à reprendre la main sur la machine Facebook,  dont la puissance économique et numérique lui permet de jouer un rôle de plus en plus déterminant au sein du fonctionnement même des sociétés. 

Les décideurs publics cherchent donc de plus en plus à comprendre les effets réels de l'usage massif des réseaux sociaux sur la vie sociale, la santé et l'appareil cognitif des individus, et notamment des plus jeunes. Au niveau mondial, un internaute passe en moyenne 2h30 par jour sur les réseaux sociaux, ce qui permet de prendre conscience du changement anthropologique, voir civilisationnel majeur qu'introduit Facebook au travers de l'efficacité de son algorithme : celui de "prendre" plus de deux heures du temps disponible des individus.

La mise en place de Meta (le nouveau nom de la maison mère), qui semble aller vers un alignement du groupe sur la réalité virtuelle, et vers cette idée, presque dystopique, d'un monde où le réel et l'immatériel se confondent sous l'égide de la puissance numérique et d'innovation de Facebook.

La question de l'efficacité de son algorithme est aussi au cœur des interrogations autour de son modèle économique global qui repose donc sur un enchevêtrement subtil entre publicité et information. Ce modèle renforce ainsi sa position dominante sur certains marchés, voire certaines tendances monopolistiques.

Les algorithmes ne favorisent pas en eux-mêmes les contenus violents, d'autant que la modération sur Facebook essaye de contrôler au maximum ce genre de choses. Ce qui structure fondamentalement les algorithmes, c'est le fait qu'ils soient construits autour de la volonté de capter au maximum l'attention des utilisateurs afin qu'ils restent le plus longtemps possible présents sur la plateforme, de manière à ce que Facebook obtienne le plus d'informations possibles autour de la personnalité, des habitudes et des goûts de consommations des utilisateurs, afin qu'ils puissent cibler au mieux leur publicité. La publicité est absolument centrale, voire vitale pour Facebook, étant donné qu'elle représente 98% de ses recettes. L'algorithme se construit donc pleinement autour de cette dépendance aux revenus publicitaires. Eric Brousseau

Face à cette position de domination sociale et sociétale de la part d'un groupe privé dont la puissance économique dépasse celle de certains états, une volonté de réguler, voire réformer Facebook semble émerger et se structurer de plus en plus, à l'heure où les législations entourant les GAFA ne sont encore qu'à leur balbutiement. Les autorités de concurrence européenne ou américaine réfléchissent ainsi à un renforcement du cadre légal, législatif et normatif entourant les activités des GAFA. 

Cependant, outre les interrogations entourant son modèle économique et de son emprise sur de nombreuses vies sociales, Facebook est aussi au cœur de nombreuses polémiques autour de sa gestion, de son rapport au profit ou de son manque de volonté manifeste autour de la protection des données personnelles. Par ailleurs, son implication dans la diffusion de messages de haine et dans la déstabilisation du système démocratique américain lors des élections présidentielles de 2016 ou du mouvement insurrectionnel qui a entraîné la prise du Congrès le 6 janvier 2021, est aujourd'hui de plus en plus dénoncée.

Pour comprendre si le démantèlement d'un tel géant économique est possible, nous avons le plaisir de recevoir Irène Bastard, docteure en sociologie, maîtresse de conférence invitée à Télécom Paris, Éric Brousseau, professeur d’économie et de management à Dauphine PSL et directeur scientifique de la chaire Gouvernance et Régulation et Anne Bellon, maîtresse de conférence en sciences politiques à l’université de technologie de Compiègne. 

Références sonores 

Références musicales 

Flou - Angèle (2018)

Références

L'équipe

François Richer
Réalisation
Thibaut Mommeja
Production déléguée
Aliette Hovine
Collaboration