Films de Noël : les recettes du succès

A l'image de Chevy Chase dans "Christmas Vacation" en 1989, les films de Noel se basent sur des intrigues similaires, mais qui restent éminemment populaires
A l'image de Chevy Chase dans "Christmas Vacation" en 1989, les films de Noel se basent sur des intrigues similaires, mais qui restent éminemment populaires ©Getty - Warner Brothers
A l'image de Chevy Chase dans "Christmas Vacation" en 1989, les films de Noel se basent sur des intrigues similaires, mais qui restent éminemment populaires ©Getty - Warner Brothers
A l'image de Chevy Chase dans "Christmas Vacation" en 1989, les films de Noel se basent sur des intrigues similaires, mais qui restent éminemment populaires ©Getty - Warner Brothers
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Noël constitue un moment de forte poussée consumériste qui implique également l'univers cinématographique. Les "films de Noël" semblent ainsi être devenus un genre à part entière dont le succès commercial est aujourd'hui indéniable. Quelles sont leurs recettes économiques et scénaristiques ?

On associe souvent la période de Noël à une période accrue de consommation de produits culturels, de sortie au cinéma, de marathon de films sous des plaids.

Chaines de télévision, industries cinématographiques, plateformes en lignes... Toutes se battent pour la même ressource finie : l’attention du public. Celle-ci est monétisée en place de cinéma, en abonnements aux plateformes, ou en publicité en fonction des acteurs. Mais cette quantité d’attention disponible, si elle a explosé pendant le confinement, n’est pas une dimension infinie. La période de Noël, pendant laquelle le public est plus disponible pour consommer les produits culturels, est donc particulièrement stratégique pour les différents diffuseurs. C’est l’occasion de monétiser davantage de contenus, et potentiellement de fidéliser des utilisateurs.

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Des techniques de ventes spécialement conçues pour Noel

La première question que l’on peut se poser est : comment attirer un public en recherche de “sensations de Noël” vers ses productions ? Les films ont un avantage commercial à être identifiés "de Noël" pendant cette période. L’attribution "film de Noël" est sans doute encore plus floue, en ce qu’elle ne représente pas forcément le contenu du film, mais surtout le marketing qui en est fait.

Il y a évidemment le film (ou la série) très codifié, essentiellement issu des États-Unis, qui prend la forme d’une comédie romantique autour de la période de Noël. C’est un produit qui continue à fonctionner chaque année malgré un scénario qui se répète parfois presque à l’identique entre deux œuvres. Le spectateur sait exactement à quoi s’attendre mais continue à consommer ce produit, parfois chaque année. La recherche de bons sentiments et de moments confortables et rassurants encourage cette consommation, à l'image de Love Actually, The Holiday, Last Christmas, …

D’autres films ou séries utilisent l’ambiance de Noël, qui n’a pas forcément de lien direct avec le scénario. L’image du film, le décor de l’action, insiste sur l’hiver et la neige. La bande sonore du film peut également intégrer des thèmes classiques de Noël. Ces éléments permettront aux équipes marketing de vendre le film comme un produit saisonnier, qu’il faut aller voir sur cette période. Les Bandes annonces et affiches du film pourront ainsi appuyer démesurément sur cette dimension finalement accessoire du film, comme Maman j’ai raté l’avion, Piège de cristal, Hawkeye, ...

Disney a également distribué pendant de nombreuses années ses dessins animés à ce moment-là de l’année, pour profiter de cette période ou les familles se rassemblent et recherchent des films à regarder tous ensemble. C’est une période particulièrement propice pour les films “grand public”.

À la télévision, la période de Noël se caractérise souvent par une augmentation des films diffusés à l’antenne, par rapport à la grille classique le reste de l’année. Beaucoup de téléfilms de Noël sont produits et diffusés pendant la journée. Ces téléfilms ciblent spécifiquement les catégories de consommateurs qui seront touchés par la publicité qu’ils diffusent. Cependant, bien qu'ils dominent le secteur, les Américains ne sont ni les inventeurs, ni les seuls à pratiquer cette technique de vente pour leurs œuvres culturelles. On assiste aux mêmes phénomènes autour du nouvel an chinois en Chine, et le cine-panettone Italien fait la même chose au moment de Noël depuis 1983.

Le Cine-panettone est un qualificatif inventé par les critiques italiens, à l’origine péjoratif, pour désigner une série de comédies sortant au moment de Noël depuis 1983, initiée par le producteur Aurelio De Laurentiis. Ces films étaient décrits par les critiques comme extrêmement similaires entre eux et souvent grossiers. Cela ne les a pas empêchés de remporter un succès commercial important chaque année.

Pourquoi produire autant de films en lien avec Noël ?

Pourquoi les studios, plateformes et chaînes produisent autant de films, séries et téléfilms liés à l’ambiance de Noël ? Il y a en grande partie une raison culturelle, importée des États-Unis, où la culture de Noël a toujours été plus démonstrative. Il y a aux États-Unis un enjeu d’image de marque à respecter cette tradition de l”Esprit de Noël”.

Il faut aussi noter que Noël porte un gros potentiel dramatique qui intéresse beaucoup les scénaristes. Le spectateur intégré dans un “esprit de Noël” est dans une situation  d'acceptation de l’invraisemblable plus facilement.

Pour les studios et les chaînes de télévision, la production de comédie romantique de Noël peut s’expliquer par la rentabilité presque garantie de ces productions. Elles seront de manière presque certaine consommées à un niveau rentable, bien que peut-être pas en battant des records de box-office. Les coûts de production sont en effet relativement faibles, la production est simplifiée par une structure et un scénario très codifiés, la post-production est faible, et l’attention à la qualité de la production est souvent moins forte que pour d’autres films.

Produire un film de Noël est donc un pari peu risqué, garantissant des retours sur investissements permettant éventuellement de produire des films plus ambitieux, mais à la rentabilité moins certaine.

Pour les plateformes, l’enjeu de la rentabilité est moins direct. Netflix et Amazon ont besoin que l’ensemble de leur catalogue soit rentable, et non pas que ce soit le cas pour chaque œuvre individuelle. L’enjeu pour les plateformes est plutôt d’être capable de répondre à toutes les demandes, pour garder son audience captive, ne pas lui donner de raisons d’aller regarder ce que proposent les plateformes concurrentes, et d’attirer de nouveaux abonnés potentiels.

Pour comprendre pourquoi on aime toujours autant les films de Noel, nous avons le plaisir de recevoir Joël Augros, Professeur en étude cinématographique à l'Université Bordeaux Montaigne, spécialiste du cinéma Américain, Caroline San Martin, Maîtresse de conférences en écriture et pratique cinématographique à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, enseignante à la Fémis et Laurent Creton, Professeur à l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.

Références sonores

  • Extrait du film Le père Noël est une ordure, de Jean-Marie Poirié (1982)
  • Extrait de la série 10 pour cent, de Fanny Herrero Saison 4, épisode 9
  • Extrait du film Vacanze di Natale, de Carlo Vanzina (1983)
  • Extrait de la série Christmas flow de Netflix Saison 1, épisode 1

Références musicales

Christmas is all around - Billy Mack (2003)

Burn out - Nao (2021)

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