Accorder plus de moyens aux universités constitue un enjeu fondamental dans un contexte global de massification de l’accès à l’enseignement supérieur
Accorder plus de moyens aux universités constitue un enjeu fondamental dans un contexte global de massification de l’accès à l’enseignement supérieur
Accorder plus de moyens aux universités constitue un enjeu fondamental dans un contexte global de massification de l’accès à l’enseignement supérieur ©AFP - BERTRAND GUAY
Accorder plus de moyens aux universités constitue un enjeu fondamental dans un contexte global de massification de l’accès à l’enseignement supérieur ©AFP - BERTRAND GUAY
Accorder plus de moyens aux universités constitue un enjeu fondamental dans un contexte global de massification de l’accès à l’enseignement supérieur ©AFP - BERTRAND GUAY
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Résumé

Alors que le modèle économique de l’université agite le débat politique, la question de l'efficacité de ce système d’enseignement supérieur gratuit, de ses moyens alloués, de ses réussites et de ses échecs est un enjeu éducatif et professionnel majeur pour l'ensemble des étudiants.

avec :

Elise Huillery (professeur d'économie à l'Université Paris-Dauphine), Hugo Harari-Kermadec (Economiste, maître de conférences à l'Ecole Paris Saclay).

En savoir plus

La réforme de l'université s'invite dans la campagne présidentielle. Vendredi dernier, en clôture du Congrès des Présidents d'Université, Emmanuel Macron a ouvert la porte à la fin de la gratuité dans l'enseignement supérieur. Le chef de l'Etat a déclaré que le système français, qui voit beaucoup d'étudiants échouer en première année, ne pouvait durer. Notre modèle universitaire est-il vraiment insoutenable? Comment le réformer pour le rendre plus efficace et moins inégalitaire?  

Pour en parler, Tiphaine de Rocquiny reçoit Sébastien Grobon, chercheur en économie spécialisé sur les ressources des jeunes adultes à La Sorbonne, Hugo Harrari-Kermadec, professeur en sociologie à l’Université d’Orléans et Elise Huillery, professeure d'économie à l'Université Paris-Dauphine.

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Peut-on organiser un enseignement supérieur de masse et de qualité ?

En France, une place en université est censée être réservée pour l'ensemble des bacheliers venant d'un lycée général. Cependant, le système de sélection semble bien flou malgré le remplacement de la plateforme APB par celle de Parcoursup. 

Selon Elise Huillery, "Il faut effectivement renforcer la transparence du nouvel outil de Parcoursup, notamment au niveau des critères de sélection. Quand on s'inscrit sur cette plateforme, il y a un manque réel de clarté au niveau de l'importance accordée à la pondération des notes, des critères sociaux ou à la prise en compte de l'origine géographique. L'enjeu est véritablement de renforcer la visibilité, pour les futurs étudiants, des éléments pris en compte dans leur affectation. Outre la question des critères de sélection, Parcoursup devrait également leur servir à mieux connaitre leur futur formation : Quels sont les effectifs? Quels sont les débouchés professionnels? Toutes ces informations sont indispensables afin qu'un élève de terminal puisse faire un choix éclairé et informé, d'autant que tout cela conditionne son avenir professionnel".  

Les critiques associées à l’Université, en particulier pour la première année de licence, est la faiblesse de l’encadrement pédagogique. Le nombre d’enseignants à l’université a ainsi baissé de 2% en 10 ans, pendant que le nombre d’étudiants augmentait de 20%
Par ailleurs, le montant dépensé par étudiant n’est donc pas égal en fonction des filières. On attribue moins de moyens par étudiant à l’Université que dans les filières professionnelles ou les classes préparatoires. Par exemple, les coûts varient dans un rapport de 1 à 4 entre une année de licence et une année en classe préparatoire.
De plus, le taux de réussite en première année sont sans surprise corrélés à cette dépense par étudiant. 

Selon Sébastien Grodon, "tout le monde n'accède pas à l'Université. Avant Parcoursup, lorsque l'on comparait les élèves issus des tranches sociales les plus modestes par rapport à ceux des classes plus aisées, ces derniers accédaient trois fois plus fréquemment à l'université que les plus pauvres. On retrouve d'ailleurs un rapport sélectif de 1 contre 6 dans les filières les plus sélectives. Au regard de ces chiffres, on voit bien que la gratuité ne suffit pas.  Par ailleurs, différentes études montrent qu'il est socialement utile d'investir sur l'ensemble des étudiants, de leur faire confiance pour pouvoir leur garantir un avenir professionnel et des niveaux de salaires plus élevés". 

Les étudiants peuvent-ils contribuer au financement de l’université ?

L’accès universel et (quasi)gratuit à l’université est très profondément ancré dans le modèle français. À tel point que le maintien de droits d'inscription dits “modérés” a été entériné par le conseil constitutionnel. Le montant des droits d’inscription à l'université est fixé chaque année par un arrêté ministériel et tourne autour de 200 euros. 

Selon Sébastien Grodon, "la crise sanitaire a mis en avant les limites du modèle universitaire français. 50% des étudiants français sont amenés à travailler durant leurs études afin de subvenir à leurs besoins. On constate que lors d'une crise économique, lorsque l'on coupe dans les emplois étudiants, beaucoup se trouvent dans une situation de forte précarité. De manière plus globale et structurelle, le modèle du "job étudiant" reste problématique en tant que tel. De nombreuses études économiques ont montré que si un étudiant travaille trop longtemps pendant sa semaine, ses résultats scolaires en pâtissent. On retrouve alors une réelle inégalité entre ceux qui ont la capacité d'être aidé financièrement par leur parent et ceux qui sont obligés de recourir à un emploi étudiant pour s'en sortir".  
47% des étudiants favorisés réussissent leurs études contre 32% de ceux qui doivent couvrir leurs besoins par eux-mêmes. 

Selon Hugo Harrari-Karmadec, "la question n'est pas de remettre en cause la quasi-gratuité de l'université mais simplement de mieux répartir les ressources financières et, plus largement,  d'augmenter les subventions étatiques en faveur de l'université et de la recherche. Il y a, depuis trois gouvernements, un objectif de 3% du PIB consacré à la recherche. Cependant, ces même gouvernements constatent qu'ils n'y arrivent pas. Si on allait vers une meilleure organisation des dépenses, on pourrait surement réussir à atteindre cet objectif financier, mais surtout à un service d'enseignement supérieur de bien meilleure qualité. Par exemple, il faudrait que les financements soient moins orientés vers les enfants des classes favorisées et mieux priorisés vers les catégories populaires. Dans tout les cas, on peut quand même dire que la France présente un système qui marche, malgré tout, relativement bien étant donné qu'il continue de protéger contre le chômage et surtout de garantir un certain niveau de revenus".  

Références sonores 

  • Témoignages d'étudiants sur Parcoursup, 2018
  • Témoignage d’étudiant et de Julien Meimon, Président de l’association Linkee, 2021
  • Emmanuel Macron à l’occasion de la clôture du congrès de la Conférence des présidents d’université le 14 janvier 2022
  • Modèle de financement anglo-saxon de l’université, télématin, 2018

Références musicales

School Spirit - Kanye West (2018)

Petit pays - Cesaria Evora (2012)

Références

L'équipe

Somaya Dabbech
Réalisation
Thibaut Mommeja
Production déléguée
Aliette Hovine
Collaboration