Sebastião Salgado, photographe et militant écologiste brésilien, lors de la présentation à la presse de son exposition "Amazonia", le 14 février 2022
Sebastião Salgado, photographe et militant écologiste brésilien, lors de la présentation à la presse de son exposition "Amazonia", le 14 février 2022 ©AFP - NELSON ALMEIDA / AFP
Sebastião Salgado, photographe et militant écologiste brésilien, lors de la présentation à la presse de son exposition "Amazonia", le 14 février 2022 ©AFP - NELSON ALMEIDA / AFP
Sebastião Salgado, photographe et militant écologiste brésilien, lors de la présentation à la presse de son exposition "Amazonia", le 14 février 2022 ©AFP - NELSON ALMEIDA / AFP
Publicité

Avant d’être photographe, Sebastião Salgado était économiste. Mais il a troqué ses rapports économiques contre un appareil photo. Et continue à parcourir le monde avec une obsession : rendre compte des conséquences de l’économie sur les hommes et le monde.

Avec

Il est l’un des photographes les plus reconnus au monde. Si à l’âge de 29 ans, en 1973, Sebastião Salgado abandonne sa carrière d’économiste pour celle de photographe, l’économie reste un fil rouge dans son œuvre. Œil de photographe, sensibilité marxiste ? Le réalisateur Wim Wenders, dans Le sel de la terre, dit à propos de Sebastião Salgado que : “Ses études d’économie lui ont permis de comprendre les marchés mondiaux, le commerce, et l’industrie. Il savait donc ce qui faisait tourner le monde.” Savoir, mais aussi voir et faire voir : ses photographies montrent une réalité plus tangible que les simples rapports économiques.

Proche du photoreportage dans les premiers temps de sa carrière, il photographie les famines en Ethiopie et au Sahel. Quelques années plus tard, il entreprend des séries monumentales autour de l’industrialisation et de ses conséquences sur l'homme, regroupées dans son œuvre qui est peut-être la plus explicitement économique : La Main de l’Homme : une archéologie de l’ère industrielle. Après sa série Exode, il met de côté les hommes et commence à photographier la nature : là où les conséquences des activités des hommes sont palpables (déforestation, sécheresses), et là où la nature est encore préservée...

Publicité

L'un de ses plus grands combats et qui a donné lieu à certaines de ses plus belles photos, c'est celui des paysans sans terre au Brésil "En 1979 de paysans sans terre n'existaient pas encore. J'ai commencé à travailler avec eux parce qu'il fallait une réforme agraire, mais même Lula ne l'a pas fait. Et aujourd'hui, on a des problèmes incroyables au Brésil, on a une grande quantité de SDF, qui sont tous des paysans qui ont perdu leur terre.  Au moment où ils recevaient la terre, la terre ne valait plus rien. Ils ont fini par tout perdre et c'est là que s'est installé ce qu'on appelle l'agrobusiness. Le Brésil est devenu un des plus grands producteurs agricoles du monde, mais à un prix terrible, on a transformé des millions de Brésiliens en lumpenprolétariat qui vivent dans les villes, complètement abandonnés.

En Indonésie, Sebastião Salgado est frappé par la dureté du travail des mineurs du volcan Kawah Ijen, qui est un très grand producteur de soufre. "J'ai vécu avec les producteurs de soufre, c'était très spécial et très dur. On collectait le soufre au cœur d'un volcan, un volcan très actif avec des fumées, des gaz complètement imprégnés de soufre. Chaque mineur remplissait un panier de 70 à 75 kilos de minerais alors qu’eux-mêmes n’en pesaient pas 60. Ils fixaient deux paniers à chaque bout d’une tige de bambou et gravissaient ainsi les 600 mètres qui les séparaient de la sortie du cratère. Cela leur prenait environ deux heures, puis ils dévalaient la pente du volcan en courant, sans quoi le poids des paniers les aurait écrasés. C’était ultra-dangereux"

Références sonores :

  • Extrait du documentaire Le Sel de la terre (Wim Wenders, Juliano Ribeiro Salgado (le fils de Salgado), 2014
  • Interview du président brésilien Juscelino KUBITSCHEK, à l'origine de la construction de Brasilia, JT nuit - 20 avril 1960 (INA)
  • Lecture d’un extrait du Capital de Karl Marx
  • Extrait du documentaire de La Mine du diable, de Jean Queyrat, 2015
  • Extrait du documentaire « On est vivants », Carmen Castillo
  • Discours de Lula, 7 septembre 2022

Références musicales :

Bibliographie :

  • La main de l’homme : une Archéologie de L'ère industrielle, La Martinière (1996)
  • De ma terre à la terre, entretien avec Isabelle Francq, Presses de la renaissance (2013)
  • Autres Amériques, Contrejour (1998)
  • Terra, La Martinière (1997)
  • Exodes, La Martinière (2000)
  • Genesis, Taschen (2013)

L'équipe