Parfois considérés comme les "nouvelles rock stars", les artistes électro restent étroitement liés à une culture alternative et marginale.
Parfois considérés comme les "nouvelles rock stars", les artistes électro restent étroitement liés à une culture alternative et marginale.
Parfois considérés comme les "nouvelles rock stars", les artistes électro restent étroitement liés à une culture alternative et marginale. ©Getty - Vyacheslav Argenberg
Parfois considérés comme les "nouvelles rock stars", les artistes électro restent étroitement liés à une culture alternative et marginale. ©Getty - Vyacheslav Argenberg
Parfois considérés comme les "nouvelles rock stars", les artistes électro restent étroitement liés à une culture alternative et marginale. ©Getty - Vyacheslav Argenberg
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Résumé

Des scratcheurs émergents faisant danser les clubs aux DJ les plus renommés en passant par les teufeurs, les artistes de la scène électro fascinent. A l'heure où festivals et boîtes rebranchent leurs amplis, on se penche sur leur économie.

avec :

Myrtille Picaud (Sociologue spécialiste des marchés de safe city en France).

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Troisième jour de notre série sur l'éco en musique ! Après le classique et le rap, c'est la scène électro qui va nous intéresser. A l'origine, la techno naît dans les rave parties des années 80, mais elle tend à s'institutionnaliser depuis une vingtaine d'années. Des DJ aux producteurs en passant par les labels, un véritable écosystème est apparu, qui cherche encore à se structurer. C'est le monde de la nuit et son économie en plein essor que nous allons découvrir.

Pour en parler, Tiphaine de Rocquigny reçoit Tommy Vaudecrane, président de l’association Technopol, et Myrtille Picaud, sociologue, spécialiste des pratiques culturelles, et post-doctorante à l’Université Grenoble Alpes au laboratoire Pacte. Elle est l'autrice de Mettre la ville en musique, Paris-Berlin, publié aux Presses Universitaires de Vincennes (2021)

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La difficile quête de reconnaissance d'un genre alternatif

Les musiques électroniques, souvent rassemblées sous le diminutif d'électro, se sont imposées à la culture moderne. Incarnant un courant artistique majeur du même acabit que le rock et le rap, leur réputation est sulfureuse. D'un point de vue économique, elles représentent aujourd'hui un juteux business, avec un poids de 416 millions d'euros selon une étude de la SACEM de 2016. Pourtant, nombre d'artistes se trouvent dans une situation précaire, aggravée par la crise sanitaire.

La spécificité des musiques électroniques, qui se divisent en d'innombrables sous-genres, réside bien sûr dans leur production en elles-mêmes mais aussi dans leur caractère fédérateur et libertaire : on se rassemble pour danser. Cette pratique de consommation musicale a tendance à s'éloigner des lieux de musique officiels, constituant entre autres une contrainte économique, pour privilégier les raves et autres free parties dans des endroits insolites. Mais la répression policière est très forte. Myrtille Picaud rappelle que "dès le départ la réaction à ces événements a été très forte. Comme ils rassemblent un public en nombre important, il y a cette vision politique selon laquelle cette foule serait potentiellement incontrôlable. On a encore cet héritage de cette représentation de la musique électronique dans la gestion policière d'événements comme à Redon. Les festivals de musique électroniques vont très souvent impliquer une sursécurisation par les autorités locales et nationales rapport à d'autres événements.

Pour Tommy Vaudecrane, c'est le levier économique qui a essentiellement permis la reconnaissance de l'électro dans les politiques culturelles : "les genres de musique électronique qui ont émergé sont ceux qui ont été repris par les grands majors, les grandes chaînes télé, c'est la face émergée de l'iceberg. Ces musiques ont été commercialisées avec la même stratégie que le rock, le hip hop... Le parallèle, c'est "on va faire de l'argent, donc on va se calmer". Mais tout le poids culturel a mis beaucoup de temps à s'institutionnaliser. Par exemple, le statut de DJ n'a eu lieu qu'en 2013. (...) C'était très difficile de mener une activité économique entre 2000 et 2010. Il a fallu de longues luttes et discussions avec les institutions politiques et culturelles pour plus de reconnaissance".

L'engagement de la scène électro dans les grands enjeux socio-économiques contemporains

Le lutte a été en partie payante, structurant l'économie de la musique électronique. Selon Myrtille Picaud "il y a d'un côté les discothèques généralistes avec peu de musique électronique et des clubs beaucoup plus focalisés sur son partage : pour information, selon la SACEM, 17% des musiques actuelles étaient liés aux musiques électroniques, sachant que celles-ci sont essentiellement diffusées à Paris. Ainsi, il y a beaucoup de festivals avec un effet de concentration économique assez fort, avec des gros artistes qui se sont implantés sur la scène internationale, des DJ qui exigent des cachets faramineux...". Tandis que d'un autre côté, bien des artistes émergents cherchent à sécuriser leur carrière notamment par le biais de l'intermittence, sachant que mixer en public en free party ne permet pas un revenu suffisant.

La scène électro fait aussi face aux défis qui bousculent le débat socio-économique. Pour Tommy Vaudecrane, dans l'électro, "la place des femmes était complètement inexistante il y a dix ans. Mais il y a une prise de conscience. Des structures comme Vénus club se sont créées pour promouvoir les artistes féminines. Beaucoup reste à faire, car il y a beaucoup d'artistes féminines, mais il y a plutôt un manque de considération de la part des programmateurs. (...) Il y a un gros effort à faire là-dessus. Et on peut dire de même sur l'écologie : on propose des alternatives comme les circuits-courts, l'émergence artistique locale... Deux mondes se créent : les gros festivals qui ne veulent que des têtes d'affiche, et les micro festivals, porteurs de valeurs, de chartes d'engagement. Et les jeunes veulent des festivals qui correspondent à leurs valeurs. Au festival Sarcus, les artistes viennent en train ou sont ancrés dans le milieu culturel local, la déco est en récup'...". Ainsi, le milieu électro est au coeur des défis d'inclusivité et d'écologie." 

Références sonores

  • Extrait du documentaire "Le temps des raves - Techno story", diffusé en 2004
  • Extrait de l'émission "Au bout de la nuit_,_ mais où sont passées les folles nuits parisiennes ?", France Inter, diffusée en 2010  
  • Témoignage de Maud Geffray, musicienne, DJset et productrice, face aux difficultés engendrées par la crise sanitaire, reportage de TV5monde, 30 décembre 2020
  • Extrait de l'émission "Affaire à Suivre" par Arnaud Laporte : "A Morlaix, le dancefloor de Cassie Raptor" à propos du collectif Barbiturix, France Culture, diffusée le 24 septembre 2021

Pour aller plus loin

Références musicales

Das Modell - Kraftwerk (1982)

Références

L'équipe

Somaya Dabbech
Réalisation
Thibaut Mommeja
Production déléguée
Aliette Hovine
Collaboration