En 2015, le projet de loi sur le paquet neutre avait entraîné de nombreuses manifestations de buralistes en France.
En 2015, le projet de loi sur le paquet neutre avait entraîné de nombreuses manifestations de buralistes en France.
En 2015, le projet de loi sur le paquet neutre avait entraîné de nombreuses manifestations de buralistes en France. ©AFP - FRANCOIS GUILLOT
En 2015, le projet de loi sur le paquet neutre avait entraîné de nombreuses manifestations de buralistes en France. ©AFP - FRANCOIS GUILLOT
En 2015, le projet de loi sur le paquet neutre avait entraîné de nombreuses manifestations de buralistes en France. ©AFP - FRANCOIS GUILLOT
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Résumé

Le 4 février dernier, Emmanuel Macron a appelé de ses vœux une génération sans tabac en 2030. Pour y arriver, nul doute que de nouvelles réglementations seront peu à peu mises en place. Mais cette intervention de l’État dans le secteur du tabac est-elle légitime ?

avec :

Eric Godeau (Historien), Marc-Antoine Douchet (Chargé d’études à l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies), Léontine Goldzahl (Economiste et professeure associée à l’Edhec Business School).

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Le 4 février, Emmanuel Macron a appelé de ses vœux une génération sans tabac en 2030. Pour la première fois, après trois plans de lutte contre le cancer d'une durée de cinq ans, le gouvernement met en place une stratégie décennale, dotée d’une enveloppe conséquente puisqu’un budget de 1,74 milliards a été alloué à ce « plan cancer ». Le tout dans un contexte loin d’être habituel : le confinement et la pandémie se sont fait ressentir sur les habitudes liées au tabac. En 2020, après avoir augmenté, les ventes des traitements d'aide à l'arrêt du tabac (patchs, substituts nicotiniques) ont reculé de 7,8 % au quatrième trimestre par rapport à la même période en 2019.

D’une manière générale, l’efficacité des politiques publiques dépend à la fois de l'action sur l'offre et sur la demande. Une politique publique efficace agit à la fois sur la réglementation dans les espaces publics par exemple, sur les prix, et sur la prévention. Néanmoins, la hausse des prix est le levier d’action public privilégié dans les recommandations de l’OMS pour faire baisser les volumes de vente et les prévalences d’usage. – Marc-Antoine Douchet

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Ces mesures fortes et inattendues interviennent alors qu’aucune hausse du prix du paquet n’est prévue d’ici deux ans. Cette stratégie de lutte contre le tabac reste selon les études la plus efficace mais est en effet plus délicate qu’il n’y parait à mettre en place : elle entraîne la colère des fumeurs, mais surtout des buralistes dont la survie dépend de la vente des paquets. L’État est en outre accusé de remplir ses caisses sur les poumons des citoyens. En résumé, réguler la vente du tabac ne se fait pas sans heurts.

Dans les années 1950, il y avait jusqu’à 20 manufactures de tabac en France, qui employaient 12 000 à 13 000 personnes. Dans certaines petites villes, la « manu » était l’employeur principal. C’était un élément central de la vie économique et sociale de ces villes. A partir des années 1950, il y a eu des fermetures, et ensuite des délocalisations à partir des années 1970. C’était plus pratique de produire là où le coût du travail était moins élevé et la régulation moins contraignante. Aujourd’hui, il n’y a plus une seule manufacture de tabac qui produise des cigarettes en France. – Eric Godeau

L’histoire de la dénormalisation du tabac est intrinsèquement liée à la relation du secteur avec l’État. Alors que celui-ci détenait jusque dans les années 1990 un monopole sur l’industrie du tabac en France, les révélations scientifiques sur la dangerosité du tabac ont forcé l’État à se désengager, et même, peu à peu, à mener une « guerre contre le tabac », pour reprendre les termes de Jacques Chirac. Le paquet neutre, l’encadrement de la publicité sur le tabac et l’augmentation du prix des paquets sont autant de mesures prises par les gouvernements français pour diminuer le nombre de maladies et de morts prématurées dues au tabac, ainsi que le coût social payé par la collectivité qui y est associé.

Comme ce sont les personnes les plus défavorisées qui fument le plus, augmenter la taxe sur le tabac contribue à les appauvrir. Cela serait surcompensé si les personnes les plus défavorisées étaient plus sensibles au prix, c’est-à-dire qu’elles arrêteraient de fumer plus rapidement que les plus favorisés quand le prix augmente. Or ce n’est pas du tout ce qu’on observe en France. Donc la taxe est potentiellement un vecteur d’accroissement des inégalités sociales face au tabagisme. C’est pour cela qu’il faut compléter la politique de taxation par des politiques ciblées sur les personnes les plus précaires. - Léontine Goldzahl

Comment justifier une intervention aussi forte de la part de l’État dans le secteur du tabac ? La logique punitive de la forte taxation et de l’augmentation des prix est-elle vraiment adaptée pour combattre un comportement aussi irrationnel que l’addiction ? Pour en parler, nous avons fait appel à Eric Godeau, historien, Léontine Goldzahl, économiste et professeure associée à l’Edhec Business School, et Marc-Antoine Douchet, chargé d’études à l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies.

À réécouter : Faut-il interdire la cigarette ?

Références sonores

  • Archives sur la loi Veil (1976), la loi Evin (1991) et la « guerre » de Jacques Chirac contre le tabac (source : franceinfo)
  • Discours d’Emmanuel Macron sur la génération sans tabac en 2030 (4 février 2021, source : BFMTV)
  • Interview du docteur Wolf au JT de 20h (1964, source : INA)
  • Extrait de la série « Mad Men » (source : le JDD)
  • Extrait du JT sur la grève des salariés de la SEITA en grève (1998, source : INA)
  • Extrait de l’émission « Le téléphone sonne » (1999, source : INA)
  • Documentaire « Trafic de cigarettes : La guerre du tabac ! – Combien ça coûte ? » (source : Documentaire Société)

Références musicales

  • « The Cigarette Duet » - Princess Chelsea
  • « Je fume » - La Louise
Références

L'équipe

Margaux Boulte
Collaboration
Marguerite Catton
Production déléguée
Philippe Baudouin
Réalisation
Aliette Hovine
Collaboration
Anne Depelchin
Réalisation