Portrait de 1743 de François Quesnay (1694-1774), chef de file des physiocrates. Collection du Musée Carnavalet à Paris. ©Getty - Heritage Images
Portrait de 1743 de François Quesnay (1694-1774), chef de file des physiocrates. Collection du Musée Carnavalet à Paris. ©Getty - Heritage Images
Portrait de 1743 de François Quesnay (1694-1774), chef de file des physiocrates. Collection du Musée Carnavalet à Paris. ©Getty - Heritage Images
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Résumé

Si l'intérêt pour les problèmes économiques existait déjà avant le XVIIIe siècle, c'est à l'époque des Lumières que les principes de la future science économique sont posés. Comment l'économie tente-t-elle de se détacher de la science du Prince et de s'imposer face au politique ?

avec :

Martial Poirson ( historien), Arnaud Orain (Professeur à l’Université Paris VIII Saint-Denis.).

En savoir plus

Dès l'Antiquité, les penseurs se sont intéressés à l'économie, mais c'est au siècle des Lumières que cette science commence à prendre forme et à se définir en tant que telle.

De la science du commerce à l'économie politique :  une théorie du "laisser-faire"

Avec l’expansion mondiale des échanges au XVIIIe siècle, l'économie devient de plus en plus un enjeu de pouvoir. L’Etat intervient dans le système économique et la monarchie déploie une politique protectionniste, notamment avec Jean-Baptiste Colbert (sous Louis XIV) qui applique les théories des mercantilistes. Le but de ces nouvelles politiques économiques est d'accumuler le plus de richesses possibles et de les conserver sur le territoire. "La doctrine mercantiliste est celle qui a le vent en poupe à cette époque et elle repose sur plusieurs principes fondamentaux, le premier étant l'accumulation de richesses par la nation, indexées sur le stock d'or. Il faut que la balance commerciale soit positive pour que le pays puisse se développer", nous explique Martial Poirson.

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Mais cette politique protectionniste est critiquée et de nouvelles théories économiques plus libérales émergent. "Les physiocrates vont contredire les thèses mercantilistes. Pour eux, la source prédominante et même première de la richesse est dans l'agriculture", précise Martial Poirson, "c'est aussi une première tentative de modélisation de l'économie". Les physiocrates inventent une école de pensée. Ils ont un maître, François Quesnay, des disciples, un journal et une doctrine claire. "Il va lui-même découvrir les "lois" de l'économie politique et il a un accès direct au souverain (Louis XV). Il va tenter de le convaincre de mettre en œuvre ces fameuses lois de l'économie politique", ajoute Arnaud Orain. Mais un autre courant essaye aussi de s'imposer et de convaincre le roi : la science du commerce. "On a plusieurs groupes qui sont à la manœuvre dans les années 1750. On a la science du commerce, c'est à dire le groupe de Vincent de Gournay, et l'économie politique avec Quesnay. Ils veulent tous réformer les lois sur le commerce des grains", explique Arnaud Orain. Il faudra néanmoins patienter jusqu'en 1763 pour qu'une première loi autorise la libre circulation des grains dans le royaume.

Formuler les "lois" du nouveau genre intellectuel qu’est l’économie

Si au début du XVIIIe siècle, les théoriciens font encore de l’économie pour servir la politique, c’est bel et bien avec les Lumières que l’économie politique s’érige en discipline scientifique. Et pour en faire une science, les nouveaux penseurs de l'économie vont s'inspirer des travaux des scientifiques de leur époque. Par exemple, Adam Smith fut influencé par les travaux d'Isaac Newton. Selon Martial Poirson, "Smith était un grand admirateur de Newton. Smith comparait le marché à l'attraction universelle". Il en érige ainsi les lois fondamentales, "celles de l'optimisation des échanges. Tout ce qui peut contrevenir à l'exercice de cette loi est considéré comme un élément perturbateur du marché." Le célèbre auteur de La Richesse des nations (1776) subordonne ainsi le pouvoir politique à cet équilibre, cette fameuse "main invisible" qui repose sur les échanges entre les individus. Avec ces lois naturelles et la diffusion de son ouvrage partout sur le continent européen, l'économie commence à s'autonomiser du poids de l’Etat et Smith jette les bases d'une nouvelle discipline, bientôt nommée science économique. Selon Arnaud Orain, "cette théorie des lois naturelles va être constamment remise sur le métier par les néoclassiques à la fin du XVIIIᵉ siècle, puis par les nouveaux classiques après la Seconde Guerre mondiale. Toutes ces personnes vont toujours présupposer qu'il y a une méta théorie de l'économie et cette méta théorie, elle nous explique que si on laisse fonctionner les forces concurrentielles, il se passe quelque chose de bien, c'est-à-dire un équilibre des marchandises et un équilibre des prix."

Références sonores

  • Lecture d’un extrait de De l’esprit des lois (chapitre 1 et 2) de Montesquieu lu par Tiphaine de Rocquigny sur musique "Let's stay" de Hector Plimmer
  • Fiction radiophonique Quesnay "le confucius de l'Europe", RTF, 1959
  • Lecture Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations d'Adam Smith (1776), lu par Tiphaine de Rocquigny sur musique Suite pour clavecin n°3 en la mineur, Sarabande, de Genevieve Soly
  • Lecture de Doutes proposés aux philosophes et aux économistes sur l'ordre naturel et essentiel des sociétés politiques de l’abbé Mably (1768), lu par Tiphaine de Rocquigny sur musique "Thorn tree wind" Helen Liebmann

Références musicales

  • Sonata pour ensemble instrumental et basse continue de Elisabeth Jacquet de la Guerre, interprétée par l'ensemble correspondances
Références

L'équipe

Aliette Hovine
Production déléguée
Somaya Dabbech
Réalisation
Léa Sabourin
Collaboration
Anna Kubiak
Stagiaire