Les secteurs économiques russes sont les plus ciblés par les sanctions étrangères
Les secteurs économiques russes sont les plus ciblés par les sanctions étrangères
Les secteurs économiques russes sont les plus ciblés par les sanctions étrangères ©Getty - Stanislav Krasilnikov
Les secteurs économiques russes sont les plus ciblés par les sanctions étrangères ©Getty - Stanislav Krasilnikov
Les secteurs économiques russes sont les plus ciblés par les sanctions étrangères ©Getty - Stanislav Krasilnikov
Publicité
Résumé

Le Kremlin reconnaît que l'économie russe subit un "sérieux coup dur" et que "son intégrité est menacée". Peut-elle réellement tomber sous le coup des sanctions occidentales ?

avec :

Florent Parmentier (Secrétaire général du CEVIPOF/ Sciences Po, chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC.), Caroline Dufy (Maitre de conférences en économie et en sociologie à Sciences po Bordeaux, spécialiste de l'économie russe).

En savoir plus

Plus d'une semaine après le début de la guerre en Ukraine, l'hémorragie économique se poursuit en Russie. Le rouble ne cesse de chuter tandis que les entreprises étrangères sont de plus en plus nombreuses à fuir le pays. Le Kremlin a reconnu que l'économie russe subissait un "sérieux coup dur" et que son intégrité était en jeu. Alors la Russie pourrait-elle voir son économie s'effondrer sous l'effet des sanctions ? Avec quelles conséquences sur la population russe, de plus en plus pauvre depuis dix ans ? 

Pour en parler, nous avons fait appel à Caroline Dufy, maîtresse de conférences en économie et en sociologie à Sciences po Bordeaux et spécialiste de l'économie russe, Florent Parmentier, secrétaire général du CEVIPOF, Chercheur-associé au Centre de géopolitique de HEC, et Olivier Dorgans, avocat associé du cabinet Ashurst et spécialiste des contentieux et conseils pour les entreprises face aux sanctions internationales.

Publicité

Les ressources de la Russie face à son économie fragilisée

À la suite de l’entrée des troupes russes en Ukraine le 23 février, L'Union Européenne a immédiatement annoncé une série de sanctions, prévues en avance dans l’éventualité d’un tel évènement. Mais les européens ont décidé d’aller plus loin, en actant le mercredi 2 mars l’exclusion de certaines banques russes du système d’échange interbancaire SWIFT. Les européens semblent en tout cas accorder beaucoup de forces à ces décisions. Pourtant, la question de l’efficacité des sanctions économiques pour contraindre la politique d’un État reste très discutée.

D'une part, afin de s'assurer une certaine indépendance, la Russie s'approche de son grand objectif : l'autosuffisance alimentaire. Elle peut également compter sur le soutien en demi-teinte de la Chine. 

Du point de vue financier, les stratégies de contournement des sanctions sont-elles possibles ? Pour Caroline Dufy, "la banque centrale russe a autorisé l'utilisation du bitcoin. Un certain nombre d'analystes avait trouvé ce résultat surprenant, mais on comprend maintenant que c'est une possibilité pour la Russie de dédollariser son économie. Mais est-ce économiquement fiable ? Les risques financiers et de fluctuations sont importants." La Russie est également soupçonnée de vouloir mener des actions assimilées à de la nationalisation, ce qui rendrait le territoire peu sûr sur le long terme. Cela dit, l'impact psychologique des sanctions est loin d'être négligeable : Florent Parmentier rappelle qu'"il y aussi un facteur psychologique dans les sanctions (...) : elles ont pour mission de s'attaquer à la confiance en économie, et c'est quelque chose de fondamental dans les transactions financières et les échanges internationaux."

Appauvrissement, précarité et contrôle renforcé de la population russe

Une strate de la population russe particulièrement visée par les sanctions peut jouer un rôle bien spécifique dans l'évolution des tensions, bien qu'il lui reste l'option des paradis fiscaux. Selon Olivier Dorgans, "les oligarques se voient privés de l'accès à l'espace occidental et ils se voient dépossédés de leurs biens, auxquels ils sont très attachés. En même temps, ils sont aussi très influents. C'est une grande inconnue : leur capacité d'intervention dans les choix politiques de Vladimir Poutine." Quant au reste de la population, spectatrice de la chute du rouble et du retrait de grandes enseignes occidentales (Apple, Ikea...), elle subit très concrètement les sanctions. Selon Caroline Dufy, "la population russe est habituée à un mode de vie très occidental. Le but des sanctions est donc de clairement diminuer le soutien des Russes à l'égard de Vladimir Poutine en provoquant leur mécontentement et en touchant directement à leur porte-monnaie. C'est une vraie nouveauté par rapport à 2014." Et si certaines oppositions à la guerre ont été revendiquées, le contrôle des populations se fait de plus en plus menaçant.

A propos des retombées économiques des sanctions sur les populations occidentales, Olivier Dorgans rappelle qu'"Emmanuel Macron a tout de suite souligné les conséquences économiques durables sur la population et mentionne un plan de résilience pour venir les contrer. (...) Le politique veut éteindre l'incendie, le feu social, avant qu'il ne démarre."

Références sonores

  • Déclaration de Bruno Le Maire, France 24, 1er mars 2022
  • Témoignages de Russes face à la montée des prix, JT de 13h, TF1, 27 février 2022
  • Les Russes face à l'inflation des prix et la dévaluation du rouble, Antenne 2, 1998

Références musicales

Putin, Putout (The Unofficial Russian Anthem) - Klemen Slakonja (2016)

Références

L'équipe

Somaya Dabbech
Réalisation
Thibaut Mommeja
Production déléguée
Aliette Hovine
Collaboration
Anna Kubiak
Stagiaire
Théo Giangreco
Stagiaire