Le béton fait aujourd'hui partie intégrante de notre environnement urbain contemporain, impliquant des enjeux esthétiques, architecturaux et environnementaux. ©Getty - Louis Koo
Le béton fait aujourd'hui partie intégrante de notre environnement urbain contemporain, impliquant des enjeux esthétiques, architecturaux et environnementaux. ©Getty - Louis Koo
Le béton fait aujourd'hui partie intégrante de notre environnement urbain contemporain, impliquant des enjeux esthétiques, architecturaux et environnementaux. ©Getty - Louis Koo
Publicité
Résumé

L’usage massif du béton armé a changé la face de l’architecture moderne. Matériau qui permet de construire rapide et pas cher, il est aussi polluant et nocif à de nombreux égards. Alors comment expliquer la frénésie du tout béton ?

avec :

Anselm Jappe (philosophe).

En savoir plus

Après le transistor, nous partons à la découverte d'une autre invention qui a changé l'économie, le béton. Si son usage est connu depuis l'Antiquité, c'est avec la Révolution industrielle qu'il est devenu le matériau phare de l'architecture moderne. Aujourd'hui, le ciment est plus consommé dans le monde que l'acier ou le plastique et les 2/3 des nouveaux logements sont construits en béton. Comment nos sociétés sont devenues accros à ce mélange de ciment, de sable et d'eau?    

Pour en parler, Tiphaine de Rocquigny reçoit Anselm Jappe, philosophe.

Publicité

L'avènement du règne du béton 

Selon Anselm Jappe, "l'écroulement du pont de Gènes a démontré que tout ce qui se disait dans les années 1960, moment de la grande époque du béton, est invalidé aujourd'hui. On pensait , au départ, qu'il s'agissait d'un matériau éternel mais on prend de plus en plus conscience qu'il est doté d'une espérance de vie limitée dans le temps. Cinquante plus tard, alors que le monde entier a été recouvert de béton, on peut légitimement se demander si l'écroulement de Gènes n'est pas le premier d'une longue série, d'autant que le béton demande des entretiens de maintenance et de vérification très couteux". 

Selon Anselm Jappe, "dans les années 1950-1960, on construisait partout en Europe des bâtiments faits en béton armé. Cette situation était liée au fait qu'il fallait répondre à une demande, à un besoin important de logements de par les destructions provoquées par les bombardements lors de la Seconde Guerre mondiale, comme en Allemagne et en Pologne. Cependant, c'est bien l'exode rural et l'arrivée massive de populations paysannes dans les villes qui a conduit à la démocratisation et surtout à la massification de l'usage du béton armé. Le béton armé, bien que de moins bonne qualité, a cette particularité d'être relativement abordable, ce qui a permis, grâce à ce matériau économique, de répondre à cette demande en pleine croissance de nouveaux bâtiments".  

Cependant, pour Anselm Jappe, "o_n peut également pleinement considérer le béton comme un des symboles du capitalisme, d'une véritable logique d'extension capitaliste. On retrouve cette idée au niveau social étant donné que le béton a accompagné cette pénétration du capitalisme dans les modes de vie,  principalement à partir de la période des Trente Glorieuses, qui est alors la cause d'une certaine uniformisation, à l'échelle sociale, des lieux de vie"._ 

Abolir le béton ? 

Entre 1950 et 2019, la production mondiale de ciment est passée de moins de 200 millions de tonnes par an à 4,4 milliards, c’est-à-dire qu’elle a été multipliée par 22 en l’espace de 70 ans, un taux de croissance trois fois plus rapide que celui de l’acier. Depuis 2003, la Chine a utilisé tous les trois ans plus de béton que les États-Unis pendant tout le XXe siècle.
La banalisation et la massification de l'usage du béton a ainsi eu des répercussions environnementales et architecturales très importantes.  

Selon Anselm Jappe, "le béton a des conséquences environnementales absolument indéniables étant donné que sa production conduit à l'émission importante de gaz à effet de serre. Cependant, bien que la décarbonisation du béton soit un enjeu fondamental, il ne faut pas oublier que le béton est aussi une source de pollution visuelle. Il s'agit d'un des plus grands dommages causé par le béton, soit celui d'un certain appauvrissement du monde et la destruction de la construction traditionnelle".  

Selon Anselm Jappe, "la population stagne en Europe depuis quelques décennies, il n'y a donc plus de grande nécessité de construire de nouveaux bâtiments. Il y a évidemment des personnes qui sont mal-logées mais on peut trouver des solutions alternatives, comme en utilisant des bâtiments non utilisés ou mal-utilisés. Sans parler d'un arrêt absolument immédiat de toute construction en béton, il faudrait en tout cas tendre vers une consommation résolument plus raisonnée de ce matériau. Le béton peut donc être utile pour ce qui est de la fondation des maisons. Pour tout dire, ce n'est pas le béton qui est problématique en soi, mais bien son usage massif et le fait que cet usage obéisse à des critères économiques et sociaux et non à des critères esthétiques".       

Références sonores 

  • Témoignages autour de la catastrophe du Pont Morandi à Gênes, 2018 
  • lecture d’un extrait du célèbre traité de De architectura de Vitruve de - 15
  • Lecture d’un extrait de I.G.H, troisième volet de La trilogie de béton de J. G. Ballard (2014)
  • Interview d'Auguste Perret sur la reconstruction du Havre, 1945
  • Du bidonville au HLM : l'exemple de Champigny, 1967
  • Entretien avec Le Corbusier, 1962
  • Un défenseur du béton : l’architecte Rudy Ricciotti, France Culture, 2020 

Références musicales 

Il ragazzo della Via Gluck - Adriano Celentano (1966) 

Références

L'équipe

Somaya Dabbech
Réalisation
Thibaut Mommeja
Production déléguée
Aliette Hovine
Collaboration