Henri de Toulouse-Lautrec, à l'image de cette peinture faite au Cafe La Mie en 1891, a souvent mis en scène l'alcool et le monde de la nuit dans ses oeuvres
Henri de Toulouse-Lautrec, à l'image de cette peinture faite au Cafe La Mie en 1891, a souvent mis en scène l'alcool et le monde de la nuit dans ses oeuvres
Henri de Toulouse-Lautrec, à l'image de cette peinture faite au Cafe La Mie en 1891, a souvent mis en scène l'alcool et le monde de la nuit dans ses oeuvres ©Getty - Picturenow
Henri de Toulouse-Lautrec, à l'image de cette peinture faite au Cafe La Mie en 1891, a souvent mis en scène l'alcool et le monde de la nuit dans ses oeuvres ©Getty - Picturenow
Henri de Toulouse-Lautrec, à l'image de cette peinture faite au Cafe La Mie en 1891, a souvent mis en scène l'alcool et le monde de la nuit dans ses oeuvres ©Getty - Picturenow
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Résumé

La montée en puissance des initiatives telles que le Dry January ou la mise en place de politiques de santé publique prouvent une réelle prise de conscience sociétale autour des conséquences de l'alcool. Cependant, en France, il occupe encore une place économique, politique et culturelle forte.

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Emmanuel Macron, président de la République, aurait avoué boire du vin “le midi et le soir”, portant ainsi sa consommation d’alcool à 14 verres par semaine. Ce niveau de consommation est de quatre verres supérieure aux recommandations des experts indépendants réunis par Santé Publique France et qui ont défini un seuil limite de 10 verres standard, soit 100 grammes d’alcool pur à ne pas dépasser pour que l’alcool n’impacte pas trop sa santé.

Selon une étude de 2018 du statisticien britannique David Spiegelhalter, professeur à la Cambridge University, chaque verre, au-delà des 10 par semaine, raccourcissait la vie de 15 minutes. Cependant, ces seuils limites varient selon les pays. La Corée du Sud, le Japon, l’Espagne ou l’Estonie suggèrent qu’il ne faut pas dépasser 40 grammes d’alcool pur… par jour, soit 280 grammes par semaine.
Malgré le caractère quelque peu arbitraire de ces niveaux de consommation "raisonnable", celle-ci reflète dans tous les cas l’impact négatif de l’alcool sur la santé des individus et la nécessité de mettre en place des politiques permettant de limiter les abus ; d’autant qu’en France, l’alcool est la deuxième cause de mortalité évitable après le tabac.

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Selon Pierre Kopp, "il faut sortir de cette idée que les américains auraient forcément une consommation irresponsable par rapport aux français qui, avec leur culture du vin, boiraient avec modération. Quand on voit qu'il y a chaque année 41 000 décès des conséquences de l'alcool en France, on voit bien qu'il ne s'agit pas de consommation plaisir".  

Cependant, le rapport qu'entretiennent les individus avec l’alcool commence à se modifier, face à la montée en puissance de prises de conscience individuelle et collective sur les effets négatifs des boissons alcoolisées sur la santé. Dans un contexte global de développement de l’économie du bien-être, qui appelle à revoir ses habitudes de consommation, le "Dry January" illustre les prises de conscience sociétales qui ont mené à une baisse des niveaux de consommation depuis les années 1960. Cette initiative, portée par des associations, prouve également que les sociétés commencent à questionner leur rapport à l’alcool et à se placer dans une démarche où la santé individuelle et collective est un enjeu primordial.

Pourtant, les boissons alcoolisées font pleinement partie de notre quotidien. Plus que le fait de consommer une boisson enivrante, boire de l’alcool est un acte social qui s’inscrit au cœur d’une histoire collective. En France, l’importance économique et culturelle du vin reflète pleinement le fait que l’alcool a joué - et joue encore mais de manière différente - un rôle structurant dans les sociétés. Considéré comme une boisson dotée de bienfaits sanitaires et médicaux au Moyen Âge, voire comme un aliment du XIXe siècle jusqu’aux années 1960, le vin semble  encore être considéré comme un indispensable auprès de nombreux Français, symbolisant le terroir, la gastronomie, voire l’art de vivre du pays.

Selon Magalie Dubois, "La France est un pays qui est historiquement et culturellement lié au vin depuis le VIIème millénaire. Les premières exploitation de vignes datent de -600. C'est avec la conquête romaine, puis la christianisation de l'Europe que la production s'est répandue dans tout le pays (...) Par la suite, durant le Moyen-Age, la consommation de vin était principalement motivée pour des raisons sanitaires étant donné que l'eau était souvent impropre à la consommation". 

Une dichotomie semble alors s’installer entre la défense d’une production employant plus de 500 000 personnes en France et la mise en place de politiques de santé publique nécessaires à la prévention contre les risques et les abus liés à une consommation d’alcool excessive. Entre une vision des lobbys de l'alcool défendant le caractère déterminant, structurant du vin dans l’économie, et les exportations françaises, et une autre, celle des associations, présentant la consommation excessive d’alcool comme une menace pour la santé publique, il s’agit d’un débat économique, social, politique et sanitaire majeur pour un pays où la culture de l’alcool reste, malgré les niveaux de consommation en baisse depuis les années 1960, encore centrale.

Selon Pierre Kopp, " On constate une omniprésence d'acteurs, une armée de lobbyistes financés par les producteurs d'alcool pour faire face aux chercheurs et aux associations qui luttent pour faire valoir les intérêts de la santé publique. L'argument clé des lobbys de l'alcool c'est de les faire passer pour des groupes hygiénistes qui ne connaissent pas la culture de la France"
"Il faut dans tous les cas plus de prévention et d'explication, un mode de taxation qui soit fondé sur la quantité d'alcool contenu dans la boissons de façon à faire progressivement baisser la consommation excessive". 

Pour comprendre l'ensemble des enjeux économiques, politiques, culturels et sanitaires qui entourent la consommation d'alcool en France, Tiphaine de Rocquigny s'entretient avec Magalie Dubois, économiste spécialiste du vin, attachée de recherche à la Burgundy School of Business et Pierre Kopp, professeur de sciences économiques à la Sorbonne et avocat au barreau de Paris.

Références sonores 

Références musicales 

Dernier Verre - Orelsan (2021)

Masque d'or - Fishbach (2021)

Références

L'équipe

Somaya Dabbech
Réalisation
Thibaut Mommeja
Production déléguée
Aliette Hovine
Collaboration