Femme réprimandant le personnel domestique
Femme réprimandant le personnel domestique ©Getty - Britt Erlanson
Femme réprimandant le personnel domestique ©Getty - Britt Erlanson
Femme réprimandant le personnel domestique ©Getty - Britt Erlanson
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Que se passe-t-il dans les maisons des plus fortunés ? Comment s’y organise et s’y délègue la vie domestique ?

Avec
  • Alizée Delpierre docteure en sociologie au CSO (Centre de sociologie des organisations) de Sciences Po Paris
  • Bruno Cousin sociologue à Sciences-Po.

Que se passe-t-il dans les maisons des riches ? La question de la domesticité semble redevenir à la mode, face à la persistance farouche que montrent les grandes fortunes à se faire servir par autrui. Il suffit de regarder les films oscarisés des dernières années pour saisir l’ampleur de ce que Bruno Cousin désigne comme “une quasi-obsession contemporaine”. De Green book (Peter Farrelly, 2018) à Parasite (Bong Joon Ho, 2019) en passant par Once upon a time… in Hollywood (Quentin Tarantino, 2019), les films mettent tous en scène des relations entre patrons et domestiques.

Le recours à des employés de maison n’est pas seulement caractéristique des ultra-riches. Une grande partie des classes supérieures et un certain nombre de ménages issus des classes moyennes emploient ainsi, quelques heures par semaine, une femme de ménage, un professeur particulier ou une jardinière. Mais la domesticité des ultra-riches présente plusieurs spécificités.

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La domesticité auprès des plus fortunés : l'organisation du marché

Les sociologues des années 1960 prévoyaient la fin de la domesticité, dans la continuité d’une décrue amorcée au début du XXe siècle. Pourtant, elle persiste et s’ancre chez les plus riches, alors même que l’entre-soi progresse au sommet de la hiérarchie sociale. Selon Bruno Cousin "d'un côté il y a une augmentation de la ségrégation sociale à plusieurs niveaux, les quartiers riches sont de plus en plus homogènes, les écoles aussi, ainsi que les environnements professionnels. Et de l'autre côté, on constate une augmentation du recours aux employés de maison, qui sont issus des classes populaires pour ceux qui s'occupent des tâches d'entretien ou de ménage, et du personnel qui aide dans d'innombrables aspects de la vie des employeurs, en les aidant à reproduire des compétences, comme précepteurs ou professeurs particuliers, voire organisateurs de fêtes et de rencontres".

Avoir recours du personnel d'origine sociale de la classe moyenne ou supérieure, c'est une manière de se distinguer au sein de l'élite, Alizée Delpierre précise "recruter des employés domestiques permet de montrer qu'on a de la richesse, c'est une forme de consommation ostentatoire, avoir un majordome ou une gouvernante est un signe particulièrement distinctif. Toutes les familles n'en ont pas".

Patron-domestique : une relation professionnelle à part ?

La nature de la relation entre les patrons et les domestiques est complexe à saisir. Les deux parties empruntent régulièrement au registre de la famille pour la désigner, pourtant cette relation reste profondément asymétrique. D'après Alizée Delpierre "ce sont des très relations ambivalentes qui vont se tisser entre le personnel et leurs employeurs et au sein même du personnel, car les employés de maison savent tout de leurs employeurs, leurs petites habitudes, leur intimité etc... ils sont conscients de détenir la vérité dans les coulisses de la vie des ultra-riches et cela les rend très sensibles aux émotions de leur patron". Par ailleurs, le service à domicile chez les grandes fortunes est un secteur où le droit du travail s’applique relativement peu. Selon Alizée Delpierre "dans les textes, les employés de maison, bénéficient d'un droit de type dérogatoire. Il existe une Convention nationale des particuliers employeurs, qui est indépendante du droit du travail. Aujourd'hui encore, les employés domestiques ne sont pas couverts de la même manière que les autres salariés et il n'y a pas d'inspection du travail qui va au domicile des employeurs. Ces deux éléments sont propices aux abus".

Références sonores

  • Extrait de Mary Poppins, réalisé par Robert Stevenson, 1965
  • Extrait de la série Downton Abbey, saison 5 épisode 3
  • Extrait de La Série Documentaire, France Culture, “ Du service à l’asservissement” (série “A votre service” épisode 2/4) diffusé le 6 avril 2021. Témoignage de Lydia Lécher, gouvernante.
  • Extrait Les Femmes du 6e étage, réalisé par Philippe Le Guay, 2011
  • Lecture d’un extrait des Bonnes de Jean Genet

Références musicales

Bibliographie

  • Alizée Delpierre, Servir les riches. Les domestiques chez les grandes fortunes (L'envers des faits, La Découverte, 2022)
  • Serge Paugam, Bruno Cousin, Camila Giorgetti, Jules Naudet, Ce que les riches pensent des pauvres (Seuil, 2017)

L'équipe

Tiphaine de Rocquigny
Tiphaine de Rocquigny
Aliette Hovine
Production déléguée
Somaya Dabbech
Réalisation
Vivian Lecuivre
Réalisation
Mathilde Thon-Fourcade
Collaboration
Laurence Jennepin
Collaboration
Diane de Vanssay
Collaboration
Margot Bolotny
Stagiaire