O'Brother : Pete (John Turturro), Delmar (Tim Blake Nelson) et Everett Ulysses Mcgill (George Clooney) ©Getty - Hulton Archive
O'Brother : Pete (John Turturro), Delmar (Tim Blake Nelson) et Everett Ulysses Mcgill (George Clooney) ©Getty - Hulton Archive
O'Brother : Pete (John Turturro), Delmar (Tim Blake Nelson) et Everett Ulysses Mcgill (George Clooney) ©Getty - Hulton Archive
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Résumé

Le rêve américain est chez les frères Coen éminemment présent mais sur un mode sans cesse satirisé ou parodié. Les deux réalisateurs, dont les films sont les miroirs déformants d’un rêve non abouti, élaborent une vision d’une Amérique fantasmée mais déceptive.

avec :

Julie Assouly (Maître de conférences en Civilisation américaine à l’université d’Artois, spécialiste de cinéma).

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Si les frères Coen reprennent de nombreux lieux communs de l’imaginaire américain, ils le font sur le mode du mirage. Dans leurs films, le mirage du rêve américain jamais atteint devient en fait le mirage d’une Amérique en crise - d’un modèle qui ne fonctionne pas. Victimes d’ambitions démesurées ou martyrs d’un système qui les écrase, les héros coeniens semblent tous voir leur rêve de richesse et de confort leur échapper. Les frères Coen établissent dans leur filmographie un projet de déconstruction qui met en cause non seulement les valeurs américaines mais ouvrent les yeux sur les fantasmes économiques d’une société qui se leurre.

Le modèle américain dévoyé : une esthétique du décalage

Selon Julie Assouly "les frères Coen se saisissent dans leur film du rêve américain, mais pour mieux le détourner. Ils montrent surtout la pression qui s'exerce sur le héros américain, sur l'homme de famille américain qui doit absolument être celui qui va ramener l'argent dans le foyer et qui doit absolument obtenir un statut social digne de ce nom".

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Elle ajoute : "Ce n'est pas la norme qui rend fou, c'est plutôt la pression. La pression de réussite pousse aux plus grands excès et rend irrationnel. Les personnages des frères Coen ne sont pas fous, ils sont excentriques et ils sont mal adaptés à la société qui les entoure".

Le détournement du rêve américain autour de la figure du anti-héros

Pour Julie Assouly : "Il y a cette idée chez les Coen de créer des personnages un peu idiots mais de se moquer aussi des intellectuels. C'est à double tranchant car ils vont d'un côté recréer cet idiot américain qui est une des racines de la société américaine (selon Mencken) et qui viendrait de ce désir consumériste et de réussite à tout prix. De l'autre côté, ils vont aussi critiquer les intellectuels qui se croient au dessus de ces personnages là. C'est un portrait de l'Amérique qui est finalement très égalitaire puisqu'ils ne vont pas simplement traiter l'Américain moyen d'idiot, mais aussi celui qui se trompe, qui se croit au dessus".

Elle ajoute : "Dans le cinéma des frères Coen, il y a un côté satirique, parodique, qui joue avec le pastiche. Il y a un commentaire sur la société américaine, mais qui reste humoristique et n'est pas militant. Il n'y a pas réellement de morale la fin des films des frères Cohen. C'assez difficile de les cataloguer comme étant des cinéastes militants parce qu'ils n'essayent pas d'imposer leur façon de voir les choses. Ils essayent de faire rire leur public à travers leurs portraits caustiques de la société américaine. L'humour se niche précisément dans le détournement".

Références sonores

  • Extrait de Fargo des Frères Coen (1996)
  • Extrait de Arizona Junior des Frères Coen (1987)
  • Extrait de O'Brother (2000)
  • Extraits de The Big Lebowski (1998)
  • Extrait du Grand Saut (1994)

Références musicales

I am a man of constant sorrow - Bande originale de O'brother (2000)**

Sacatela - La Femme (2022)