Drapeau allemand et européen devant le bâtiment du Reichstag à Berlin
Drapeau allemand et européen devant le bâtiment du Reichstag à Berlin ©Getty - fhm
Drapeau allemand et européen devant le bâtiment du Reichstag à Berlin ©Getty - fhm
Drapeau allemand et européen devant le bâtiment du Reichstag à Berlin ©Getty - fhm
Publicité

Quelle est la responsabilité du modèle économique allemand dans les difficultés de l’Europe ?

Avec
  • Elvire Fabry Chercheuse en charge de la politique commerciale à l'institut Jacques Delors, spécialiste de l'action extérieure de l'UE et des négociations TTIP
  • François Geerolf économiste à l’OFCE, chercheur et professeur associé à Sciences Po Paris

Alors que la récession menace l’Europe, risque-t-on une “grande fragmentation” du marché unique européen ? Tous les yeux sont aujourd’hui tournés vers l’Allemagne. Annoncé le 29 septembre et dévoilé le 02 novembre, le bouclier tarifaire déployé par Berlin à 200 milliards d’euros fait trembler les partenaires européens. En effet, ce plan risque de créer une fracture économique et sociale au sein de l'Union européenne. Par ailleurs, le voyage du chancelier Allemand Olaf Scholz en Chine a suscité beaucoup de réactions, à la fois en Allemagne et en Europe.

Les risques qui pèsent sur les économies Européennes et Allemandes

L'Union européenne fait partie des économies les plus exposées à la guerre en Ukraine, en raison de sa proximité géographique avec la guerre et de sa forte dépendance à l'égard des importations de gaz en provenance de Russie.

Publicité

Selon François Geerolf "la Commission européenne prévoit maintenant pour la zone euro aussi bien que pour l'Europe des 27 pays une croissance presque nulle pour 2023, de l'ordre de 0,3 % et avec des récessions prévues dans certains pays. La situation se dégrade de plus en plus rapidement en Europe et en Allemagne également. L'économie allemande est traditionnellement plutôt tournée vers l'extérieur, elle a besoin de la croissance des marchés mondiaux, quand celle-ci ralentit comme c'est le cas actuellement, l'Allemagne souffre tout particulièrement. Par ailleurs, l'Allemagne est confrontée à des difficultés internes liées au poids de son industrie, notamment à son industrie chimique qui utilise énormément de gaz, dont le prix a beaucoup augmenté, à la fois comme source d'énergie mais également comme matière première". Par ailleurs, ce qui inquiète aujourd'hui, ce sont les risques de délocalisation, Elvire Fabry complète "il y a une inquiétude particulière en Allemagne concernant le secteur automobile. Ce secteur représente 10 % du PIB allemand, 800 000 employés en Allemagne, cette industrie est en pleine transformation pour passer à l'automobile électrique et elle subit de plein fouet la mesure protectionniste américaine. Cette mesure octroie aux consommateurs américains des réductions d'impôts à l'achat d'une nouvelle automobile électrique de l'ordre de 7 500 dollars, sous condition de contenu local. C'est-à-dire qu'il faut les batteries contiennent 40 % de minerais extraits aux Etats-Unis et que le véhicule lui-même ait été assemblé aux Etats-Unis, ce qui provoque une concurrence brutale pour les constructeurs européens et en particulier allemands et que la tentation est très forte de délocaliser des usines aux Etats-Unis".

Comment l’Allemagne défend-elle ses intérêts ?

Face aux risques de récession, l’Allemagne a dévoilé un plan de soutien de 200 milliards d’euros à son économie, qui viennent s'ajouter aux 65 milliards déjà prévus. Il s'agit d'un plan de soutien aux ménages et aux entreprises. Selon François Geerolf "en France, on a plutôt fait un plan de soutien aux ménages, connu sous la forme du bouclier tarifaire, les prix de l'électricité et du gaz auraient dû être multipliés par 2, voire un peu plus et en fait, l'augmentation n'a été que de 15 %, avec une augmentation supplémentaire qui va bientôt arriver. En Allemagne, les ménages ont été beaucoup moins aidés que les entreprises. En revanche les entreprises sont aidées à un niveau très supérieur, à hauteur de 90 milliards d'euros, comparé aux 10 milliards d'euros pour aider les entreprises françaises". Par ailleurs, l'Allemagne a été très critiquée lorsque Olaf Scholz s'est rendu seul à Pékin au début du mois de novembre, Elvire Fabry précise "dans un contexte géopolitique compliqué, avec un affrontement de plus en plus ouvert entre les Etats-Unis et la Chine, l'Union européenne doit se poser la question de sa dépendance à certains approvisionnements chinois et on sait que l'Allemagne est très intégrée au marché chinois, elle a eu tendance ces dernières années à réduire ses échanges commerciaux intra-européens pour renforcer sa dépendance au marché chinois, alors que l'Allemagne prépare une Stratégie Chine qui devrait être publiée début 2023, on a le sentiment que le chancelier Scholz est parti à Pékin en annonçant que le monde avait changé alors qu'il renoue avec une tradition de diplomatie économique comme celle d'hier".

Références sonores

  • Siegfried Russwurm , président de BDI, Federation of German Industries, le 20 octobre 2022 sur le plateau de ZDF, “Der Polit-Talk”
  • Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur, dans Face-à-face sur BFMTV, le 21 octobre 2022
  • Extrait d’un discours d'Olaf Scholz - Conf de presse de Scholz à Singapour, le 14 novembre 2022

Références musicales :

Geister, par Masha Qrella
Mama, par Pabi Cooper, Feat. Khanyisa, Yumbs and Lieba

L'équipe

Tiphaine de Rocquigny
Tiphaine de Rocquigny
Aliette Hovine
Production déléguée
Somaya Dabbech
Réalisation
Mathilde Thon-Fourcade
Collaboration
Laurence Jennepin
Collaboration
Diane de Vanssay
Collaboration
Margot Bolotny
Stagiaire