Pénuries : faut-il relocaliser l’industrie du médicament ?

Technicien en pharmacie préparant des médicaments dans une pharmacie à Paris, 09/01/2023
Technicien en pharmacie préparant des médicaments dans une pharmacie à Paris, 09/01/2023 ©AFP - ALAIN JOCARD / AFP
Technicien en pharmacie préparant des médicaments dans une pharmacie à Paris, 09/01/2023 ©AFP - ALAIN JOCARD / AFP
Technicien en pharmacie préparant des médicaments dans une pharmacie à Paris, 09/01/2023 ©AFP - ALAIN JOCARD / AFP
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Paracétamol et Amoxicilline en rupture de stock : des pénuries qui mettent en lumière la fragilité des chaînes d’approvisionnement pharmaceutiques, et la nécessité de penser une politique industrielle du médicament made in France.

Avec
  • Nadine Levratto Économiste et directrice de recherches au CNRS
  • Nathalie Coutinet Economiste à l’université de Sorbonne Paris Nord et chercheuse au Centre d’économie de l’université de Paris-Nord (CEPN)
  • Pauline Londeix co-fondatrice de l'Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament (OTMeds)

Alors que l'épidémie de Covid-19 continue de solliciter les chaînes de production, la France manque de paracétamol. En 2021, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, 2 160 médicaments ont fait l’objet de signalements de rupture ou de risque de rupture de stock. Selon Nadine Levratto "il n'y a pas que la France qui est impactée et ce ne sont pas uniquement les médicaments liés au Covid qui font défaut, d'autres molécules comme la cortisone ou l'amoxicilline sont absentes des officines. La situation en Chine bien sûr vient s'ajouter aux tensions d'un secteur qui est en grande difficulté, les motifs de rupture ont évolué dans le temps mais on observe une hausse régulière très nette à partir de 2016". Par ailleurs, la demande mondiale en médicaments croit un peu plus vite que les capacités de production, en raison notamment du vieillissement de la population, Nathalie Coutinet ajoute "effectivement la demande de molécule a tendance à augmenter, pas uniquement en raison du vieillissement de la population, mais aussi parce qu'il y a un certain nombre de pays dits émergents qui deviennent des consommateurs de médicaments de manière croissante. Notamment la Chine, mais aussi le Brésil et certains pays du Maghreb ont développé des systèmes de protection sociale ou d'assurances privées qui font que les populations, et on peut s'en réjouir, consomme de plus en plus de médicaments, mais du coup cela génère des tensions sur certaines molécules. La demande d'amoxicilline a doublé par rapport à l'année dernière, en raison notamment de la levée de gestes barrières et du retour des pathologies hivernales, et par ailleurs c'est surtout sur les versions pédiatriques qu'il y a des tensions". Pauline Londeix complète "la hausse de la demande mondiale de molécules est bien multifactorielle. Il y a la pandémie, et il ne faut pas oublier les proportions en Chine, le rebond de l'épidémie de Covid en Chine a des répercussions très importantes sur la consommation de médicaments puisqu'on estime que d'ici au mois de juin 2023, 1,2 milliard de personnes en Chine seront touchées par le Covid, ce qui est énorme. Par ailleurs, la hausse des prix de l'énergie due à la guerre en Ukraine impacte les choix industriels qui sont faits, notamment par certains sous-traitants de firmes pharmaceutiques qui produisent de la matière première. On sait que la matière première utilisée pour produire des antibiotiques consomme énormément d'énergie, certains industriels préfèrent donc ne pas lancer de la production supplémentaire pour combler les besoins, aussi pour des raisons économiques".

Pour aller plus loin

  • Philippe Abécassis, Nathalie Coutinet : Economie du médicament (La Découverte, 2018)
  • Pauline Londeix et Jérôme Martin : Combien coûtent nos vies ? Enquête sur les politiques du médicament (coll. Amorce, 10-18, 2022)

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