Pendant longtemps, la femme s’est trouvée du côté du patrimoine et l’homme des flux : elle apportait le capital, avec la dot, et son époux en était le gestionnaire.
Pendant longtemps, la femme s’est trouvée du côté du patrimoine et l’homme des flux : elle apportait le capital, avec la dot, et son époux en était le gestionnaire.
Pendant longtemps, la femme s’est trouvée du côté du patrimoine et l’homme des flux : elle apportait le capital, avec la dot, et son époux en était le gestionnaire. ©Getty - Heritage Images
Pendant longtemps, la femme s’est trouvée du côté du patrimoine et l’homme des flux : elle apportait le capital, avec la dot, et son époux en était le gestionnaire. ©Getty - Heritage Images
Pendant longtemps, la femme s’est trouvée du côté du patrimoine et l’homme des flux : elle apportait le capital, avec la dot, et son époux en était le gestionnaire. ©Getty - Heritage Images
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Résumé

Moins dotées en patrimoine et mises à l’écart de leur gestion, les femmes se retrouvent depuis longtemps en situation d’infériorité quant à la propriété de biens et de revenus, dans le couple notamment. « La propriété, c'est le vol » … de la femme ?

avec :

Claire-Lise Gaillard (doctorante en histoire à l'Université Panthéon-Sorbonne (Paris I)), Sibylle Gollac (Sociologue au CNRS au sein de l’équipe « Culture et sociétés urbaines » du Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris).

En savoir plus

Au moment de la Révolution française, le député Amar a cette phrase : « C'est pour n'avoir pas de roi pour la France qu'on en veut un dans chaque famille. » Le Code civil concrétise cette idée en 1804 en faisant un transfert d'autorité du roi sur ses sujets au mari sur l'épouse. - Claire-Lise Gaillard

Au XIXe siècle, le Code civil empêche l’épouse de bénéficier de ses propriétés sans le consentement de son mari. La common law est à l'époque encore plus sévère : en Grande-Bretagne, la femme n’était que l’extension juridique de son mari, c’est-à-dire qu’elle perdait tout contrôle sur ses biens une fois mariée. Pendant longtemps, c’est le mariage, institution de la « marchandisation » des femmes, qui permet, avec la dot, la circulation du patrimoine de la femme quand les hommes en sont les fructueux gestionnaires. En outre, une fois mariée, le travail domestique, gratuit et non reconnu comme tel, est un autre témoignage de la marchandisation de la femme comme capital au sein du couple.

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Sur le marché matrimonial, au XIXe siècle, les femmes sont déterminées par le passé quand les hommes représentent l'avenir. En effet, les femmes arrivent sur le marché matrimonial avec des capitaux déterminés à la génération précédente, leur héritage et leur dot sont joués d'avance, alors que les hommes arrivent sur ce marché avec des promesses de faire fructifier le capital qu'on leur propose à la gestion. - Claire-Lise Gaillard

En France, la loi a évolué depuis le Code Napoléon. En 1965, elle met fin à l’incapacité des épouses à gérer leurs biens et les dote de la capacité juridique. Cette neutralité formelle, récemment acquise, n’empêche cependant pas le maintien, voire le développement d’inégalités entre hommes et femmes, dans sa mise en œuvre.

En effet, malgré les avancées sociales et la mise en place d’un droit supposé neutre, les inégalités de genre s’expriment fréquemment à travers différents mécanismes de domination masculine, si bien que l’inégalité patrimoniale entre hommes et femmes est passée de 9 % en 1998 à 16 % en 2015. Comment expliquer la persistance de telles disparités ? Dans quelle mesure peut-on parler de l’existence de droits genrés de propriété sur le patrimoine et de modalités genrées d’exercice de ces droits ? 

Aujourd'hui, dans les classes supérieures, les hommes sont beaucoup plus socialisés à s'occuper du patrimoine alors que dans les classes populaires, ce sont les femmes qui sont en première ligne pour gérer l'argent. Plus on monte dans les niveaux de richesse, plus les hommes ont le monopole de la connaissance de l'argent, du droit et des rapports avec les professionnels de la gestion de fortune. - Sibylle Gollac

Par quels mécanismes les femmes ont-elles été maintenues à l'écart de la propriété ? Pour en parler, nous avons fait appel à Claire-Lise Gaillard, doctorante à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne et à Sibylle Gollac, sociologue au CNRS au sein de l’équipe « Culture et sociétés urbaines » du Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris. 

À réécouter : L'inégalité au travail

Références sonores

  • Extrait du film « La Reine Margot »  de Patrice Chéreau (1993)
  • Extrait du film « Orgueil et Préjugés » de Joe Wright (2005)
  • Lecture d'un extrait de Comment on se marie d'Emile Zola (1893)
  • Lectures d'annonces extraites du Trait d'Union Universel, journal matrimonial de l'agence de Madame Reine d'Est, une marieuse lyonnaise, entre 1889 et 1890
  • Archive : micro-trottoir après le passage de la loi de 1965 (INA)
  • Extrait du film « L'économie du couple » de Joachim Lafosse (2016)

Références musicales

  • « You don't own me » - Lesley Gore
  • « Dolce song » - Fabio Viscogliosi

Pour aller plus loin : 

Le dernier article publié par notre invitée Claire-Lise Gaillard : « Dans les coulisses d’une agence matrimoniale (Paris, 1842-1847) »

Références

L'équipe

Margaux Boulte
Collaboration
Marguerite Catton
Production déléguée
Philippe Baudouin
Réalisation
Aliette Hovine
Collaboration
Anne Depelchin
Réalisation