Qui veut embaucher des seniors ? : épisode 2/3 du podcast Retraites : les raisons de la colère

Patrice, un senior, travaille avec l'apprenti de 17 ans Kevin dans un garage à Hérouville-saint-Clair, dans le nord de la France, le 24 avril 2008.
Patrice, un senior, travaille avec l'apprenti de 17 ans Kevin dans un garage à Hérouville-saint-Clair, dans le nord de la France, le 24 avril 2008. ©AFP - MYCHELE DANIAU / AFP
Patrice, un senior, travaille avec l'apprenti de 17 ans Kevin dans un garage à Hérouville-saint-Clair, dans le nord de la France, le 24 avril 2008. ©AFP - MYCHELE DANIAU / AFP
Patrice, un senior, travaille avec l'apprenti de 17 ans Kevin dans un garage à Hérouville-saint-Clair, dans le nord de la France, le 24 avril 2008. ©AFP - MYCHELE DANIAU / AFP
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Comment la réforme des retraites met-elle en lumière l’absence de véritable politique de l’emploi des séniors ?

Avec
  • François Langot économiste, professeur à l’Université du Mans, chercheur affilié à l’école d’économie de Paris.
  • Anne-Marie Guillemard Professeur de Sociologie à Paris-Descartes

Aujourd’hui, le taux d’emploi des 55-64 est de 56,1 %, mais chez les 60-64 ans, ce même taux chute drastiquement puisque seulement 34 % de cette tranche d’âge ont un emploi. Et la France fait figure de mauvaise élève au sein des pays de l’OCDE, puisque la moyenne concernant le taux d’emploi des plus de 60 ans est de 46,4 % au sein de l’Union européenne.

Augmenter l'âge de départ à la retraite alors que le taux d’emploi des seniors est déjà bas : une équation impossible à résoudre pour le gouvernement ?

Selon François Langot "En France, on a connu des réformes à contre-courant depuis les années 80. Le taux d'emploi est bas parce qu'on a récupéré un taux d'emploi qui était en 1995 à 30 % chez les 55-64 ans... il y a eu deux idées folles en France qui ont été d'une part de considérer qu'en enlevant le travail d'un sénior, on pouvait redonner une place à un jeune et d'autre part de considérer qu'un sénior au travail était potentiellement plus facilement licenciable et devenait un chômeur et qu'il valait mieux lui donner la retraite plutôt qu'il recherche un nouvel emploi. Ces deux idées, qui n'ont jamais été observées dans les faits, il faut bien voir qu'en reculant l'âge de la retraite, on n'a jamais fait diminuer le chômage des jeunes en France. Ces idées ont conduit à mettre en place des politiques qui ont sabordé l'idée que l'on pouvait anticiper qu'une personne âgée avait un potentiel pour un ensemble social, que ce soit une entreprise, une association etc. et donc on l'a exclue du monde du travail, de la production et même du lien social".  Anne-Marie Guillemard ajoute "Nous avons été le pays qui a fait le plus de préretraites, le plus massivement et pendant 30 ans, cela laisse des traces. A partir de comparaisons internationales, on peut caractériser la France comme le pays de la culture de la sortie précoce, par rapport aux autres pays voisins. Il y a une sorte d'accord tacite entre patronat, organisations professionnelles et salariées encourageant à sortir tôt. Il y avait ce mot d'ordre à une époque de la CGT 'il vaut mieux un retraité qu'un chômeur'... Aujourd’hui la situation est différente".

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Comment faire pour que les entreprises gardent les seniors et les embauchent ?

Retrouver un emploi quand on est proche de la retraite relève souvent de l’impossible. Ce qui freine l'embauche des seniors ce sont aussi les idées reçues sur leur "inemployabilité" mais aussi un vrai manque de formation, Anne-Marie Guillemard ajoute "il faut sortir de cette idée "maintien en emploi des seniors" pour penser de manière dynamique et préventive les secondes parties de carrière. Il faut gérer les parcours de seconde partie de carrière et ce n'est pas ce que l'on trouve dans les petites propositions étriquées sur les questions de marché du travail dans ce projet de réforme des retraites " ; François Langot complète "la formation dès 40 ans c'est fondamental. Il ne faut pas oublier que les entreprises investissent sur les seniors, un senior gagne en moyenne trois plus qu'en débutant dans l'entreprise. Les entreprises savent que la productivité de ces personnes est largement supérieure au débutant. Il y a une productivité spécifique, un capital humain accumulé de par leur expérience et l'approfondissement qu'ils ont pu avoir tout au long de leur cycle de vie. Il faut conserver cette confiance, ce qui ne peut se faire que si on sait que le contrat va être long".

Pour aller plus loin

  • Anne-Marie Guillemard et Elena Mascova : Allongement de la vie. Quels défis ? Quelles politiques ? (La Découverte, 2017)
  • Hippolyte d'Albis : Les séniors et l'emploi (Presses de Sciences Po, 2022)

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